Les Ouzbeks et les Kirghizes s'engagent ensemble pour la réconciliation

Les représentants des deux communautés concernées par la violence ethnique du mois dernier au Kirghizistan se rencontrent pour avancer vers la paix et la réconciliation.

Des Kirghizes et des Ouzbeks se réunissent dans une mosquée pour partager un thé, de la nourriture et l'espoir d'un avenir meilleur à Suzak, près de Djalal-Abad, au sud du Kirghizistan.   © HCR/I.Ciobanu

Djalal-Abad, 8 juillet (HCR) - Plus de 600 personnes se sont réunies mercredi dans une mosquée près de Djalal-Abad, une ville du sud du Kirghizistan, dans l'objectif de promouvoir la réconciliation entre les communautés kirghizes et ouzbèkes après la vague de violence ayant balayé la région le mois dernier.

Les représentants de la communauté kirghize, coiffés de leurs grands chapeaux blancs caractéristiques, se sont rassemblés avec leurs voisins ouzbeks autour d'un thé et de pastèques pour partager l'espoir d'un avenir meilleur. Les autorités locales ont appelé d'urgence au pardon et se sont engagées à traduire en justice les auteurs des violences.

Avec seulement quatre maisons incendiées, la communauté de Susak a été relativement épargnée par la violence ayant ravagé d'autres régions du sud du Kirghizistan en juin. Les villageois ont également prêté assistance aux milliers de réfugiés de Djalal-Abad qui ont traversé leur village lors de leur fuite vers l'Ouzbékistan.

« Ces personnes ont trouvé la sécurité à Suzak. Nos habitants les ont nourries et nous étions le centre de l'humanité », a expliqué Abdumutallib Turgunbaev, l'un des organisateurs de la réunion de réconciliation. « Nous avons donc estimé que nous pouvions organiser cette réunion pour faire la paix », a-t-il ajouté.

Abdumutallib Turgunbaev a exprimé le souhait que cette réunion marque le début d'un effort plus large de promotion pour le rétablissement de la paix dans l'ensemble du pays. « Nous voulons montrer notre unité et notre humanité. Nous ne voulons pas que cela s'arrête. Nous voulons que les autres districts et régions de tout le Kirghizistan soient ensemble, se rassemblent, mangent ensemble et fassent la paix », a-t-il affirmé.

S'adressant aux participants, le gouverneur de Djalal-Abad, Bektur Asanov, a assuré aux deux communautés que les autorités travaillaient d'arrache-pied pour arrêter et punir les auteurs de la violence.

« En tant qu'autorités, nous reconnaissons notre part de responsabilité dans ces événements mais, dans le même temps, tout citoyen de la République kirghize doit également reconnaître la sienne parce que nous n'avons pas été capables d'arrêter ces provocations et que plus de 50 personnes ont péri à Djalal-Abad à cause de cela », a déclaré Bektur Asanov. « Nous espérons que cette tragédie ne se reproduira jamais. Nous devons tirer les enseignements de nos échecs et de nos erreurs », a-t-il affirmé.

Un participant ouzbek, directeur d'une école locale, a déclaré que cette réunion constituait un pont important entre les deux groupes et que « l'amitié serait renforcée après cet événement ». « Il faudrait organiser le même type de réunion dans chaque district de Djalal-Abad et d'Och », a déclaré Rukhman Nisarmedin.

Selon lui, une étape possible vers la réconciliation consisterait à retirer l'indication de l'origine ethnique des cartes d'identité et des passeports. «Il devrait seulement être mentionné que vous êtes citoyen de la République du Kirghizistan et non que vous êtes ouzbek ou kirghize », a-t-il affirmé.

Un fonctionnaire kirghize à la retraite a déclaré qu'il participait à la réunion en tant que représentant d'un conseil de village voisin. Au plus fort des affrontements, Azam Niazbayev et d'autres anciens fonctionnaires s'étaient réunis pour empêcher la propagation de la violence.

« Les représentants de notre groupe sont présents aujourd'hui pour transmettre le message que nous vivons ensemble avec les Ouzbeks. Nous avons un marché où nous achetons et vendons des produits et nous souhaitons encourager les Ouzbeks qui ont encore peur à revenir au marché », a-t-il affirmé.

« Nous les implorons de revenir vivre à nouveau en paix ensemble », a-t-il ajouté.

Par Ariane Rummery, Djalal-Abad, Kirghizistan