Un boulanger colombien augmente son chiffre d'affaires grâce au HCR

Six ans après sa fuite en Equateur, un boulanger colombien a monté une affaire florissante à Quito avec l'aide du HCR. Il a maintenant des projets de développement.

Tout frais : Carlos Quintero sort quelques tourtes du petit four de sa boulangerie « Delicias del Valle ».   © HCR/L.Dobbs

QUITO, Equateur, 6 septembre (HCR) - La boulangerie de quartier « Delicias del Valle » à Quito fabrique des kilos de pâte depuis que Carlos Quintero, son propriétaire, a obtenu un micro-crédit avec l'aide de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés.

« Je peux vivre de mon commerce. Je prends en charge le loyer, la nourriture et les enfants », déclare ce réfugié de 48 ans aux visiteurs du HCR dans son petit magasin situé sur les pentes orientales du Pichincha, un volcan en activité surplombant la capitale équatorienne. « Je gagne environ 300 dollars par semaine et peux épargner entre 120 et 150 dollars. »

Les clients du boulanger sont essentiellement des réfugiés colombiens - on estime à 40 000 le nombre de personnes relevant de la compétence du HCR à Quito, sur un total de 135 000 personnes dans l'ensemble du pays. Toutefois, environ 20% de sa clientèle est équatorienne - sans doute le résultat de sa personnalité avenante, de ses qualités de boulanger mais aussi une preuve du type d'intégration que le HCR encourage pour les réfugiés dans les zones urbaines.

Les exilés peuvent trouver leurs spécialités préférées à la boulangerie « Delicias del Valle », dont le nom indique la région d'origine de Carlos Quintero. Il est en effet originaire de Cali, capitale du département instable de la Valle de Cauca, l'une des trois principales régions d'origine des réfugiés colombiens en Equateur.

« Je me spécialise dans les produits colombiens traditionnels, comme les buñuelos [beignets de maïs au fromage], les pandebonos [pains au fromage], les cuajadas, le pain colombien et le cake à l'orange », explique-t-il, tandis que la nourriture préparée par sa femme mijote sur le réchaud. Le couple sert également des plats colombiens et équatoriens dans leur petite échoppe à l'heure du déjeuner, ce qui leur apporte un complément de revenus.

La situation était pourtant loin d'être rose quand Carlos est arrivé en Equateur. « J'ai fui la Colombie en juin 2004 car j'étais persécuté et je craignais pour ma sécurité », explique cet homme qui a travaillé comme boulanger pendant 25 ans à Cali. « J'aime l'Equateur parce que c'est très calme et très sûr », ajoute-t-il.

Ce père de trois enfants a rapidement monté une petite boulangerie à Quito, mais - comme de nombreux autres Colombiens en Equateur - il s'est heurté à une certaine hostilité « parce qu' [il] était colombien et que les gens ne voulaient pas acheter chez [lui] ». Son commerce lui a cependant permis d'instaurer de bonnes relations avec ses voisins équatoriens.

L'an passé, Carlos a souhaité développer la boulangerie. Il a alors contacté le bureau du HCR à Quito pour demander de l'aide. Il a été orienté vers la Fundación Ambiente y Sociedad (FAS), un partenaire opérationnel local du HCR, qui octroie des micro-crédits afin de faciliter l'intégration des réfugiés colombiens, en particulier en zones urbaines.

L'organisation non gouvernementale lui a donné l'équivalent de 100 dollars d'équipement et de matériel ; il a également reçu un micro-crédit de 400 dollars de la part d'autres fondations. Le prêt en nature du FAS comprenait les pièces d'un four qu'il a lui-même assemblé pour économiser des frais.

Ces injections de capital ont permis à Carlos d'améliorer sa gamme de produits et sa production, ce qui lui a permis d'augmenter ses ventes et ses profits. Il a même pu embauché un Equatorien comme extra.

Fort de ce succès, Carlos a aujourd'hui de nouvelles ambitions. « J'ai besoin de plus d'argent », explique cet entrepreneur ambitieux. Il a ouvert un compte en banque en janvier et a demandé un crédit de 1000 dollars à la Fondation Maquita Cushundic, qui utilise les fonds du HCR pour aider les petits commerçants - réfugiés et équatoriens - vivant dans des communautés mixtes.

« J'ai été très bien soutenu [par le HCR et de ses partenaires] et je suis indépendant. Maintenant, le plus important pour moi, c'est de bénéficier d'un crédit », explique Carlos. Les équipements et le magasin serviront de garantie.

Soutenir l'intégration des personnes comme Carlos Quintero par le biais de prêts, de programmes de micro-crédit et de formations est l'une des politiques centrales du HCR. « Parmi les quelque 52 000 réfugiés reconnus à ce jour, 60 % sont dans des zones urbaines - ce qui signifie que l'intégration sur place est la principale solution durable », explique Deborah Elizondo, représentante du HCR en Equateur. Seul un petit nombre bénéficie du programme de réinstallation.

En attendant, outre son souhait de voir son empire continuer à se développer, Carlos a quelques objectifs plus personnels. « J'ai des projets ; je veux construire une maison dans le quartier », explique-t-il. Cette nouvelle vie ne lui a pourtant pas fait oublier son pays d'origine. « Cali me manque, dit-il. Je voudrais rentrer un jour. »

Par Leo Dobbs à Quito, Equateur