L'agriculture communautaire aide une tribu sans frontière à survivre en Equateur

Depuis deux ans, le HCR assiste des membres déplacés de la tribu Epara. Un appui dans le domaine agricole les aide à s'intégrer et à devenir autonomes.

Des membres du groupe indigène Epera rassemblés dans un bâtiment public près de la rivière Cayapas pour rencontrer des visiteurs du HCR.   © HCR/Durango

ESMERALDAS, Equateur, 15 septembre (HCR) - La riviève Epera n'a jamais vraiment été définie ou reconnue en tant que frontière officielle entre la Colombie et l'Equateur. Un groupe indigène vit depuis toujours dans la forêt tropicale des deux côtés de la frontière. « Colombiens et Equatoriens, nous sommes les ressortissants d'une seule nation », a indiqué Carlos à des visiteurs du HCR dans sa communauté.

Toutefois durant ces dernières décennies, nombre d'entre eux sont devenus des victimes de la violence dans le sud de la Colombie, un pays où plus de 30 groupes indigènes sont officiellement classifiés comme étant en risque d'extinction, principalement du fait de la violence et du déplacement forcé. Un grand nombre d'entre eux ont fui au-delà de la frontière en quête d'abri avec leurs proches dans le nord-ouest de l'Equateur.

Aujourd'hui, environ 450 membres de la tribu Epera vivent le long de la rivière Cayapas dans la province côtière d'Esmeraldas en Equateur et environ 20 pour cent d'entre eux seraient des réfugiés colombiens. Ces deux dernières années, le HCR mène des missions dans cette région et tente de fournir une assistance à ce groupe de personnes vulnérables.

En maintenant un contact régulier avec ce groupe atteignable seulement par canoé, le personnel du HCR à Esmeraldas leur facilite l'accès au système d'asile équatorien et leur assure un rôle de protection. Toutefois l'agence pour les réfugiés, via un appui dans le cadre d'un programme agricole, aide également ces réfugiés à s'intégrer et à subvenir à leurs besoins.

La plupart des membres de la tribu Epera, qui sont réfugiés en Equateur depuis 2000, fuyaient des menaces de recrutement forcé par des groupes armés irréguliers en tant que combattants, porteurs ou guides. Toutefois lorsqu'ils sont arrivés à Esmeraldas, déjà traumatisés par leur déplacement forcé, les membres de la tribu se sont retrouvés sans terre et c'était leur mode de vie tout entier qui était menacé.

« Nous voulons préserver notre culture, notre identité et notre langage et nous refusons que les jeunes membres de notre tribu quittent la communauté », a expliqué Salvador Chirimia, président de la communauté de Santa Rosa de los Eperas. Sans terre, cela aurait été presque impossible.

Toutefois, grâce à l'aide de l'Eglise catholique, la tribu Epera a pu recevoir un carré de terrain de 340 hectares, dont une partie a été désignée comme réserve naturelle. Ils y ont construit des maisons, avec l'aide du HCR et de l'organisation non gouvernementale Fondo Ecuatoriano Populorum Progressio (Fonds équatorien populaire pour le progrès). Ils pratiquent une agriculture communautaire respectant l'environnement pour se nourrir et gagner de l'argent avec la revente du produit de leurs cultures.

Rafael Zavala, qui gère le bureau du HCR à Esmeraldas, a indiqué que cette aide reçue du HCR et d'une ONG partenaire locale « améliore la qualité de vie des membres de la communauté et renforce l'intégration de la tribu Epera, car tous les membres de la famille travaillent dans les fermes. »

Ils cultivent principalement des pousses de cacao de qualité supérieure pour leurs fêves à partir desquelles est fabriqué le chocolat. La tribu Epera cultive également des arbres pour le bois de construction ou les fruits, comme les oranges et les bananes. Des haricots et du maïs sont également cultivés dans le cadre de ce projet ainsi que des plantes locales. Seuls des engrais naturels sont utilisés. Les femmes epera produisent également des produits artisanaux pour les vendre, ils sont fabriqués à base de produits de la forêt.

Le projet a aidé à rétablir la confiance de la tribu epera, qui retrouve grâce à lui un réel sens de la propriété. Ils vendent certains de leurs produits dans la ville de Borbon et ils investissent leur argent dans leurs communautés et dans leurs fermes. Tout cela contribue à leur survie en tant que communauté et à la protection de leur mode de vie et de leur culture.

Les personnes qui travaillent avec cette petite communauté, qui continue à accueillir de nouveaux arrivants ayant fui la Colombie, trouvent toutes que ses membres forcent à l'admiration. « Je suis très heureux de travailler pour aider les membres de la tribu Epera », a indiqué Rafael Zavala du HCR.

Par Andrea Durango ä Esmeraldas, Equateur