Une conférence sur la traite des êtres humains au nord de la France

Le HCR et l'OIM ont organisé une conférence à Lille, en France, pour sensibiliser sur les dangers de la traite des êtres humains et sur l'aide aux victimes.

Des représentants des forces de l'ordre britanniques au côté de représentants français des autorités locales, judiciaires et de la société civile ont expliqué les dangers de la traite des êtres humains et des mécanismes pour identifier et aider les victimes dans le nord de la France.   © HCR/R.Nicolle

LILLE, France, 8 octobre (HCR) - La traite des êtres humains est, après le trafic de drogue, le commerce illégal le plus rentable au monde et 12,3 millions de personnes à travers le monde ont été les victimes de cet odieux phénomène, selon le Ministère américain de la santé et des services sociaux. Un grand nombre de victimes de la traite d'êtres humains endurent l'exploitation, l'enlèvement, l'incarcération, le viol, l'esclavage sexuel, la prostitution forcée, le travail forcé, le prélèvement d'organes pour des greffes, la torture physique et psychologique et d'autres abus sérieux.

Afin de mieux faire connaître ce problème, le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), en partenariat avec le Ministère français de l'Intérieur, ont organisé jeudi une conférence d'une journée à Lille, au nord de la France.

« Bien que nous n'ayons pas de données sur le nombre de migrants qui tombent dans les filets des réseaux de trafiquants dans la ville portuaire de Calais et ses alentours, nous savons que bon nombre d'entre eux se trouvent dans des situations d'exploitation, dans certains cas, pour payer les réseaux criminels qui les dupent en leur faisant croire à une possible traversée de la Manche », a expliqué Maurizio Busatti, chef de mission de l'OIM à Paris.

Parmi les participants à cette conférence se trouvaient des représentants français des autorités locales, judiciaires et policières ainsi que de la société civile. Le Préfet de la région Nord-Pas-de-Calais, Jean-Michel Bérard, et l'avocat général à la Cour de Cassation, Yves Charpenel, sont intervenus durant la conférence.

Jean-Michel Bérard, Préfet de région Nord-Pas-de-Calais, a affirmé que la reconnaissance d'une personne comme victime est liée à la possibilité de dénoncer. « Les victimes de la traite des êtres humains sont par nature fragiles et vulnérables, et cela constitue l'un des principaux ressorts de la traite. Les victimes ne peuvent donc rompre ces liens de dépendance psychologique aisément. La libération psychologique des victimes reste donc l'un des enjeux majeurs », a-t-il ajouté.

Des représentants britanniques des autorités policières ainsi que d'organisations non gouvernementales engagées dans le secours et la protection aux victimes ont également pris part à cette conférence, qui a passé en revue les mécanismes existants pour le soutien et l'assistance aux victimes de la traite d'êtres humains au Royaume-Uni et en France.

« Nous savons que des femmes rentrent au Royaume-Uni depuis de nombreux pays, y compris le Viet Nam, la Chine et l'est de l'Europe, et ce via des ports français en ayant reçu la promesse de trouver un emploi. Ces femmes expliquent qu'elles ont effectué la périlleuse traversée à bord d'un camion. Dès leur arrivée au Royaume-Uni, elles sont forcées à se prostituer, elles deviennent esclaves domestiques ou elles subissent d'autres formes d'exploitation par le travail ou d'activités criminelles forcées, comme la culture de cannabis », a indiqué Sally Montier, qui travaille sur le projet Poppy pour l'aide aux victimes de la traite d'êtres humains au Royaume-Uni.

« Ces personnes devraient être considérées comme des victimes de violations flagrantes des droits humains et non pas comme des délinquants ou des criminels de l'immigration. Les victimes ont besoin qu'on passe du temps avec elles et qu'on les aide à se remettre de leur terrible expérience et à recommencer une nouvelle vie. L'échec dans cette tentative et l'expulsion immédiate de ces victimes vers leur pays d'origine peut résulter à ce qu'elles soient de nouveau des victimes de la traite, alimentant ainsi le cycle des abus et des activités criminelles », a-t-elle ajouté.

La traite des êtres humains est souvent confondue avec le trafic des migrants. Alors que les deux sont des activités illégales, la principale différence est que les passeurs aident les personnes à traverser les frontières contre de l'argent, alors que les responsables de la traite d'êtres humains gardent une emprise sur leurs victimes par l'usage de la force, de la coercition ou de la tromperie pour les exploiter.

Toutes les victimes de la traite des êtres humains ne sont pas des réfugiés. Toutefois, durant la fuite depuis leur pays, les réfugiés doivent souvent s'en remettre à des passeurs ou à des trafiquants, dont ils sont la proie du fait de leur vulnérabilité. D'autres victimes de la traite des êtres humains peuvent également devenir des réfugiés, car elles ne peuvent rentrer dans leur pays d'origine par crainte d'être stigmatisée pour avoir enduré la prostitution forcée. Elles peuvent également risquer de devenir à nouveau victimes de la traite d'êtres humains.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par les enfants non accompagnés qui se trouvent dans cette situation et qui sont particulièrement vulnérables à l'exploitation. Il est très difficile de garder leur trace et nous ne savons pas ce qui leur arrive une fois qu'ils quittent la France », déclare Véronique Robert, représentante ad interim du HCR en France.

Par William Spindler à Lille, France