Les réfugiés burundais commencent à rentrer depuis la RDC

Le HCR débute le rapatriement de réfugiés burundais depuis la RDC avec un premier groupe de 244 personnes transportées de l'autre côté de la frontière.

Ce couple de personnes âgées a fait partie du premier convoi de rapatriement depuis la province du Sud-Kivu en RDC mardi.   © HCR/M.J.Vega

CENTRE DE TRANSIT DE MUTUMBIZI, Burundi, 5 octobre (HCR) - Le HCR a débuté mardi un programme de rapatriement assisté pour les réfugiés burundais en République démocratique du Congo avec un premier groupe de 244 personnes qui ont traversé la ville frontière de Gatumba.

Les réfugiés rapatriés aujourd'hui font partie d'une population de 10 000 réfugiés qui devraient rentrer au Burundi ces prochains mois au rythme d'un convoi par semaine. La plupart sont originaires des provinces de Bubanza, Bujumbura rural, Citiboke situées à l'ouest du Burundi ou de la province de Bururi, au sud du Burundi. Une fois de retour chez eux, ils bénéficieront des programmes d'intégration mis en oeuvre par le HCR comprenant des soins de santé et l'éducation. Ils recevront également des kits d'abri.

Ce retour est le tout premier que le HCR a pu organiser depuis la province du Sud-Kivu en RDC, où l'insécurité avait jusque-là empêché toute opération de rapatriement. Sur place, les réfugiés - ils sont 15 000 au total principalement dans les régions d'Uvira et de Fizi - sont les derniers parmi des dizaines de milliers de Burundais qui avaient fui des affrontements ethniques dans leur pays d'origine en 1972 et plus tard au début des années 90.

L'auteur de cet article a accompagné des rapatriés dans l'un des camions effectuant le voyage de deux heures depuis un centre de transit à Uvira vers le Burundi. L'atmosphère était joyeuse, les réfugiés ont chanté durant la plupart du voyage. Ils ont dansé à leur arrivée au point de passage de frontière de Gatumba en voyant le drapeau burundais.

Une fois au Burundi, des femmes dans le véhicule de tête ont reconnu les routes qu'elles avaient empruntées lors de leur fuite vers la RDC. Dans leur joie, elles donnaient au chauffeur les directions à suivre à l'approche du centre de transit de Mutumbizi près de la capitale burundaise, Bujumbura, où les réfugiés ont reçu un repas chaud.

Les réfugiés ont également reçu des kits d'aide, incluant du matériel d'abri, des vivres et une allocation en espèces, pour les aider à recommencer leur vie dans leurs régions d'origine. Alors que certains n'ont eu qu'un trajet de deux heures depuis le centre de transit, d'autres ont dû attendre un autre jour pour arriver dans leurs villages.

« Je suis impatiente de rentrer à la maison », confie Elisabeth, 82 ans, qui avait fui le Burundi avec son mari en 1972. « Nous sommes partis il y a si longtemps que je ne sais pas ce que je vais retrouver, mais mon pays m'a beaucoup manqué. Je suis tellement heureuse d'être enfin de retour », a-t-elle ajouté avec un sourire rayonnant sur son visage ridé. Son village d'origine se trouve dans la province de Buburi au sud du pays.

Pierre, 22 ans, rentre au Burundi avec ses grand-parents, qui ont décidé de vivre leurs dernières années chez eux après plus de 30 ans d'exil au Burundi. « Je veux retourner parce qu'au Burundi je serai libre. Ici [en RDC] je n'ai pas d'identité », a indiqué Pierre, qui a étudié l'agronomie. « Je suis très content, mais j'ai peur aussi parce que je ne connais pas le Burundi. »

Parmi les réfugiés présents au Sud-Kivu, 10 000 d'entre eux ont fait part au HCR de leur souhait de rentrer dans leur pays d'origine. Parmi les 5 000 restants, un grand nombre souhaitent s'installer définitivement en RDC et le HCR travaille avec le gouvernement pour répondre aux besoins dans le cadre de leur intégration.

Avec la population de réfugiés burundais accueillie dans le Sud-Kivu, on compte quelque 16 500 réfugiés burundais en RDC et près de 80 000 dans d'autres pays voisins du Burundi. Durant les six dernières années, plus d'un demi-million ont effectué un retour librement consenti, la plupart avec le soutien du HCR. D'autres se sont intégrés localement dans leur pays d'exil : la Tanzanie, par exemple, a acccordé la citoyenneté à 162 000 d'entre eux.

Le Burundi est lui-même un pays accueillant des réfugiés avec quelque 41 000 réfugiés congolais présents dans quatre camps et en zone urbaine. Quelque 2 000 d'entre eux ont demandé l'aide du HCR pour rentrer en RDC cette année et le HCR espère commencer les rapatriements le 20 octobre. Ce programme de rapatriement volontaire entre les deux pays - les Burundais dans une direction, les Congolais dans l'autre - intervient après la signature d'un accord tripartite entre le HCR, le Burundi et la RDC en décembre l'année dernière.

Par Céline Schmitt au centre de transit de Mutumbizi, Burundi