Retrouver un chez-soi en Bosnie après 20 ans en centre collectif

Un centre collectif délabré dans la ville bosniaque de Jablanica avait été établi dans le cadre de mesures temporaires dans les années 90. Il vient d'être fermé.

Une cérémonie joyeuse a marqué l'inauguration d'un nouvel immeuble à Jablanica. L'immeuble peut être aperçu à l'arrière-plan.  © Catholic Relief Services

JABLANICA, Bosnie-Herzégovine, 18 octobre (HCR) - Après avoir vécu neuf ans dans un centre collectif surpeuplé et délabré de la ville bosniaque de Jablanica, Devla et Mevzeta ont enfin retrouvé un chez-soi.

Ces deux soeurs - maintenant âgées - avaient fui leur village près de Gacko, dans l'est de la Bosnie-Herzégovine, il y a 18 ans pour échapper à un conflit ethnique ayant causé la mort de dizaines de milliers de personnes et généré le déplacement de centaines de milliers d'autres entre 1992 et 1995.

Depuis, elles habitent dans le centre collectif de Gornja Kolonija à Jablanica où ont été hébergés jusqu'à 1 500 déplacés internes. Cette résidence sinistre a été finalement fermée le mois dernier. Les dix dernières personnes qui y vivaient, y compris les soeurs Devla et Mevzeta, âgées de 65 et 70 ans, ont été transférées dans un immeuble neuf de quatre étages situé non loin dans cette ville bordant une rivière.

Le nouveau bâtiment, qui compte huit appartements, a été construit sur un terrain alloué par la municipalité de Jablanica. Le HCR en a financé la construction dans le cadre d'un programme d'intégration pour les personnes les plus vulnérables ne pouvant rentrer chez elles. Le centre collectif était dépourvu d'un accès à l'eau potable ni d'installations sanitaires.

Devla et sa soeur Mevzeta sont heureuses dans leur nouveau chez-soi qu'elles occupent à titre gratuit et qui dispose d'électricité, de l'eau courante chaude et froide, d'une cuisine moderne, d'un salon, d'une chambre et d'une salle de bain. Et ce qui les a le plus impressionnées, c'est l'intimité et la sécurité dont elles bénéficient désormais.

« Pendant neuf ans, nous avons vécu ensemble dans une pièce unique. Quand nous voulions cuisiner un repas ou utiliser la salle de bain, nous devions attendre que d'autres occupants aient fini d'utiliser les installations communes. Nous n'avons jamais eu de temps pour nous, ni d'espace où nous nous sentions confortables », s'est rappelée Devla.

Depuis trois ans, le HCR travaille avec les autorités de Jablanica pour trouver des solutions, y compris des logements sociaux, pour les personnes qui sont encore hébergées en centre collectif, qui avait été établi en tant que logement temporaire d'urgence pour les personnes déracinées.

Un grand nombre des derniers résidents de Gornja Kolonija était originaire de l'Herzégovine de l'est, une région du pays où sont survenus de graves abus des droits de l'homme et des crimes de guerre. Toutes ces personnes sont vulnérables et âgées et certaines n'ont aucun revenu. Quelques-unes perçoivent de petites retraites et la municipalité leur verse des allocations pour payer les factures de services publics.

Naveed Hussain, le délégué du HCR en Bosnie-Herzégovine, a indiqué lors de l'inauguration du nouveau bâtiment que le projet de Jablanica était « un excellent exemple pour d'autres municipalités de ce qui peut être réalisé et des étapes pratiques à mettre en oeuvre pour fournir aux personnes déplacées l'assistance dont elles ont besoin d'urgence. »

Quelque 113 000 personnes restent déplacées au sein-même de la Bosnie, y compris 7 000 d'entre elles vivant en centre collectif, souvent dans des conditions épouvantables. Le HCR continue à plaider auprès des autorités à tous les niveaux afin de trouver des solutions pour les personnes restant déplacées.

Par Darragh Farrell à Jablanica, Bosnie-Herzégovine