Un réfugié colombien reprend goût à la vie et ouvre un commerce

A son arrivée en Equateur, Juan avait besoin d'un soutien psychologique. Un an après, il ouvre un commerce avec l'aide du HCR et surmonte ses traumatismes.

Le long voyage vers la sécurité et le retour de la confiance en soi pour un réfugié colombien vivant désormais en Equateur.   © HCR/A.Escalante

IBARRA, Equateur, 30 novembre (HCR) - Les nuits de Juan sont encore hantées par des cauchemars après des années de lutte pour échapper à ses persécuteurs en Colombie, son pays natal. Toutefois, cet homme âgé de 52 ans bénéficie désormais d'une aide psychologique régulière, avec l'aide du HCR, et il arrive à surmonter son traumatisme durant la journée.

L'aide psychologique qu'il reçoit lui a permis de reprendre confiance en lui, alors qu'une aide financière et une formation l'aident à lancer un commerce et à devenir autosuffisant. C'est positivement que Juan appréhende désormais la vie en comparaison de son état dépressif à l'arrivée à Ibarra, la capitale de la province d'Imbabura dans le nord de l'Equateur, il y a un an.

Juan est originaire d'Antiquia, un département du nord de la Colombie, où il tenait un petit commerce. Ses problèmes ont commencé il y a quelques années lorsque des groupes armés illégaux ont imposé à tous les commerçants de la ville de leur payer une taxe en échange de la « protection » qu'ils accordent aux populations. Ils voulaient également utiliser son magasin pour surveiller les faits et gestes de certains habitants de la ville.

« En acceptant, j'aurais été considéré comme un collaborateur des paramilitaires, mais je ne pouvais pas dire non », a expliqué Juan. Il a décidé alors de fuir, en laissant derrière lui sa femme et ses deux fils en Colombie.

Il a passé les quatre années suivantes à se déplacer de ville en ville - Medellin, Bucaramanga et Armenia - reprenant la route lorsqu'il pressentait que le groupe armé illégal avait de nouveau retrouvé sa trace. Il a grossi les rangs de la population déracinée, comptant trois millions de Colombiens déplacés internes.

Désespéré, il s'en est remis aux autorités à Armenia, où il vendait des produits artisanaux. C'est alors qu'il a décidé de chercher refuge de l'autre côté de la frontière en Equateur.

Une fois à Ibarra, la persécution, le traumatisme et le stress des dernières années ont rattrapé Juan et il s'est écroulé, en s'isolant du monde extérieur. Il recevait toutefois une aide matérielle du HCR et d'autres organisations, y compris des vivres, des articles domestiques et une allocation pour la location de son logement.

La priorité était de traiter son traumatisme psychologique. Le HCR, via un partenaire opérationnel, la Société d'aide aux immigrants juifs (Hebrew Immigrant Aid Society, HIAS), lui a assuré des séances mensuelles de thérapie pour que Juan retrouve confiance en lui.

« Il est important de venir en aide aux réfugiés non seulement par des activités génératrices de revenus, mais aussi pour leur assurer un soutien psychologique », a indiqué Vito Trani, le chef du bureau du HCR à Ibarra, ajoutant que ce soutien aidait les réfugiés à une meilleure intégration et à se construire une nouvelle vie.

Une fois que Juan a commencé à sortir de sa coquille, le HCR a examiné les différents moyens de l'aider à devenir autosuffisant. L'agence pour les réfugiés lui a alloué la somme de 100 dollars pour démarrer un commerce de produits artisanaux. Il a utilisé cet argent pour acheter des matières premières et fabriquer des bracelets et des colliers. Il suit par ailleurs une formation sur les rudiments du commerce.

Si la situation de Juan est en train de changer, la vie n'est pourtant pas plus facile pour lui que pour le reste de la population comptant plus de 50 000 réfugiés colombiens enregistrés en Equateur. Il vit seul dans une petite pièce, loin de sa famille.

Toutefois son intégration se fait lentement et il explique que les Equatoriens sont accueillants. « Je ne fais plus aucun projet pour mon avenir. Je vis au jour le jour », a-t-il affirmé, simplement reconnaissant d'être encore en vie. « Mon histoire est similaire à celles de centaines de milliers d'autres Colombiens », a-t-il ajouté, avec nostalgie et le regard perdu.

Par Francisco Arends à Ibarra, Equateur