Là où d'autres ne vont pas, le HCR intervient en Equateur

Au nord de l'Equateur, le HCR parvient à maintenir l'espace humanitaire ouvert et à aider les personnes les plus vulnérables et les plus isolées.

Sonia a répondu avec habileté et sympathie à un flot de questions posées par les réfugiés concernant leurs préoccupations concrètes.   © HCR/ L. Dobbs

PROVIDENCIA, Equateur, 31 décembre (HCR) - Lors d'une intervention récente à l'Université d'Oxford, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a de nouveau alerté sur l'espace en diminution permettant aux personnes déplacées de trouver refuge et aux travailleurs humanitaires de les aider.

Dans des endroits comme le nord de l'Equateur et la Colombie voisine, le personnel du HCR trouve cependant le moyen d'aider les personnes les plus vulnérables et les plus isolées. « Nous allons là où d'autres ne vont pas », affirme un responsable du HCR, en ajoutant : « C'est une manière de maintenir ouvert l'espace humanitaire, et c'est vital ».

Au cours d'un voyage en Colombie et dans la province équatorienne de Sucumbios, j'ai compris ce que ce collègue voulait dire lors d'un périple au coeur de la forêt équatoriale, à la frontière entre l'Equateur et le département instable de Putumayo en Colombie, dans l'une des principales régions de plantation de coca du pays, bastion des bandes criminelles et des groupes armés illégaux.

Il y a trois ans, le HCR a identifié une communauté de réfugiés afro-colombiens qui vivaient près de la rivière San Miguel depuis presque 20 ans sans que les autorités civiles équatoriennes ne le sachent. Nous leur rendons visite depuis lors et j'ai été conduit à leur zone d'installation, Providencia.

Sonia, une volontaire des Nations Unies travaillant au bureau du HCR dans la ville frontalière pétrolifère de Lago Agrio, m'a servi de guide. Nous sommes partis à l'aube dans un 4X4 sur une piste que notre chauffeur appelé Darwin (en souvenir du paléontologue qui sera toujours lié aux îles Galapagos de l'Equateur) connaissait bien pour y avoir effectué d'innombrables missions sur le terrain.

Après avoir roulé pendant deux heures sur une piste boueuse glissante coupant à travers l'épaisse forêt, nous avons atteint le hameau de Baranca Bermeja, au bord de la rivière, où un défenseur équatorien des droits locaux a été assassiné il y a seulement quelques semaines. Sur un promontoire surplombant la rivière San Miguel, les arbres aux cimes couvertes de brume du côté colombien s'étendent à l'ouest vers les contreforts des Andes.

Portant l'emblème du HCR et un drapeau flottant à la poupe de notre bateau, nous avons remonté la rivière séparant les deux pays.   © HCR/ L. Dobbs

Nous avons descendu une pente raide vers la rivière, où une pirogue et deux navigateurs expérimentés nous attendaient. Nous portions des signes visibles du HCR : des T-shirts, des casquettes et des ponchos légers imperméables pour nous protéger de la pluie. Un grand drapeau du HCR flottait à la poupe du bateau. C'était pour que tous ceux que nous croisions sachent exactement qui nous étions - ce qui est essentiel dans une zone peu sûre.

Puis nous nous sommes dirigés vers l'amont, c'est-à-dire l'inconnu pour moi. Je pensais au livre « Heart of Darkness » (Au coeur des ténèbres) de Joseph Conrad en scrutant anxieusement la forêt, plongeant de part et d'autre du ruban d'eau séparant les deux pays. Je sentais une atmosphère de menace.

Nous avons dû nous arrêter deux ou trois fois pour pousser le canoë à travers l'eau peu profonde et j'étouffais sous le soleil matinal lorsque nous avons débarqué sur une plage de galets plus de deux heures après. Après une marche de 15 minutes dans la boue collante à travers la forêt avec nos bottes en caoutchouc - tout le monde en porte ici - nous sommes arrivés dans une clairière et au village de Providencia.

Un homme portant un Stetson et un jean, une machette menaçante à la taille, est arrivé et nous a escortés au-delà des maisons en bois sur pilotis coiffées de toits en tôle rouillée vers la salle de classe en briques de la zone d'installation, construite par le HCR et ses partenaires et simplement équipée de bureaux, tableaux noirs, cartes et livres. L'ensemble du village composé de 22 familles était venu pour l'événement de la journée.

Ils semblaient tous heureux de voir Sonia qui a répondu avec habileté et sympathie à un flot de questions relatives à leurs préoccupations concrètes. Ces questions concernaient notamment la propriété foncière, les soins de santé, les coûts de transport et d'autres sujets importants.

Maria, la matriarche du village, âgée de 50 ans, est arrivée ici il y a 17 ans pour échapper à la violence dans le département de Nariño en Colombie. « Il n'y avait aucune maison, rien. Je suis arrivée avec mon mari et nos enfants et nous avons construit un abri avec des feuilles », déclare-t-elle. D'autres membres de la famille nous ont suivis et « maintenant il y a environ 22 familles ».

Pendant des années, les villageois ont dû traverser la rivière, quand elle était basse, pour emmener leurs enfants à l'école ou aller voir le docteur en Colombie. « Le HCR est la première autorité qui est venue ici », se rappelle Maria. Nous avons ensuite été suivis par les institutions gouvernementales, la protection grâce à l'enregistrement en tant que réfugiés, et l'assistance. « Nous travaillons en étroite coopération avec la municipalité [de Lago Agrio] et nous essayons de créer une sorte de statut juridique pour les communautés [comme Providencia] qui n'existent pas [juridiquement] », m'explique Sonia.

« Nous sommes reconnaissants parce que les gens viennent jusqu'à nous et nous recevons de l'aide », affirme Maria. Cette aide comprend des enseignants nommés par l'Etat, des cuves pour collecter l'eau et des programmes agricoles. Cela contribue à rendre la situation un peu plus facile, mais la vie est toujours dure.

Alfredo Ordonez Rodrigo, 28 ans, travaille dans des champs taillés dans la forêt et sa terre acide pour subvenir aux besoins de sa compagne et de leurs deux enfants. « J'utilise ma machette et une hache dans les champs, pour faire pousser du yucca [une racine comestible], du mais, de la banane et du riz », dit-il en ajoutant : « S'il y a trop de chaleur ou de pluie, j'arrête ». Il y a beaucoup des deux.

Il a été bien trop vite temps de partir, mais notre départ a été retardé par la pluie torrentielle quotidienne - un rideau de pluie nous a bloqués dans la classe pendant deux heures et le temps de redescendre la rivière, l'eau avait monté de 30 à 60 cm.

Nous devions partir, conformément aux directives de sécurité de l'ONU interdisant de passer une nuit dans un endroit aussi reculé et instable. Maria, son clan et des milliers d'autres réfugiés dans les forêts de Sucumbios ont choisi de rester dans cette zone inhospitalière. « Je me sens en sécurité », m'a-t-elle dit, en ajoutant : « Nous savons nous débrouiller dans cet environnement ».

Mais les habitants de Providencia ont besoin d'aide et c'est la raison pour laquelle mes collègues, comme Sonia, continueront d'arpenter les régions les plus reculées et les plus difficiles le long des rivières San Miguel et Putumayo et plus à l'intérieur des terres pour trouver et écouter ses personnes relevant de notre compétence et attirer l'attention des autorités sur leurs besoins.

Par Leo Dobbs à Providencia, Equateur