Dans la Pennsylvanie rurale, un modèle pour les dispositifs de rétention à l'immigration

Aux Etats-Unis, de nombreux demandeurs d'asile sont placés en rétention durant l'examen de leur dossier. Ce centre offre aux familles un environnement plus accueillant.

Maria vit au centre de Berks depuis septembre 2010. Elle est originaire du Honduras, elle a rejoint les Etats-Unis en quête de protection après avoir subi la violence domestique durant des années.   © HCR/T.Irwin

READING, Etats-Unis, 6 janvier (HCR) - Rares sont les signes dans ou autour du centre d'hébergement familial du comté de Berks dans la Pennsylvanie rurale indiquant que c'est un centre de rétention, le seul du genre aux Etats-Unis. Les femmes se rassemblent pour discuter et tricoter, alors que leurs enfants sont scolarisés au sein même du centre. Les résidents n'utilisent pas pour le moment du fait du froid hivernal les grands jardins ou les tables de pique-nique qui les surplombent.

L'ambiance paisible régnant dans le centre d'hébergement contraste avec les bouleversements subis par de nombreux résidents avant leur arrivée ici. Chacun a sa propre histoire, mais ils partagent tous l'expérience de la mise en détention par les services d'immigration durant leur tentative d'entrée sur le territoire américain. Comme c'est le seul centre de rétention du pays pouvant accueillir des familles, les résidents de Berks y sont envoyés depuis des points d'entrée qui peuvent être très éloignés, comme la frontière mexicaine.

« La plupart des familles vivant ici demandent l'asile aux Etats-Unis », a indiqué Cammilla Wamsley, directrice par intérim de la gestion de l'hébergement des familles et des mineurs aux Services américains pour l'immigration et les douanes (ICE). « La majorité des résidents peuvent mener à bien la procédure qui peut leur permettre d'obtenir un parrainage dans un délai de 65 jours, grâce auquel ils restent plus longtemps s'ils n'ont nulle part où aller. »

Maria* et deux de ses enfants ont été conduits à Berks en septembre après avoir été arrêtés l'année dernière dans leur tentative de rentrer en Arizona depuis le Mexique au sud des Etats-Unis. Agée de 44 ans, elle a subi la violence et l'exploitation depuis son adolescence au Honduras, durant laquelle elle dit avoir été violée par son beau-père.

Elle a fui le foyer familial seulement lorsqu'elle a été à nouveau victime d'une femme lui ayant proposé de l'aider et qui, au lieu de cela, l'a forcée à se prostituer. Elle s'est échappée, elle s'est mariée, elle a eu six enfants et elle a subi durant des années des violences conjugales. La police, selon les propres mots de Maria, ne voulait pas l'aider.

En proie au désespoir, elle a payé des passeurs pour rejoindre les Etats-Unis et elle est partie avec ses plus jeunes enfants, en espérant qu'elle pourrait faire venir les plus âgés une fois aux Etats-Unis. Elle a peur de la réaction de son mari si elle est expulsée et elle a demandé l'asile pour elle et ses enfants.

« Nous étions dans un état épouvantable à notre arrivée ici », a-t-elle indiqué. « Maintenant je vais bien et mes enfants sont scolarisés. Mais je pense beaucoup à mes autres enfants et j'espère qu'un jour, ils pourront être avec moi. »

Des services d'aide sociale sont offerts aux résidents de Berk et, pour nombre d'entre eux, c'est la première fois qu'ils peuvent parler des abus qu'ils ont subis. De plus, chaque famille est aidée par un travailleur social, employé par le comté de Berks, assurant que les besoins élémentaires des résidents en matière de services sociaux sont satisfaits durant leur rétention. L'organisation Pennsylvania Immigration Resource Centre est une ONG assurant une fois par mois un service d'aide juridique pour aider les résidents à accéder aux systèmes d'immigration et d'asile. « Si vous placez en rétention des demandeurs d'asile, alors Berks est le modèle à suivre », a indiqué Elizabeth Yaeger, l'une des membres de l'ONG.

Cammilla Wamsley a indiqué que les Services américains pour l'immigration et les douanes (ICE) s'étaient « engagés à progresser vers des formes plus civiles pour la rétention de tous les détenus », même s'il n'y a pas de projet dans l'immédiat pour ouvrir d'autres centres comme Berks.

De nombreux demandeurs d'asile aux Etats-Unis sont détenus, au côté de migrants et de personnes faisant l'objet de poursuites pénales, dans des centres de rétention lors de l'examen de leur dossier. Les chiffres les plus récents publiés par le Ministère de l'Intérieur indiquent que, durant l'année fiscale 2008, près de 9 000 demandeurs d'asile étaient détenus en centre de rétention pour l'immigration parmi un total de plus de 300 000 personnes.

« Le HCR est fermement convaincu que la vaste majorité des demandeurs d'asile ne devraient pas être placés dans des centres de rétention », a indiqué Vincent Cochetel, le délégué régional du HCR pour les Etats-Unis et les Caraïbes.

« Les rares fois où un demandeur d'asile devrait être placé en centre de rétention, alors le centre de Berks présente un grand nombre de bonnes pratiques pour un centre modèle de rétention pour l'immigration véritablement civil », a-t-il indiqué, ajoutant que la petite échelle et l'environnement non pénal a fait du centre un environnement à petite échelle et non pénal pour les demandeurs d'asile, non seulement pour les familles, mais également pour les personnes seules.

« Nous encourageons le ICE à faire de Berks un standard - et non une exception - pour son réseau de centres de rétention à travers le pays », a souligné Vincent Cochetel.

*Nom fictif pour des raisons de protection

Par Tim Irwin à Reading, Etats-Unis