La brusque diminution du nombre de personnes fuyant la Libye vers la Tunisie suscite de nouvelles inquiétudes

Les individus qui ont réussi à passer la frontière entre la Libye et la Tunisie parlent d'actes d'intimidation et de danger pour ceux qui fuient le pays.

Un groupe se dirige vers la frontière entre la Libye et la Tunisie. Le rythme des départs a ralenti.  © HCR/A.Duclos

GENÈVE, 4 mars (HCR) - L'agence des Nations Unies pour les réfugiés a fait état vendredi d'une nette diminution du nombre de personnes qui traversent la frontière à Ras Adjir de la Libye vers la Tunisie et a déclaré qu'elle était de plus en plus préoccupée d'apprendre que des personnes seraient empêchées de fuir.

Jusqu'à la moitié de la semaine, de 10 000 à 15 000 personnes traversaient la frontière tous les jours, ce qui a mis à rude épreuve la capacité des autorités tunisiennes et des institutions humanitaires à faire face à la situation. Mais, depuis mercredi après-midi, les mouvements ont brusquement diminué. Jeudi, moins de 2000 personnes ont passé la frontière.

« Du côté libyen, la frontière est maintenant gardée par des forces progouvernementales fortement armées », a expliqué Melissa Fleming, porte-parole du HCR lors d'une conférence de presse à Genève. « Les personnes qui sont parvenues à traverser la frontière nous ont dit que les téléphones portables et les appareils photos avaient été confisqués en route. Beaucoup d'entre elles semblent avoir peur et préfèrent garder le silence. »

La rapidité de réaction de la communauté internationale à l'appel conjoint de l'Organisation internationale pour les migrations en faveur d'une évacuation humanitaire en début de semaine a permis d'accomplir de nets progrès dans l'évacuation des Égyptiens et d'autres nationalités depuis la Tunisie. L'Égypte, la Tunisie, l'Allemagne, l'Espagne, la France, l'Italie et le Royaume-Uni ont tous offert des moyens de transport aérien ou maritime.

Le Gouvernement égyptien a rapatrié des dizaines de milliers de ses propres ressortissants. L'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, la Commission européenne, le Danemark, l'Espagne, la France, le Luxembourg, et la Pologne ont offert des fonds au HCR pour son intervention dans la crise libyenne. Des dons privés ont également été reçus.

Environ 12 500 personnes doivent encore être évacuées de Tunisie. Plus de 10 000 d'entre elles sont originaires du Bangladesh. Aujourd'hui, au moins deux vols sont prévus vers ce pays. Mme Fleming a affirmé que si le contrôle militaire libyen de la frontière et du réseau routier se relâche, un vaste exode pourrait reprendre. Des activités de planification sont en cours pour établir un deuxième camp près de la frontière.

Entretemps, une équipe du HCR est actuellement dans la ville de Benghazi, à l'est de la Libye, dans le cadre d'une mission d'évaluation interinstitutions. « Elle a trouvé un camp au port de Benghazi où près de 8000 étrangers attendent d'être évacués. Les évacuations se poursuivent et si la plupart des étrangers pensent quitter le pays ces deux prochains jours, 305 Érythréens, 191 Éthiopiens et 153 Somaliens affirment qu'ils ont été bloqués à plusieurs reprises », a relaté Mme Fleming.

« Il s'agit pour la plupart de jeunes hommes célibataires, ainsi que de 40 femmes et trois enfants. Ils ont déclaré que, bien qu'ils aient rencontré de graves problèmes ces deux dernières semaines, l'attitude réservée aux Africains sub-sahariens qui attendent dans le port s'est améliorée », a-t-elle ajouté.

Les équipes du HCR dans l'est de la Libye ont indiqué que la Croissant-Rouge libyenne distribuait très activement des secours. Elle aide également les ressortissants de pays tiers et les réfugiés à atteindre la frontière.

Le personnel du CICR à Benghazi a affirmé au HCR que le problème le plus sérieux était le manque de professionnels de santé dans la région, puisque la majorité du personnel médical étranger a été évacuée. On craint que l'essence ne commence à faire défaut ces 15 prochains jours, avec des pénuries alimentaires aussi possibles les prochaines semaines.