Faya, l'oasis des Tchadiens miraculés de Libye

Thousands of Chadians have arrived in northern Chad after fleeing Libya and travelling for weeks across the Sahara desert.

Des milliers de Tchadiens sont arrivés à Faya, dans le nord du Tchad, après avoir fui la Libye.   © HCR/B.Abdoulaye

FAYA, Tchad, 18 avril (HCR) - Des milliers de Tchadiens ont rejoint le nord du Tchad après avoir fui l'insurrection en Libye voisine et enduré un long périple dans l'un des milieux les plus hostiles de la planète.

Le HCR a enregistré près de 4 500 arrivants à Faya dans le nord du Tchad depuis le 28 mars. Plus de 8 000 Tchadiens ont déjà bravé le désert du Sahara pour revenir au Tchad et y faire face à leur avenir incertain. Ils arrivent toujours au rythme de 300 par jour et des milliers d'autres sont attendus dans les semaines qui viennent.

« Nous sommes contents d'être de retour au Tchad, mais nous avons tout perdu », déclare Hamdan Yaya Abakar, un homme de 40 ans. « A Tripoli, je vendais des briques et je faisais d'autres petits commerces. Lorsque les troubles ont éclaté, de nombreux Tchadiens ont été arrêtés. J'ai passé plusieurs jours en prison avant de pouvoir m'échapper, puis je me suis enfui avec mes frères. »

D'autres expliquent avoir fui la Libye, ses violences, ses harcèlements et ses persécutions, de Tripoli, Benghazi, Sebha ou bien Kouffrah,

Sur le territoire libyen, les convois sont arrêtés à de nombreuses occasions et les migrants sont dépouillés de leurs biens et de leur argent. Beaucoup ont été battus, harcelés par les rebelles libyens ou des bandits, les Tchadiens ayant été fréquemment accusés de prendre part en tant que « mercenaires » aux combats aux côtés du Gouvernement libyen contre l'insurrection.

Ils ont traversé 1 000 kilomètres de désert sous un soleil de plomb, entassés sur des camions branlants, leurs bagages, bidons et matelas ligotés tant bien de mal en piles instables. Trois semaines de périple incertain, avec pour survivre quelques bidons d'eau, avant d'entrer à Faya, principale ville du nord du Tchad, premier signe de civilisation après ces longues étendues de dunes, de roc et de chaleur.

A cause des mines qui jonchent la bande d'Aozou, directement au sud des terres libyennes, les rapatriés tchadiens empruntent pour la plupart un itinéraire à travers le Niger et entrent au Tchad par la ville de Zouar, dans l'ouest du Tibesti. D'autres groupes, plus petits, pénètrent plus à l'est via Ounianga Kebir dans l'Ennedi, avant d'atteindre Kalait, un autre centre migratoire moins important.

Chaque jour, de nouveaux camions arrivent en ville, déversant leur lot de voyageurs affamés et épuisés. A l'arrivée d'un camion, le centre d'enregistrement ouvert par le HCR à Faya ne désemplit pas pendant quelques heures. Les rapatriés continuent d'affluer, posant un risque accru de congestion dans cette petite bourgade aux capacités d'accueil limitées.

Le HCR était parmi les premières agences sur place, dès les premières nouvelles faisant état de la présence des Tchadiens de retour. Depuis son bureau de terrain de Bahaï, à 800 kilomètres au sud-est de là près de la frontière soudanaise, le HCR a envoyé des tentes, des bidons et des bâches en plastiques pour subvenir aux premiers besoins. Une petite équipe de sept personnes a été déployée - à cause des conditions difficiles, elle est remplacée toutes les deux à trois semaines - et a pu enregistrer près de 4 500 arrivants depuis le 28 mars.

La plupart des Tchadiens de retour sont logés dans les familles locales ou dans des bâtiments publics, d'autres squattent avec leurs maigres possessions aux pourtours de la ville. Un camp de transit est en train d'être monté, où des tentes, de la nourriture et des sanitaires seront disponibles.

Le Ministère tchadien des Affaires sociales a monté des tentes d'urgence et distribué de la nourriture. Ici les prix des biens de consommation de base tels que le riz ou le pain ont presque doublé, ainsi que le prix des transports privés.

La plupart des arrivants sont originaires d'autres régions du Tchad : Kanem, N'Djaména, Ouaddaï, Bol ou Bar-el-Ghazel. Près de la moitié auraient déjà quitté la ville, continuant leur voyage jusqu'à leur destination finale. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) organise le transport par route ou par voie aérienne, selon l'état de vulnérabilité des Tchadiens de retour.

La plupart sont des migrants, des jeunes hommes qui vivaient et travaillaient en Libye. Mais avec l'intensification de la crise en Libye, des femmes et des enfants arrivent maintenant en plus grand nombre.

Quelques rares cas de réfugiés soudanais enregistrés dans les camps du Tchad, et un seul demandeur d'asile à ce stade, ont été pris en charge par le HCR. Aucun réfugié lybien n'est arrivé à ce jour mais les autorités, en anticipant cette éventualité, ont identifié deux sites près de Faya.

Parmi les arrivants, on trouve aussi des ressortissants africains, tels que soudanais, maliens, camerounais ou ivoiriens. Ceux qui le demandent seront acheminés chez aux par l'OIM.

Par Delphine Marie à Faya, dans le nord du Tchad