Appel à la communauté internationale pour ramener le calme dans un camp à la frontière tunisienne

Des affrontements au camp de Choucha rappellent le besoin urgent de trouver des solutions séparées pour les travailleurs migrants et les réfugiés fuyant le conflit libyen.

Les résidents du camp de Choucha dorment dans des abris de fortune ou en plein air, depuis que le camp a été détruit aux deux tiers.   © HCR/F.Kayal

CAMP de CHOUCHA, Tunisie, 27 mai (HCR) - Le HCR a lancé un appel d'urgence aux donateurs et aux pays de réinstallation pour intensifier l'assistance au bénéfice de milliers de réfugiés et de travailleurs migrants pris au piège dans des affrontements survenus cette semaine dans un camp près de la frontière entre la Tunisie et la Libye.

Jusqu'à récemment, le camp de Choucha dans l'est de la Tunisie accueillait plus de 4 000 travailleurs migrants et réfugiés - pour la plupart des Somaliens, des Erythréens et des Soudanais - qui avaient fui le conflit en Libye depuis le mois de mars. Dimanche soir, un incendie dans ce camp a causé la mort de quatre Erythréens et a détruit 20 tentes. Une enquête est actuellement en cours pour en déterminer la cause.

Lundi, un groupe important de travailleurs migrants a manifesté autour du bureau du HCR dans le camp, pour exiger une réinstallation immédiate, a indiqué Melissa Fleming, porte-parole du HCR, vendredi lors d'un point de presse à Genève. « Notre personnel et d'autres travailleurs humanitaires ont reçu des menaces de mort et ont été forcés de quitter les lieux. »

Certains des manifestants ont bloqué la route nationale entre le point de passage frontière de Ras Ajdir et le reste de la Tunisie, générant ainsi la colère de la communauté locale tunisienne. Mardi matin tôt, des affrontements ont eu lieu entre plusieurs groupes dans le camp. Le bilan de ces heurts serait d'au moins deux morts. Malgré les efforts des militaires tunisiens pour ramener le calme, la situation a dégénéré lorsque 500 habitants des environs ont fait une descente dans le camp. Dans le chaos, d'autres tentes ont été pillées et brûlées. Les autorités tunisiennes ont ramené le calme mardi soir mais, durant toute cette journée, il a été impossible de fournir une assistance dans le camp.

Mercredi matin, une petite équipe inter agence, dirigée par le HCR, s'est rendue sur place et a découvert que le camp de Choucha avait été détruit ou pillé aux deux tiers. Les résidents du camp ont perdu la plupart voire la totalité de leurs affaires. Désormais, un grand nombre d'entre eux dorment soit sous des abris de fortune, soit en plein air. En coordination avec le HCR, l'armée tunisienne leur a distribué des matelas, des couvertures et des vivres.

Jeudi matin, la plupart des agences et des ONG sont revenues dans le camp et ont repris leurs activités.

Des efforts sont en cours pour ramener le calme. Le personnel du HCR a rencontré les représentants de toutes les communautés dans le camp de Choucha ainsi que les autorités tunisiennes centrales et locales. La sécurité dans le camp, ainsi que la recherche de solutions séparées pour les migrants et les réfugiés, restent la priorité absolue.

« La Tunisie a été, depuis février, le théâtre d'un déplacement de population massif depuis la Libye et les pressions qui en découlent doivent être atténuées », a indiqué Melissa Fleming du HCR. « Nous réitérons notre appel aux donateurs et aux pays de réinstallation pour le versement de ressources supplémentaires au programme d'évacuation humanitaire mené par l'OIM, et pour la mise à disposition de davantage de places de réinstallation pour les réfugiés. »

Le HCR a publié un appel de fonds s'élevant à 80 millions de dollars pour la réponse à la situation d'urgence en Tunisie entre mars et août de cette année. A ce jour, l'agence pour les réfugiés a seulement reçu une contribution d'un montant légèrement supérieur à 48 millions de dollars.

Par Firas Kayal au camp de Choucha, Tunisie, et Andrej Mahecic à Genève