Le HCR demande 136,3 millions de dollars ; la crise s'aggrave dans la corne de l'Afrique

Des fonds additionnels sont nécessaires pour gérer l'exode croissant, dans les pays voisins, des Somaliens fuyant le conflit et la sécheresse, a indiqué le chef du HCR.

Lors de la visite du Haut Commissaire du HCR António Guterres, une nouvelle arrivante somalienne au centre de transit pour les réfugiés à Dollo Ado dans le sud-est de l'Ethiopie.   © HCR

DOLLO ADO, Ethiopie, 8 juillet (HCR) - Le HCR a lancé aujourd'hui un appel de fonds urgent d'un montant de 136,3 millions de dollars afin d'éviter une crise humanitaire dans un contexte d'exode croissant des Somaliens fuyant le conflit et la sécheresse dans leur pays.

Ces fonds additionnels viseront à répondre aux besoins nécessaires à la survie des nouveaux arrivants en Ethiopie, à Djibouti et au Kenya.

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, se trouve dans la région pour faire connaître le sort de ces nouveaux réfugiés, dont beaucoup souffrent de malnutrition sévère. Il s'est rendu jeudi à Dollo Ado, dans une région isolée et sèche du sud-est de l'Ethiopie où des milliers de nouveaux réfugiés somaliens ont trouvé refuge ces derniers mois.

Durant plusieurs heures, António Guterres et son équipe ont visité les différents centres pour la réception et pour le transit près de Dollo Ado, et ils se sont entretenus avec des réfugiés et des travailleurs humanitaires. Ils se sont ensuite rendus à 60 kilomètres plus à l'ouest, par des routes parsemées de pierres, vers un nouveau camp de réfugiés à Kobe. Ce camp a été ouvert il y a quelques semaines toutefois il est déjà sur le point d'atteindre sa capacité d'accueil maximale de 20 000 personnes, au vu des nouvelles arrivées.

« 2011 est l'année de toutes les crises mais je crois qu'en Somalie se déroule la pire tragédie humanitaire de cette année », a indiqué António Guterres aux journalistes qui l'accompagnent. « Nos coeurs se brisent lorsque des mères nous racontent qu'après avoir marché des jours en quête de sécurité, elles ont vu leurs enfants mourir en chemin [et] sous leurs yeux parce que les médecins sont dans l'incapacité de les aider car il est trop tard. »

Ce qu'António Guterres a vu durant cette mission, c'est l'impact de la toute dernière crise en Somalie sur ses propres déplacés - qui représentent près d'un quart de l'entière population du pays - et les difficultés auxquelles sont confrontées les organisations humanitaires dans leur effort de réponse.

Le stress et l'épuisement se lisent sur les visages des réfugiés récemment arrivés, qui se trouvent dans les files d'attente avant de se faire enregistrer et de recevoir des cartes de rations alimentaires et d'autres aides. La plupart d'entre eux sont originaires de la région de Bay à l'ouest de Mogadiscio, et certains disent avoir marché durant plus de 30 jours avant d'arriver ici. « Mon père est très malade, mais j'ai dû prendre mes six enfants avec moi et fuir l'insécurité », a indiqué une femme. « Nous ne pouvons pas vivre ici. » D'autres ont parlé de leurs enfants morts en chemin.

Pour la Somalie, déchirée par un conflit armé depuis une vingtaine d'années, la sécheresse a mené à une augmentation dramatique du nombre des déplacés. La réduction de la production agricole a généré une hausse des prix alimentaires. L'aide alimentaire est insuffisante. La situation de la population civile est aggravée par une offensive menée par les forces pro-gouvernementales débutée en février contre les milices Al-Shabaab près des frontières avec le Kenya et l'Ethiopie. Depuis lors, le nombre des réfugiés arrivant ici à Dollo Ado a augmenté chaque mois : 54 000 personnes sont déjà arrivées cette année et près de 1 700 personnes arrivent chaque jour depuis quelques semaines. En clair, les déplacés doivent devenir des réfugiés pour obtenir une aide.

Parmi ces récents arrivants à Dollo Ado, les taux de malnutrition et de mortalité sont alarmants. Au moins 50% des enfants ont une insuffisance nutritionnelle modérée ou grave. Des taux similaires sont enregistrés au Kenya.

Des agences humanitaires et l'agence gouvernementale pour les réfugiés font leur possible pour gérer l'afflux. Actuellement, le nombre des arrivants dans la zone de Dollo Ado dépasse la capacité d'enregistrement. Les systèmes pour satisfaire les besoins en vivres et en soins de santé sont mis à rude épreuve. L'électricité pour pomper l'eau dans les camps connaît une pénurie d'approvisionnement car, avec le ciel nuageux, les panneaux solaires ne produisent pas suffisamment d'énergie.

Un nouveau camp, situé non loin à Kobe, a été ouvert il y a plusieurs semaines. Toutefois il est déjà sur le point d'atteindre sa capacité d'accueil maximale de 20 000 personnes. Sur la route vers le camp, l'équipe du chef du HCR a vu passer un convoi de plusieurs centaines de réfugiés se dirigeant vers Kobe où, rangée après rangée, les tentes du HCR s'étendent à perte de vue. De nouveaux camps sont nécessaires d'urgence et pourraient être établis si de nouveaux financements sont bientôt reçus de la communauté internationale.

Lors d'entretiens avec des journalistes qui l'accompagnent durant sa visite, António Guterres a évoqué le besoin d'aide humanitaire à l'intérieur de la Somalie pour que ses habitants n'aient pas à fuir et passer des frontières pour survivre. Actuellement l'insécurité empêche ou limite le travail des acteurs humanitaires en Somalie. Et à Dollo Ado ils en voient chaque jour le coût en vies humaines. Les familles arrivent épuisées, les enfants meurent en chemin, c'est presque une population entière qui est en mouvement. « Cette situation déchire le coeur », a expliqué António Guterres.

Par Adrian Edwards à Dollo Ado, Ethiopie