Le Haut Commissaire pour les réfugiés visite des opérations du HCR en République dominicaine

António Guterres, le chef du HCR, rencontre des hauts responsables et des personnes relevant du mandat du HCR et visite des projets en République dominicaine.

Le Haut Commissaire pour les réfugiés, António Guterres, rencontre des personnes relevant du mandat du HCR dans une plantation de cannes à sucre en République dominicaine.   © HCR/L.Romero

SAINT-DOMINGUE, République dominicaine, 7 septembre (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés a effectué sa première visite en République dominicaine pour y rencontrer des hauts responsables et des personnes relevant du mandat du HCR et visiter des projets de l'agence dans ce pays des Caraïbes.

Pendant sa visite mardi, António Guterres a rencontré plusieurs jeunes d'origine haïtienne ayant connu des problèmes pour obtenir des copies de leurs documents d'état civil. Ils lui ont parlé de leurs difficultés pour mener une vie normale. Le Haut Commissaire a également évoqué cette question avec le Président Leonel Fernández dans la capitale dominicaine, Saint-Domingue.

Teófilo, un jeune homme de 22 ans, a expliqué qu'il était né à Saint-Domingue et qu'il avait passé toute sa vie en République dominicaine. Mais ses parents venaient d'Haïti et il ressent un fort attachement aux deux nations voisines - comme beaucoup d'autres jeunes d'origine haïtienne qui vivent ici.

Il a grandi avec le sentiment d'être dominicain. « Quand j'entends du merengue, mes pieds tremblent et je sens mon âme quitter mon corps », a-t-il déclaré à António Guterres, faisant référence au style de musique le plus populaire en République dominicaine. Le jeune homme a hâte d'aller à l'université.

Mais il a eu maille à partir avec des directives administratives de 2007 en matière d'état civil. Teófilo a expliqué à António Guterres qu'il avait demandé une copie de son certificat de naissance en 2008 pour pouvoir s'inscrire à l'université. Plutôt que d'être autorisé à se faire immatriculer, son dossier a fait l'objet d'une enquête par les autorités nationales. Le Haut Commissaire a rencontré d'autres jeunes avec des récits similaires.

« Il a été très important pour moi d'avoir cette conversation et de voir ce que le HCR peut faire pour ces personnes qui souhaitent continuer à être reconnues comme des ressortissants du pays où elles sont nées, et la manière dont nous pouvons aider les autorités dominicaines dans cette tâche », a déclaré António Guterres, qui a lancé une campagne mondiale pour réduire l'apatridie le mois dernier.

En vertu de la règlementation actuelle, même si de nombreuses personnes comme Teófilo ont été enregistrées à la naissance et ont obtenu des cartes d'identité dominicaines, les officiers de l'état civil ne peuvent pas délivrer, signer ou copier des certificats de naissance pour les personnes dont les parents ne peuvent pas prouver leur statut juridique en République dominicaine. C'est la situation dans laquelle Teófilo s'est retrouvé - il y existe de nombreux cas similaires. Sans certificat de naissance, ils ne seront pas reconnus comme nationaux et n'auront pas accès à tous les droits qui en découlent.

Pendant sa rencontre avec le Président Fernández, le Haut Commissaire l'a encouragé à prendre des engagements concrets en matière d'asile et de prévention de l'apatridie avant une importante réunion de niveau ministériel qui sera organisée par le HCR en décembre à Genève.

On ne connait pas le volume total de la population apatride dans la région des Caraïbes. On estime cependant que des centaines de milliers de personnes nées en dehors d'Haïti de parents migrants haïtiens seraient potentiellement apatrides ou risqueraient de l'être.

En termes pratiques, le fait d'être apatride affecte l'accès à l'éducation, aux soins de santé et aux services sociaux. Cela peut également conduire à des problèmes pour trouver un emploi, acheter un bien, voyager et beaucoup d'autres opérations que les citoyens considèrent comme naturelles.

En songeant à son avenir, Teófilo a dit à António Guterres qu'il aimait toujours la République dominicaine, mais qu'il avait désormais le sentiment que ce n'était pas réciproque. « Je suis né à Mojarra, dans la capitale dominicaine, mais dans mon coeur, dans mon sang, je porte l'héritage de mes parents haïtiens - quelque chose que je ne renierais pas, parce que cela reviendrait à me renier moi-même », a-t-il affirmé. « Je suis dominicain, mais on refuse de me délivrer mes documents », a-t-il ajouté.

Pendant sa visite en République dominicaine, António Guterres s'est aussi rendu au petit bureau du HCR ouvert l'année dernière. Outre son travail avec le gouvernement sur la question de l'apatridie, le bureau soutient également les efforts gouvernementaux visant à renforcer les procédures de détermination du statut de réfugié. Il existe environ 200 réfugiés dans le pays et 350 demandeurs d'asile, principalement originaires d'Haïti.

Par Luis Romero et Federico Martínez à Saint-Domingue, en République dominicaine