En mission à Haïti, le chef du HCR encourage la délivrance de documents

António Guterres encourage un projet aidant les Haïtiens ayant perdu des documents indispensables à reconstruire leur vie après le séisme de 2010.

Une déplacée raconte au Haut Commissaire António Guterres les difficultés auxquelles elle reste confrontée quelque 20 mois après le tremblement de terre ayant dévasté Haïti.   © Andres Martinez Casares

PORT-AU-PRINCE, Haïti, 9 septembre (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a effectué une visite en Haïti cette semaine, encourageant un projet aidant les Haïtiens ayant perdu des documents indispensables à reconstruire leur vie après le séisme dévastateur de janvier 2010.

Au cours de sa visite mercredi et jeudi, António Guterres a également passé en revue d'autres programmes du HCR et rencontré de hauts responsables gouvernementaux sur la nécessité de fournir une assistance aux Haïtiens sans documents ayant tout perdu dans le séisme qui a détruit une grande partie de la capitale, Port-au-Prince, et fait des dizaines de milliers de morts.

Quelque 20 mois après le séisme, plus de 600 000 personnes vivent encore dans près de 1 000 camps spontanés autour de Port-au-Prince et environ 200 000 personnes déplacées sont hébergées par des familles d'accueil dans des logements de fortune exigus.

Parmi ces personnes, nombreuses ont perdu des documents indispensables, y compris les certificats de naissance. En outre, comme seulement un quart des Haïtiens sont nés à l'hôpital, de nombreuses naissances ne sont pas enregistrées. En raison de ces deux facteurs, une importante partie de la population se retrouve sans preuve d'identité, ce qui peut affecter leur capacité à reconstruire leur vie.

« La délivrance d'un certificat de naissance aide les citoyens haïtiens à accéder à leur droit fondamental - la preuve de leur nationalité. Sans certificats de naissance, ces personnes n'existent pas », a déclaré António Guterres à Port-au-Prince. Le Haut Commissaire a prié les autorités haïtiennes d'entreprendre des réformes législatives afin de garantir que les personnes sans documents puissent obtenir des certificats de naissance facilement et gratuitement.

Jackson Emile, 17 ans, fait partie des nombreux bénéficiaires potentiels. Sa famille est originaire de Léogâne, une ville au bord de la mer située au-dessus de l'épicentre du tremblement de terre. Jackson a perdu sa maison, son père et la seule preuve d'identité qu'il possédait. Sans certificat de naissance, il a eu des difficultés pour faire valoir son droit à la propriété des terres de sa famille.

« Avant le tremblement de terre, je vivais très bien. Mon père était ici avec moi. Je mangeais bien. Tout allait bien ». Après la mort de son père l'année dernière, Jackson n'a pas pu terminer sa scolarité et il a dû se battre avec des gens qui essayaient de lui prendre sa terre.

Aider les Haïtiens à obtenir des documents officiels représente l'un des principaux objectifs du HCR en Haïti et constitue un outil essentiel pour prévenir l'apatridie. Pour atteindre cet objectif, le HCR a créé un partenariat avec des ONG locales et des administrations haïtiennes. Ils ont mené des projets à Léogâne, Carrefour et Port-au-Prince ainsi que dans la région frontalière avec la République dominicaine qui partage l'île d'Hispaniola avec Haïti.

António Guterres a promis que le HCR continuerait à développer des programmes de délivrance de documents et à aider le gouvernement à moderniser son système d'état civil. Les documents constituent une source de protection pour les individus. Sans certificat de naissance, ils ne peuvent pas jouir de leurs droits fondamentaux, y compris la propriété d'une terre et l'accès à l'éducation et aux soins de santé. Cela les rend également vulnérables à l'exploitation et à la traite d'êtres humains.

D'ici la fin de cette année, les projets du HCR auront permis à 5 000 personnes vulnérables à Léogâne et dans d'autres régions d'Haïti d'obtenir gratuitement des certificats de naissance officiels. Ces documents les aideront à avoir accès aux services publics et les protègeront contre les abus et l'exploitation. Ils faciliteront aussi les recherches et le regroupement familial.

Pour Jackson, le fait de recevoir un exemplaire de son certificat de naissance constitue la première étape pour pouvoir reconstruire sa vie. « Quand j'aurai 18 ans, j'aimerais pouvoir avoir le contrôle total de ma terre. Je veux cultiver la terre - faire pousser du riz - pour en faire bénéficier la communauté de Léogâne », déclare-t-il.

Lors de sa mission dans les Caraïbes cette semaine, le Haut Commissaire a mis l'accent sur les questions de réfugiés et sur la prévention de l'apatridie en République dominicaine et en Haïti, s'inscrivant ainsi dans la campagne mondiale du HCR pour le 50ème anniversaire de la Convention sur la réduction des cas d'apatridie.