Soigner les plus vulnérables : orphelins à Brazzaville

Alphonse a dû quitter son pays, il avait perdu sa mère et avait été accusé de sorcellerie. Toutefois ce réfugié de 12 ans est désormais entouré et pris en charge.

Les enfants à l'orphelinat doivent participer à la préparation des repas et au nettoyage.   © HCR/D.L.Biciu

BRAZZAVILLE, Congo, 12 septembre (HCR) - Durant sa vie courte mais traumatisante, Alphonse a été forcé de fuir son pays, il a perdu sa Maman et a été accusé de sorcellerie. Toutefois ce réfugié âgé de 12 ans est désormais entouré et pris en charge.

Il vit au Centre d'Insertion et de Réinsertion des Enfants Vulnérables (CIREV), l'un des cinq orphelinats financés par le HCR dans la capitale du Congo et qui prend en charge les enfants orphelins - les personnes les plus vulnérables parmi les vulnéralbes.

Les parents d'Alphonse étaient originaires du Rwanda, mais il est né en exil. Il y a environ 10 ans, il est arrivé à Impfondo au nord du Congo avec sa mère et son beau-père. Après leur arrivée, sa mère est décédée. Alphonse a été abandonné au bureau du HCR d'Impfondo.

Il avait été placé dans une famille d'accueil qui l'a rejeté, l'accusant de sorcellerie - une dénonciation récurrente au Congo, car c'est un moyen de se décharger de la responsabilité d'élever un enfant ou de soigner une personne âgée. Cela signifie également qu'Alphonse a été ostracisé, jusqu'à ce que le HCR n'intervienne et ne le place au CIREV.

Les orphelinats comme le CIREV, un établissement public, ne peuvent promettre un brillant avenir aux bénéficiaires, comme les enfants des rues, mais ils fournissent un hébergement, de la nourriture, une éducation, la solidarité et la protection. Par ailleurs, les enfants peuvent s'identifier à d'autres enfants et se faire des amis, parmi les Congolais ou les réfugiés.

« Malheureusement le suivi psychologique est inexistant ici », explique Barthelemy Peya, le Directeur du CIREV, en soulignant également le manque d'infrastructures et de personnel spécialisé dans les orphelinats, où de nombreux enfants, tout spécialement les réfugiés, ont besoin d'une aide psychologique pour soigner un traumatisme profond. « Tout ce que nous pouvons faire, c'est les garder aussi longtemps que possible, selon nos moyens », ajoute-t-il.

La plupart des orphelinats à Brazzaville sont gérés par des congrégations religieuses, y compris le centre d'accueil « Notre Dame de Nazareth ». Cette habitation est devenue une maison de fortune pour les petits malheureux. Sur 500 m² environ, cour comprise, s'entassent quelque 52 enfants, de quelques mois jusqu'à 17 ans. Leurs activités quotidiennes tournent autour des cours scolaires dans un espace improvisé, apprendre à faire la cuisine, le ménage et des jeux. Parmi eux, 12 sont enregistrés comme réfugiés auprès du HCR Congo.

« Les enfants sont amenés chez nous par les travailleurs sociaux, les paroisses, la police », explique Soeur Marie-Thèrese, maître des lieux. « Nous n'avons pas les moyens pour faire face à tous les problèmes, mais notre défi majeur n'est pas seulement d'arriver à les nourrir et abriter correctement, mais surtout de les élever dans le respect d'autrui. »

Agée de 11 ans, Yvette, qui est également rwandaise, vit au centre Notre Dame depuis deux ans avec ses deux frères et ses soeurs. Elle aime les mathématiques et le français. Elle est animée d'un réel esprit de compétition. Lors de la visite du HCR, elle s'est plainte de n'être que deuxième de sa classe de français.

La même situation règne au Centre Yamba Ngai. L'infrastructure modeste abrite 42 enfants, y compris des nourrissons. La capacité d'accueil est de seulement 20 places. « Nous fonctionnons à plus de 100% de nos moyens réels », souligne Soeur Marie Lourdes, la responsable. « Mais nous ne pouvons pas laisser les enfants à la rue, ce sera encore pire pour eux. Nous sommes devant le mur et, pour passer, nous devons souvent le casser. » Six petits réfugiés de Burundi, deux garçons et quatre filles, entre 4 et 13 ans, ont été placés ici par le HCR Brazzaville. Frères et soeurs, ils ont été abandonnés devant le bureau du HCR, un soir de mai 2011, et une solution d'urgence a dû être trouvée.

Les activités de protection pour les enfants sont organisées depuis 1998, après les guerres civiles qui ont secoué toute la région de l'Afrique centrale. Au Congo, le HCR prend en charge des enfants réfugiés non seulement à Brazzaville en milieu urbain, mais aussi à Bétou et Impfondo en milieu rural. Dans ce cas, ils sont placés exclusivement en familles d'accueil, car les centres d'accueil n'y existent pas. Au total, 214 enfants réfugiés orphelins, séparés de leurs familles ou non accompagnés bénéficient de l'aide du HCR.

« Le HCR fait son possible pour aider les centres d'accueil des enfants à travers les enfants réfugiés qui y sont placés », explique Esther Benizri, chargée de protection au HCR de Brazzaville. « En effet, il est difficile d'aider un enfant réfugié et de ne rien faire pour les autres. » Le but principal est d'assurer, autant que possible, des conditions minimales de bien-être. Le HCR mène également des enquêtes d'évaluation, pour établir l'intérêt supérieur de l'enfant, afin de l'aider à trouver une solution durable pour son avenir.

Par Daniela Livia Bîciu à Brazzaville, Congo