Déclaration liminaire du Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés à la soixante-deuxième session du Comité exécutif du programme du Haut Commissaire

Palais des Nations, Genève, le 3 octobre 2011

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Monsieur le Président, Excellences, Distingués délégués, Mesdames et Messieurs,

J'ai le plaisir de vous souhaiter la bienvenue à cette soixante-deuxième session du Comité exécutif. J'aimerais réserver un accueil particulièrement chaleureux à nos nouveaux membres du Comité exécutif : Bulgarie, Cameroun, Croatie, République du Congo, Togo et Turkménistan.

Je voudrais tout d'abord rendre hommage à l'engagement et au courage du personnel du HCR ainsi qu'aux familles qui les appuient. Sans la passion qui les anime dans leur travail, et sans leur disponibilité pour vivre pendant des années dans les lieux les plus désolés et les plus dangereux de la planète, j'aurais bien peu à vous dire aujourd'hui.

Trop d'agents humanitaires paient aujourd'hui de leur vie cet engagement. Le HCR a perdu un collègue au Soudan au début de l'année et un autre a été sérieusement blessé lors de l'attentat récent perpétré contre les Nations Unies à Abuja.

Globalement, 53 fonctionnaires des Nations Unies ont été tués en 2011, et 30 parmi les partenaires d'exécution.

Il y a une année, je vous ai entretenu en détail du rétrécissement de l'espace humanitaire. Bien que je ne me propose pas d'y revenir cette année, le danger auquel nous sommes confrontés n'en est pas aujourd'hui moindre.

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Mesdames et Messieurs,

Cette année est importante pour le HCR car nous commémorons le soixantième anniversaire de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et le cinquantième anniversaire de la Convention de 1961 sur la réduction des cas d'apatridie.

Ce fut également une année extrêmement difficile. Sur la toile de fond de nombreux autres événements marquants, notamment dans le contexte du printemps arabe, 2011 s'est caractérisée par une succession rapide de trois situations d'urgence qui ont mis à l'épreuve nos capacités et celles de nos partenaires. En ce soixantième anniversaire, ces événements nous ont rappelé l'essence de la mission du HCR : protéger les réfugiés. Et de fait les crises majeures de 2011 ont été des crises de réfugiés.

Au cours des dernières semaines de 2010, des milliers de réfugiés ont fui la Côte d'Ivoire après des élections controversées. Au cours des mois qui ont suivi, plus de 200 000 Ivoiriens ont cherché asile dans les pays voisins, la plupart d'entre eux au Libéria. Parallèlement, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées en Côte d'Ivoire, particulièrement autour d'Abidjan et dans la région occidentale.

Dans les années qui ont précédé la situation d'urgence au Libéria, la présence du HCR sur le terrain a été considérablement réduite et notre réponse initiale a été plus lente que prévu. Un renforcement significatif de notre capacité et de nos liens de coopération avec les partenaires nationaux et internationaux est essentiel pour relever les immenses défis auxquels nous sommes confrontés dans les régions frontalières isolées.

Au plus fort de la crise en Côte d'Ivoire, une autre situation d'urgence de grande ampleur s'est fait jour en Afrique du Nord. Suite à l'éruption de violences en Libye, presque 1,5 millions de personnes -- y compris les migrants et les réfugiés -- ont traversé les frontières vers les pays voisins. A l'apogée du déplacement en mars, 15 à 20 000 personnes traversaient chaque jour la frontière vers la Tunisie et l'Egypte. Les capacités de ces pays ont été rapidement dépassées.

L'Organisation internationale pour les migrations -- et je remercie ici son Directeur général -- et le HCR ont lancé une grande opération d'évacuation humanitaire des nationaux de pays tiers fuyant la Libye et ayant besoin d'une assistance internationale pour rentrer chez eux. Dans le cadre de cet effort conjoint, conduit par l'OIM avec l'appui des gouvernements, plus de 1 600 vols ont été organisés, permettant à 157 000 personnes de rentrer chez elles.

Environ 5 000 personnes venant de pays tiers ne pouvaient rentrer chez elles -- soit la Somalie et l'Erythrée -- et ont cherché asile en Tunisie et en Egypte. Plus d'un million de Libyens ont également traversé les frontières, bien que la plupart d'entre eux rentrent dans leurs foyers. Des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants ont tenté de fuir par la mer et beaucoup ont péri en Méditerranée.

Parmi les populations les plus touchées par la violence en Libye, on comptait -- et on compte toujours -- des personnes originaires de l'Afrique sub-saharienne. Bon nombre d'entre elles venaient de pays déchirés par la guerre. J'en appelle au Conseil national de transition pour qu'il assure leur sécurité en Libye. Il ne faut pas assimiler les réfugiés ou les travailleurs migrants aux mercenaires.

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Mesdames et Messieurs,

Outre ces deux crises de déplacement majeures au cours du printemps, le pire était encore à venir. Alors que la sécheresse n'a cessé de s'aggraver, se conjuguant avec un conflit vieux de plusieurs décennies en Somalie, plus de 270 000 personnes ont fui le pays, portant le nombre total de réfugiés somaliens dans la région à 900 000. Par ailleurs, on compte 1,5 million de déplacés internes. Cela signifie que presque un tiers de la population de la Somalie a été contrainte de quitter son foyer.

Le Kenya, l'Ethiopie, le Yémen et Djibouti ont généreusement assumé l'essentiel de cet exode massif. Le camp de réfugiés le plus important du monde, Dadaab au Kenya, a multiplié par cinq sa taille prévue, hébergeant plus de 450 000 personnes. Grâce à des terrains supplémentaires mis à disposition par le Gouvernement kényan -- que j'aimerais remercier ici -, de nouveaux sites autour de Dadaab ont été ouverts depuis juin. Plus de 50 000 réfugiés y ont déjà été relogés, contribuant à décongestionner le camp inexorablement surpeuplé. Mais les populations continuent d'arriver au rythme de 1 000 par jour.

Dans les camps de Dollo Ado en Ethiopie, nous avons enregistré le niveau le plus inquiétant de mortalité et de malnutrition, au plus fort de la crise -- niveau record jamais enregistré. Jusqu'à deux tiers des enfants nouvellement arrivés présentaient un état de malnutrition aiguë et, dans un camp, le taux de mortalité quotidien dépassait sept décès pour 10 000. Suite à un effort massif concerté avec nos partenaires, la malnutrition aiguë est désormais tombée à moins de 35 pour cent et les taux de mortalité ont été réduits à 1 pour 10 000 par jour. Toutefois, ces chiffres sont encore trop élevés, particulièrement parmi les très jeunes enfants.

A l'intérieur de la Somalie, nous jouons un rôle plus modeste, conduisant le module de protection et fournissant aux déplacés internes des nécessaires d'urgence. Notre assistance nous a déjà permis d'atteindre presque 400 000 personnes.

Ces situations d'urgence à répétition ont mis à rude épreuve nos capacités. Au cours des neufs premiers mois de 2011, nous avons déployé plus de 600 agents d'urgence dans 36 pays. Ce niveau est deux fois et demi plus élevé que celui des années antérieures. A un moment en juin, quelque 300 personnes ont été déployées en même temps -- 60 de plus qu'au cours de l'ensemble de l'année 2010.

Nos stocks d'urgence et notre capacité de livraison ont également été mis à rude épreuve, nous avons acheminé par pont aérien 70 tonnes d'abris et autres articles d'urgence chaque semaine en 2010, triplant ainsi le volume expédié en 2010.

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Mesdames et Messieurs,

Le déplacement continue de croître dans le monde alors que les nouveaux conflits se multiplient et que les anciens ne trouvent pas de solutions. Quelque 43,7 millions de personnes sont désormais déracinées en raison du conflit, de la persécution, chiffre le plus élevé de ces 15 dernières années. En 2011, 750 000 personnes supplémentaires sont devenues réfugiées dans d'autres pays.

En même temps, il semble que les crises anciennes ne trouvent jamais de fin. L'Afghanistan, l'Iraq et les provinces orientales de la République démocratique du Congo n'en sont que quelques exemples. Et récemment, la poursuite des hostilités dans l'Etat du Nil bleu du Soudan ainsi qu'au Sud de Kordofan et à Abyei ont causé le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes, y compris, il y a deux semaines, 25 000 cherchant refuge en Ethiopie depuis l'Etat du Nil Bleu et 10 000 personnes fuyant les Montagnes de Nuba vers le Soudan du Sud ces derniers mois.

Dans ce scénario de conflit persistant, les solutions durables -- un élément central du mandat du HCR -- deviennent de plus en plus difficiles à mettre en oeuvre. Soixante-dix pour cent des réfugiés relevant de la compétence du HCR -- plus de 7 millions de personnes -- vivent désormais dans une situation d'exil prolongé.

Ce sombre tableau montre à quel point il est important d'intensifier la mise en oeuvre de notre plan d'action global concernant les situations de réfugiés prolongées. Mais il nous faut reconnaître qu'il n'existe pas de solution humanitaire à ces problèmes -- la solution est toujours politique. Elle ne saurait émerger en l'absence de l'engagement résolu des acteurs clés aux plans national, régional et mondial.

La Somalie représente probablement la problématique globale de réfugiés la plus complexe de notre époque. Pour mieux y faire face, j'ai l'intention de convoquer un groupe de haut niveau qui nous aidera à formuler un ensemble de propositions concernant des initiatives possibles de la part de la communauté internationale afin de trouver des solutions à cette population réfugiée depuis de longues années.

Je puise toutefois une source d'encouragement dans la détermination des gouvernements de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Monténégro et de Serbie qui joignent leurs efforts pour résoudre une fois pour toute la situation des réfugiés à l'ouest des Balkans. Ces efforts, qui prouvent que des solutions sont possibles en présence d'une volonté politique, requièrent aujourd'hui l'appui de la communauté internationale.

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Mesdames et Messieurs,

Les anciens conflits se révélant de plus en plus insolubles, de nouveaux se faisant jour un peu partout, les chiffres du rapatriement librement consenti n'ont jamais été aussi bas au cours des 20 dernières années. Moins de 200 000 réfugiés ont choisi de rentrer chez eux en 2010, contre une moyenne annuelle de plus d'un million au cours des deux dernières décennies.

Compte tenu des possibilités limitées de retour librement consenti, la réinstallation est devenu encore plus vitale.

Nous avons récemment dépassé plusieurs jalons importants dans nos efforts de réinstallation. Plus de 50 000 réfugiés bhoutanais sont partis aux fins de réinstallation depuis le Népal. Fin juillet, le nombre de réfugiés iraquiens attendant le départ a dépassé les 65 000, plus de 100 000 dossiers ayant été présentés. A ce stade, le 70 000e réfugié de Myanmar est parti de Thaïlande pour s'installer aux Etats-Unis d'Amérique.

Mais les possibilités de réinstallation sont encore loin de répondre à la demande. Le nombre de places mises chaque année à disposition est resté aux alentours de 80 000 ces trois dernières années. Les besoins globaux de réinstallation dépassent la capacité annuelle des Etats d'accueil à raison de 10 contre un.

Le HCR a réduit le nombre des dossiers de réinstallation présentés de 128 000 en 2009 à 108 000 en 2010, afin d'éviter de créer un arriéré trop conséquent. Au cours de l'année écoulée, seuls 73 000 réfugiés ont été réinstallés, soit 14 pour cent de moins qu'en 2009.

Je ne saurais trop insister sur l'urgence de mettre à disposition des places de réinstallation pour les réfugiés. Pour bon nombre d'entre eux, c'est une question de survie. L'année dernière, plus de 8 000 réfugiés ont trouvé un havre sûr par le biais de procédures de réinstallation d'urgence, alors qu'ils étaient sous le coup d'une menace grave dans leur pays d'asile.

Néanmoins, l'utilisation de la réinstallation comme une réponse d'urgence s'est révélée délicate, en raison de quotas rigides, de procédures longues et d'exigences restrictives au niveau des profils.

Nos efforts de réinstallation d'urgence dans la crise libyenne ont trop clairement montré leurs limites. Alors que les cas de 2 600 réfugiés ont été présentés, moins de 450 sont partis à ce jour, bon nombre dans des centres de transit d'urgence où ils attendent la clôture de leur dossier. Pour alléger ces difficultés, j'espère que les pays de réinstallation envisageront l'établissement d'une réserve de places d'urgence dans laquelle puiser lors d'exodes tragiques.

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Mesdames et Messieurs,

La troisième solution durable est l'intégration sur place, un processus complexe est parfois lent à mettre en oeuvre. Le HCR continue d'aider les réfugiés à préparer cette intégration sur place dans différentes régions du monde, y compris en Afrique de l'ouest, en République-Unie de Tanzanie, en

Des programmes d'autosuffisance ont également été appuyés dans un nombre croissant de situations avant que les réfugiés puissent contribuer au développement de leur pays hôtes. Cela inclut une nouvelle stratégie d'autonomie au sud du Tchad pour 55 000 réfugiés centrafricains ainsi que l'Initiative de solutions transitoires conjointe du HCR et du PNUD à l'est du Soudan qui promet d'aider les anciens réfugiés érythréens à devenir autosuffisants au cours des années à venir.

Dans une autre situation prolongée, celles Afghans, des réponses novatrices des gouvernements concernés ouvrent de nouvelles possibilités. En Afghanistan, un programme de réintégration mieux ciblé sera mis en oeuvre conjointement avec le PNUD. Au Pakistan, la stratégie de rapatriement et de gestion globale du Gouvernement pour les réfugiés afghans combine l'appui à la communauté hôte au développement de dispositifs alternatifs de séjour intérimaire pour certains groupes de réfugiés.

La décision du Gouvernement de la République islamique d'Iran de délivrer des permis de travail aux réfugiés afghans enregistrés constitue un autre exemple de réponse créatrice à un défi de longue haleine. Avec la fourniture d'une couverture d'assurance maladie pour 200 personnes, appuyée par le HCR, il s'agit d'une étape importante vers l'accroissement de l'autosuffisance.

Ces nouvelles approches audacieuses doivent être suivies d'une solidarité internationale. A cette fin, le HCR et les trois gouvernements concernés élaborent une stratégie de solutions pluriannuelles pour les réfugiés afghans dans la sous-région, qui sera présentée lors d'une conférence internationale des parties intéressées au début de 2012 à Tokyo.

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Mesdames et Messieurs,

Nous ne pouvons oublier les immenses défis que l'intégration sur place et l'autosuffisance représentent pour les pays hôtes, surtout dans le Grand Sud. Les pays en développement hébergent aujourd'hui huit réfugiés sur dix, offrant la contribution la plus importante à leur protection.

L'année dernière, j'ai promis que le HCR mandaterait une étude visant à définir des méthodologies possibles pour estimer le coût et l'impact de l'accueil d'importantes populations réfugiées.

Le Centre africain pour la migration et la société à l'Université de Witwatersrand en Afrique du Sud a, depuis lors ,été chargé de cette étude et met actuellement au point un cadre analytique qui sera utilisé dans les pays d'asile concernés,

Les membres du Comité exécutif ont été invités à établir un Comité directeur pour diriger ce projet et veiller à ce qu'il soit suivi d'effet.

Il est clair depuis longtemps que les pays hôtes du monde en développement ne peuvent être censés assumer seuls le fardeau d'un nombre considérable de réfugiés. Permettez-moi de réitérer un appel que j'ai lancé à ce Comité pour une nouvelle répartition du fardeau. C'est un appel à une solidarité active avec le monde en développement, avec les pays qui supportent l'essentiel de conséquences du déplacement forcé.

L'assistance au développement ciblant les zones accueillant des réfugiés est cruciale à cet égard. Le financement est essentiel mais la solidarité ne saurait se mesurer exclusivement en termes financiers. La réinstallation est une forme vitale de partage de la charge. Les politiques en matière de mobilité et de gestion des migrations en sont une autre.

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Mesdames et Messieurs,

L'engagement du HCR auprès des déplacés internes continue d'être un pilier important de nos opérations. En 2010, nous avons fourni une protection et une assistance à quelque 14,7 millions d'entre eux dans 29 pays, où nous avons conduit un ou plusieurs des trois modules placés sous notre responsabilité globale -- protection, abris d'urgence et coordination et gestion des camps.

Environ 2,9 millions de déplacés internes ont pu rentrer chez eux l'année dernière, la plupart d'entre eux au Pakistan, en République démocratique du Congo et en Ouganda.

Six ans après l'approche modulaire, nous sommes pleinement engagés dans les efforts de réforme actuels conduit par le Coordonnateur des secours d'urgence et l'OCHA. Ils ont pour but d'améliorer les résultats collectifs au niveau de la direction, de la coordination, de la redevabilité, de la préparation et des communications. Les mesures que nous prenons pour renforcer encore nos capacités en matière de protection et de réponse d'urgence sont alignées sur ce processus.

Plusieurs séries de discussions approfondies ont eu lieu au cours de l'année écoulée concernant le rôle que devrait jouer le HCR dans la protection des personnes déplacées par les catastrophes naturelles.

Dans la mesure où nous ne sommes pas encore parvenus à un accord sur un engagement plus prévisible dans la direction du module de protection au niveau du pays face à des catastrophes naturelles, nous continuerons à opérer au cas par cas, comme de par le passé. Il va sans dire que le HCR ne refusera pas son aide lorsqu'on le lui demandera, comme lorsque les inondations ont à nouveau frappé le Pakistan il y a quelques semaines.

La catastrophe naturelle la plus dévastatrice de 2011 a été le tremblement de terre et le tsunami au Japon. Ce désastre a fait plus de 20 000 morts ou disparus. Je voudrais exprimer une fois encore nos plus sincères condoléances au peuple du Japon à cette occasion. Nous avons été très impressionnés par leur courage et leur endurance, par leur profonde générosité à l'égard des réfugiés et des déplacés du monde, même pendant ces moments difficiles.

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Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous parler brièvement du processus de réforme interne du HCR. Cela fait cinq ans que nous sommes embarqués sur ce chemin ambitieux et parfois hérissé d'embûches. Aujourd'hui, les résultats parlent d'eux-mêmes. Nous avons accru considérablement notre efficacité, les coûts du Siège ayant été réduits de 14 à 9 pour cent des dépenses globales et les dépenses de personnel de 41 à 27 pour cent.

L'année dernière, les économies dégagées par la délocalisation à Budapest ont atteint 15 millions de dollars E.-U. Ces réductions ont entre autres contribué à consentir des investissements importants au début de 2011 pour combler des lacunes dans les secteurs de l'eau, de l'assainissement, de la santé et de la nutrition, au bénéfice de 1,3 million de réfugiés en Afrique et en Asie.

Les deux volets du programme de réforme antérieure qui restaient à achever au moment de ma dernière déclaration étaient la restructuration et la décentralisation de la Division des systèmes d'information et des télécommunications ainsi qu'un certain nombre d'éléments de la réforme des ressources humaines.

D'ici à la fin de cette année, 49 postes de TCI seront déplacés de Genève vers le nouveau Centre de services créé à Amman, et quelques autres à Budapest et à Panama. Cela permettra au HCR d'apporter l'appui informatique plus près du terrain et de renforcer sa réponse aux besoins opérationnels.

En ce qui concerne les ressources humaines, le Comité consultatif mixte, composé de représentants de la direction et du personnel, est aujourd'hui consulté sur les politiques proposées en matière de recrutement, de conversion, de contrat ainsi qu'une nouvelle stratégie visant à réduire le nombre de fonctionnaires en attente d'affectation.

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Mesdames et Messieurs,

La réforme structurelle ne saurait être une fin en soi. C'est pourquoi l'essentiel de notre énergie est consacré à l'amélioration de notre capacité d'exécution. Comme je l'ai annoncé l'année dernière, les priorités récentes ont concerné le renforcement de nos capacités de protection et de réponse d'urgence.

Au début de 2011, le HCR a publié 42 nouveaux postes de protection dans le monde dans des domaines tels que la réinstallation, la détermination du statut de réfugié, l'apatridie et la direction de modules. Pour ces postes, dont les avis de vacance ont été publiés à l'extérieur, nous avons reçu presque 4 300 candidatures. Pour le HCR, cela représente la chance de recruter un certain nombre d'excellents agents et de renforcer notre réponse opérationnelle face à des défis de protection de plus en plus complexes.

En outre, nous avons créé 14 nouveaux postes de protection au Soudan et 32 à l'est de la République démocratique du Congo à la fin de 2010. Ces postes, à l'exception de trois, ont été pourvus depuis lors, ce qui a considérablement accru notre aptitude à fournir une protection moyennant l'établissement d'une présence.

L'apprentissage en matière de protection est également renforcé, moyennant une douzaine de nouveaux cours bénéficiant à plusieurs centaines de fonctionnaires du HCR et de ses partenaires en 2012.

Concernant la deuxième priorité, les tensions extraordinaires s'exerçant cette année sur notre capacité de réponse d'urgence ont amplement légitimé la sagesse des investissements qui ont été consentis pour la renforcer.

Grâce à la mise en oeuvre intégrale de notre système de gestion globale des stocks, nous pouvons désormais compter sur un réseau centralisé de sept plateformes d'approvisionnement en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient. Ce réseau nous a permis de dégager des économies importantes sur les ponts aériens et grâce à une augmentation de 20 pour cent des niveaux de nos stocks, nous pouvons désormais les répondre en 72 heures à des situations d'urgence simultanées représentant jusqu'à 600 000 personnes.

Nous avons étendu nos mécanismes de déploiement de personnel pour inclure l'ensemble des services du Siège et des opérations du terrain dans le cadre d'un fichier d'urgence. Nous avons également créé un fichier de gestionnaires de haut niveau afin de conduire les opérations en temps de crise. Quelque 25 fonctionnaires de niveau P.5 à D.2 figurent désormais sur ces fichiers aux fins de déploiement. Des experts techniques de toutes les Divisions et des partenaires standby extérieurs complètent cette capacité renforcée au niveau des ressources humaines.

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Mesdames et Messieurs,

L'année 2011 nous a clairement montré où nous devons apporter de nouvelles améliorations. Suite aux consultations lors de la Réunion mondiale des Représentants au début de cette année, nous avons décidé de nous embarquer dans une série de nouvelles priorités organisationnelles dans un proche avenir. Permettez-moi de vous en entretenir brièvement.

Tout d'abord, pour renforcer notre réponse organisationnelle en situation de crise, nous élaborons un nouveau modèle de dotation en personnel nous permettant non seulement des déploiements rapides dès les premières phases d'une crise, mais également de nous doter d'un dispositif plus structuré pour opérer une transition vers la phase post-urgence afin de garantir la continuation des activités. Nous établirons un mécanisme interne d'allocation de ressources plus rapide et ferons en sorte que les appels de fonds pour les réfugiés soient publiés dans les trois jours de l'émergence d'une situation d'urgence, avec la participation des organisations partenaires intéressées.

De même, le HCR renforce ses capacités de coordination et d'appui pour faciliter un engagement interinstitutionnel plus prévisible et plus responsable dans les exodes de réfugiés. Notre capacité de direction efficace, crédible et rigoureuse est critique à cet égard.

Un investissement conséquent dans nos capacités de gestion de l'information constitue un autre facteur clé à cet égard. Afin de tirer parti de l'expérience acquise en Côte d'Ivoire et au Libéria, un portail de données opérationnelles dans la Corne de l'Afrique fournit déjà des statistiques actualisées en matière d'enregistrement, des cartes et des rapports sectoriels en interaction avec l'ensemble des partenaires en Ethiopie et au Kenya. Cela nous a montré la voie à suivre et nous tirerons également profit de l'expérience de l'OCHA dans ce domaine.

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Mesdames et Messieurs,

Alors que nous consolidons la gestion basée sur les résultats, la deuxième priorité que nous nous sommes fixées pour la période à venir est l'amélioration de l'obligation redditionnelle, du contrôle financier et des programmes, ainsi que la gestion des risques.

Nous avons déjà accompli des progrès avec vous tous concernant l'établissement d'un Comité d'audit et de contrôle indépendant, comme en sont convenus les Etats membres l'année dernière. Le processus de recrutement de ces cinq membres est en cours. J'espère qu'ils pourront entrer en fonction au début de 2012.

Le volume d'activité du HCR a quasiment doublé au cours des cinq dernières années, moyennant seulement une augmentation marginale au plan mondial du personnel et une réduction importante à Genève. Cet accent important mis sur les gains d'efficacité nous a permis de relever les immenses défis auxquels nous avons été confrontés et de nous adapter à un environnement humanitaire en mutation. Nous ne pouvions pas continuer à dépenser sans compter au sein de l'Organisation ce qui était cruellement nécessaire pour les personnes dont nous avons la charge.

Aujourd'hui, l'heure est venue de nous attaquer à certaines déficiences qui sont apparues au cours de ce processus. Nous devons aligner nos mécanismes de contrôle sur notre budget sérieusement révisé en hausse. Au cours des deux prochaines années, nous renforcerons notre système d'obligation redditionnelle, équiperons nos fonctionnaires de compétences et de capacités plus pointues en matière de gestion et de contrôle financier et adopterons un nouveau cadre de gestion des risques pour l'Organisation.

Ces priorités vont de pair avec un effort résolu pour simplifier les processus organisationnels et promouvoir systématiquement l'innovation au bénéfice de nos activités et des personnes que nous prenons en charge.

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Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de dire un mot maintenant au sujet du financement. Je suis infiniment reconnaissant aux donateurs pour le niveau sans précédent des contributions versées au HCR ces dernières années. Malgré les pressions considérables qui pèsent sur les budgets de nombreux gouvernements, les donateurs ont une fois encore accru leur appui en 2010, fournissant 1,86 milliard de dollars E.-U. sous forme de contributions volontaires. Leur réponse généreuse face aux nombreuses crises de cette année aboutira à un chiffre encore plus élevé à la fin de 2011.

Nous sommes conscients que pour continuer à bénéficier d'un tel appui nous devrons sans cesse améliorer notre efficacité et notre redevabilité.

Nous intensifions nos efforts pour élargir la base de recettes du HCR et pour atteindre un éventail plus large de donateurs. Les investissements ciblés au niveau de la collecte de fonds dans le secteur privé ont porté leurs fruits, le niveau des contributions ayant quasiment quadruplé depuis 2005. Le projet de la Fondation IKEA à Dadaab en est l'exemple le plus récent.

Nos recettes venant de fonds communs et d'autres sources multilatérales ont augmenté pour la cinquième année consécutive en 2011, y compris une récente contribution de 30 millions de dollars E.-U. de la Banque mondiale dans les secteurs de la santé, de la nutrition, de l'eau et de l'assainissement dans la Corne de l'Afrique.

Permettez-moi de lancer un appel dans ce contexte pour un financement sans restriction et affecté de façon flexible. Je suis extrêmement reconnaissant aux donateurs qui offrent la plupart de leurs contributions moyennant peu ou pas d'affectations. Ces fonds sont pour nous vitaux. Ils peuvent être utilisés de différentes façons, pour lancer une opération mais aussi pour toute autre allocation lorsqu'arrivent des ressources affectées.

En 2010, 18 pour cent seulement de nos recettes ne comportaient aucune restriction alors que 55 pour cent ont été strictement affectées. Une plus grande flexibilité de la part des donateurs est critique pour garantir un niveau comparable d'assistance dans toutes les opérations, surtout du fait que bon nombre de ces situations ne tombent pas sous les projecteurs des médias. La réduction constante de nos dépenses structurelles et du Siège se traduit par le fait que davantage de fonds non affectés peuvent désormais être utilisés pour les réfugiés et les autres personnes relevant de notre compétence. Il serait naturellement inacceptable de demander davantage de fonds non affectés si ce financement servait à alimenter un monstre bureaucratique.

Je voudrais également insister une fois encore sur l'importance du partenariat pour tout l'éventail de nos activités. Le nombre de nos partenaires d'exécution atteint presque 900, dont 60 pour cent est constitué par des ONG nationales. Aujourd'hui, presque 38 pour cent de notre budget est mis en oeuvre par nos partenaires. Cela représente un montant de 350 millions de dollars de plus qu'en 2005.

Mais nous ne voyons pas dans les ONG de simples agences d'exécution. Elles deviennent de plus en plus des partenaires stratégiques, depuis l'élaboration de la politique générale jusqu'à la planification et à l'action conjointe sur le terrain. Le Mouvement de la Croix Rouge et du Croissant Rouge illustre ce partenariat stratégique.

Notre coopération avec d'autres institutions opérationnelles des Nations Unies est toujours cruciale pour nos activités. Nous avons actualisé notre Mémorandum d'accord en vigueur depuis longtemps avec le Programme alimentaire mondial pour inclure de nouvelles priorités opérationnelles comme l'anémie et l'aide alimentaire en milieu urbain. Et j'aimerais exprimer mes remerciements les plus sincères au PAM : dans les environnements les plus isolés du monde, partout où vous voyez des agents du HCR, vous voyez également des agents du PAM joignant leurs efforts aux nôtres.

Nous sommes également convenus avec l'UNICEF d'un nouveau cadre visant à renforcer la prévisibilité et l'efficacité de notre collaboration dans les situations d'urgence de réfugiés.

Dans le cadre du partenariat, les débats riches et constructifs des dialogues annuels sur la protection ont conduit à des changements de politique générale substantiels concernant les mouvements migratoires mixtes, les situations de réfugiés prolongées et les réfugiés urbains. Je suis honoré de l'engagement vigoureux des Etats membres à cet égard.

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Mesdames et Messieurs,

En décembre de l'année dernière, le Dialogue sur les lacunes de protection a identifié un certain nombre de secteurs critiques où nous devions améliorer la situation des populations dont nous avons la charge. Les conclusions de ces discussions nous ont guidés tout au long de 2011 alors que nous commémorons les 50ème et 60ème anniversaires des Conventions relatives aux réfugiés et à la réduction des cas d'apatridie.

En décembre 2011, ces commémorations culmineront dans un évènement intergouvernemental au niveau ministériel. Ce sera l'occasion pour les Etats de réaffirmer les principes de la protection des réfugiés et de prendre de nouveaux engagements. Soixante ans après la rédaction de la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, nous espérons que les Etats prendront des engagements concrets en vue d'actions spécifiques pour améliorer le régime international de protection, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Cela pourrait inclure des décisions d'adhérer aux Conventions ou de lever les réserves restreignant la mise en oeuvre pleine et entière, afin d'établir ou d'améliorer les systèmes d'asile ou d'accroître l'engagement du gouvernement au niveau de la détermination du statut de réfugié. La mise au point ou l'élargissement des programmes de réinstallation, la création de possibilités d'intégration sur place, les initiatives visant à réduire le racisme et la xénophobie ou la collaboration avec d'autres Etats afin de partager le fardeau et de relever les défis régionaux sont d'autres exemples d'engagement possibles.

En 2011, le HCR a fait d'énormes efforts pour inscrire l'apatridie plus haut sur l'ordre du jour international. Si ces efforts portent peu à peu leurs fruits, le chemin est encore long. L'absence de nationalité reste un problème fondamental, et pourtant, il est encore beaucoup trop souvent passé sous silence.

Pour les quelque 12 -- certains avancent 15 -- millions de personnes touchées dans le monde entier, les conséquences de l'apatridie peuvent être dévastatrices : exclusion sociale, déni des droits humains, entrave à l'éducation et au développement ou vulnérabilité accrue face aux sévices et au trafic.

Au cours de l'année écoulée, nous avons inlassablement préconisé des réformes législatives pour réduire les risques d'apatridie. Dans de nombreux pays, les changements requis sont simples -- par exemple, garantir que les mères puissent conférer leur nationalité à leurs enfants comme les pères le font. C'est une approche « gagnant-gagnant », aidant à réduire l'apatridie et à promouvoir la parité.

Des progrès constants ont été enregistrés en matière de réduction des cas d'apatridie au cours des dernières années, particulièrement en Asie et au Moyen-Orient. Depuis 2009, nous estimons que près de 300 000 personnes ont acquis une nationalité dans le monde. En outre, le nombre d'Etats parties aux Conventions relatives à l'apatridie ne cesse de croître, quatre nouveaux pays ayant déjà adhéré à l'un de ces instruments ou aux deux depuis janvier 2011 et plusieurs autres ayant annoncé qu'ils le feront d'ici à la fin de l'année. Je suis convaincu que de nombreux Etats annonceront les mesures qu'ils ont prises pour lutter contre l'apatridie lors de la réunion ministérielle de décembre.

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Mesdames et Messieurs,

La multitude de crises de réfugiés au cours de l'année écoulée a mis à rude épreuve la capacité de la communauté internationale à fournir un espace de protection à ceux qui cherchent la sécurité à travers les frontières. Le test a montré que la protection des réfugiés est toujours à l'ordre du jour. Tous les pays adjacents aux zones de crise de cette année méritent la gratitude et la solidarité de la communauté internationale pour leur immense générosité et leur respect des valeurs de la protection internationale.

Le Libéria, le Ghana, la Guinée et le Togo ont tous gardé leurs frontières ouvertes alors que plus de 200 000 réfugiés ivoiriens fuyaient leur pays.

Bon nombre de réfugiés arrivés dans des communautés hôtes au Libéria venaient des villages de Côte d'Ivoire qui avaient abrité leurs voisins libériens lorsqu'eux-mêmes avaient fui au cours des 14 années de guerre civile qu'ont connues leur pays. Lors d'une visite dans le Comté de Nimba, j'ai été frappé de voir les agriculteurs libériens puiser dans leurs semences de riz pour la prochaine saison de semailles afin de nourrir des nouveaux venus. Dans une région qui a accompli beaucoup de progrès dans la résolution du conflit et du déplacement lors de la décennie écoulée, les valeurs humaines fondamentales de la solidarité et de l'hospitalité sont encore très fortes.

Tous les pays contigus à la Libye ont montré le même engagement résolu à fournir un espace de protection alors que des centaines de milliers de personnes fuyaient ce conflit. Tout au long de la période la plus fragile de leur transition, la Tunisie et l'Egypte ont toujours gardé leurs frontières ouvertes.

Sans vouloir entrer dans le débat européen sur la migration et l'avenir du régime de Schengen, il est important de reconnaître que l'Italie et Malte ont reçu près de 30 000 personnes fuyant la Libye en traversant la Méditerranée. Je rends un hommage particulièrement vibrant aux gardes côtes italiens et à la Guardia di Finanza pour leur travail admirable de sauvetage en mer qui a permis de sauver des milliers de vies en 2011.

Plus à l'Est, la Turquie et le Liban ont également gardé leurs frontières ouvertes à toutes les personnes en quête de refuge.

Et la liste se poursuit. Comme ils l'ont fait pendant deux décennies, les pays voisins de la Somalie -- Kenya, Ethiopie, Djibouti et Yémen -- ont continué d'accueillir ceux qui arrivaient à leurs frontières en quête de sûreté et de survie. Cette générosité illustre la force de leur engagement sans faille à la protection des réfugiés.

Le lauréat de la Distinction Nansen de cette année, la Société de solidarité humanitaire basée au Yémen (SHS) est emblématique de cet engagement.

Même dans les pays qui continuent d'être en proie à une agitation interne dramatique, la protection des réfugiés a été intégralement préservée. En Syrie, le HCR et ses partenaires locaux ont pu poursuivre la mise en oeuvre de programmes en faveur de centaines de milliers de réfugiés irakiens. La crise interne au Yémen n'a pas non plus altéré la politique du pays consistant à accorder le statut de réfugié prima facie à l'ensemble des Somaliens arrivant sur ses côtes.

Les principes consignés dans la Convention relative au statut des réfugiés et reflétés dans les valeurs inexpugnables de la solidarité dans de nombreuses cultures et religions du monde, ont résisté à de très rudes épreuves cette année. Je suis heureux de voir que tant d'Etats ont défendu ces principes, même dans les circonstances les plus difficiles.

Ceci dit, toutefois, une tendance inquiétante dans de nombreuses régions du monde continue de menacer l'espace de protection réservée aux réfugiés. Le racisme et la xénophobie ne sont pas l'apanage exclusif d'extrémistes ou d'assassins. De semblables motivations sont exprimées par des hommes politiques populistes et quelques éléments irresponsables des médias -- sentiments qui ne suscitent pas toujours une réaction suffisamment musclée et courageuse des principaux mouvements politiques et sociaux.

Le racisme et la xénophobie nous diminuent. Mais la discrimination et l'intolérance à laquelle ils donnent lieu ne nous affectent pas tous de la même façon. Les réfugiés, les demandeurs d'asile et les apatrides en souffrent incomparablement plus.

Dans une époque angoissante telle que la nôtre, les messages d'altérité et d'exclusion prolifèrent sur le terreau des craintes communes que suscitent la différence et la nouveauté. La force du sentiment « anti-étranger » dans de nombreux Etats où ils arrivent représente une menace réelle pour la vie et le bien-être des réfugiés et hypothèque les valeurs universelles de tolérance et de respect de la dignité humaine.

Les gouvernements doivent répondre aux préoccupations légitimes de leurs citoyens en matière de sécurité, de société et d'économie. Mais s'il est un message que nous devons faire passer, c'est sûrement celui qui veut que les droits humains soient pour tous, y compris les personnes déplacées de force.

A mon sens, les sociétés multiculturelles, multiethniques et multiconfessionnelles ne sont pas seulement une bonne chose, elles sont inévitables. La construction de communautés tolérantes et ouvertes est un processus lent et délicat. Mais la non-discrimination est un principe clé des droits humains et il est du devoir de tous les Etats de le reconnaître et de le respecter. Les réfugiés ne peuvent devenir le dommage collatéral de comportements et de politiques s'appuyant sur le rejet de l'immigrant.

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Mesdames et Messieurs,

En conclusion, permettez-moi de revenir sur la situation dans la Corne de l'Afrique.

Lorsque j'ai visité Dollo Ado au sud-est de l'Ethiopie en juillet dernier, j'ai parlé à une femme réfugiée somalienne nommée Musleema qui venait d'arriver deux jours auparavant. Elle avait marché pendant deux semaines depuis son village de Somalie. Trois de ses six enfants étaient morts en chemin, les autres recevaient des soins intensifs et luttaient pour leur survie.

Cette famille était simplement l'une des centaines de milliers de victimes d'une crise humanitaire qui avait atteint des proportions inimaginables. C'est la pire qu'il m'ait été donné de voir en ma qualité de Haut Commissaire -- le résultat de décennies de conflit, de sécheresse et d'insécurité alimentaire dans une région de plus en plus touchée par les effets du changement climatique.

Nous avons tous pu voir arriver de loin cette escalade. Néanmoins, nous, la communauté internationale, avons été lents à réagir aux signes précurseurs de cette dégradation. Pis encore, nous n'avons pas non plus été à même d'éviter qu'elle n'empire à ce point.

La prévention du conflit, l'adaptation au changement climatique et la gestion du risque de catastrophes naturelles sont des domaines où la communauté internationale a besoin d'en faire bien davantage. L'échec en la matière sera synonyme de terribles souffrances supplémentaires, contraignant inéluctablement un nombre croissant de personnes à fuir.

Nous vivons dans un monde dangereux. Les conflits insolubles sont aggravés, voire exacerbés par l'impact simultané de la croissance démographique, de l'urbanisation, du changement climatique et de l'insécurité alimentaire, hydrologique et énergétique. En même temps, le monde souffre d'une absence de gouvernance pour relever ces défis. Il n'existe pas d'approche multilatérale efficace pour y faire face.

Nous ne vivons plus dans un monde bipolaire ou unipolaire. Mais nous n'avons pas réussi non plus à édifier un monde multipolaire et, moins encore, doté de mécanismes de gouvernance multilatérales efficaces.

L'imprévisibilité est devenue la nouvelle donne. Les crises se multiplient. Les conflits se font toujours plus complexes. Et les solutions se révèlent de plus en plus insaisissables. Dans des circonstances aussi contraignantes, nous devons reconnaître notre responsabilité commune. Et nous devons prendre un engagement commun.

Merci beaucoup.