Le chef du HCR appelle à une aide humanitaire massive pour le Soudan du Sud

Sans cette aide, il sera impossible de répondre à la crise et le Soudan du Sud pourrait être confronté à une catastrophe humanitaire majeure.

Ces jeunes Soudanais peuvent enfin se reposer après leur arrivée au camp de réfugiés de Doro au Soudan du Sud. Le Haut Commissaire António Guterres a appelé la communauté internationale à appuyer davantage l'effort d'aide humanitaire pour éviter une crise massive.  © UNHCR/V.Tan

CAMP DE DORO, Soudan du Sud, 9 janvier (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a appelé lundi la communauté internationale à fournir une aide humanitaire « massive » au Soudan du Sud, qui est confronté à plusieurs crises majeures de déplacement forcé.

Sans cette aide, António Guterres a prévenu, après avoir rencontré des réfugiés au camp de Doro, « qu'il sera impossible de répondre à la crise… Nous pourrions être confrontés à une catastrophe humanitaire majeure. » Doro accueille au moins 28 000 personnes qui ont fui vers le Soudan du Sud pour échapper aux combats dans l'Etat du Nil Bleu au Soudan entre les forces armées soudanaises et le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord.

Six mois après la célébration de l'indépendance par le Soudan du Sud, la zone frontalière âprement disputée avec le Soudan est devenue un point de discorde et la porte d'entrée pour des dizaines de milliers de réfugiés.

Selon António Guterres, le Soudan du Sud est confronté à « de profondes souffrances et une multiplicité de crises, avec plus de 80 000 personnes ayant fui les Etats du Nil Bleu et de Kordofan au Soudan. Dans l'Etat de Jonglei au Soudan du Sud, on déplore également des violences intercommunautaires et des déplacements de population. » Il a ajouté que l'Armée de résistance du Seigneur, un groupe rebelle ougandais, causait également des problèmes au Soudan du Sud.

Durant sa visite à Doro, le Haut Commissaire s'est entretenu avec plusieurs réfugiés, dont une femme qui venait de s'enfuir avec ses trois enfants depuis l'Etat du Nil Bleu. « Nous pensions que nous aurions la paix un peu plus longtemps. Puis une bombe a éclaté et nous avons fui en courant », a-t-elle expliqué à António Guterres.

Epuisés, affamés et vulnérables, des femmes et des enfants marchent pendant plusieurs jours en quête de sécurité de l'autre côté de la frontière dans l'Etat du Haut Nil au nord du pays, où se situe Doro. La plupart des hommes sont restés sur place pour veiller à leurs biens et leur territoire.

A part 28 000 personnes ayant trouvé abri à Doro, près de 25 000 autres civils se sont réfugiés dans d'autres parties de l'Etat du Haut Nil. La poursuite du conflit dans l'Etat du Nil Bleu au Soudan continue de pousser d'importantes populations à traverser la frontière vers le Soudan du Sud et l'Ethiopie.

« Les femmes pleurent car leurs enfants sont malades. Les femmes pleurent car leurs enfants ont faim », a indiqué Joseph Lual Achuil, le Ministre sud-soudanais des Affaires humanitaires, qui accompagnait le Haut Commissaire à Doro.

Le HCR achemine actuellement de l'aide via un important pont aérien vers des sites reculés où se trouvent des réfugiés et l'agence travaille avec des partenaires pour établir des abris et fournir des services essentiels aux réfugiés. Avec l'arrivée à Doro d'au moins 1 000 réfugiés chaque semaine, Joseph Lual Achuil a appelé à une aide internationale plus importante pendant l'actuelle saison sèche qui dure deux mois. Si on attend encore, a-t-il indiqué, « cette région sera hors d'atteinte. »

Parallèlement, des milliers de réfugiés ont trouvé refuge dans l'Etat d'Unity au Soudan du Sud. Après avoir fui les bombardements, la plupart d'entre eux arrivent au village frontalier de Yida. Lors d'une rencontre avec les représentants des réfugiés de l'Etat du Sud-Kordofan au Soudan, le Haut Commissaire les a exhortés à rejoindre une installation du HCR plus sûre qui est située à environ 50 kilomètres de la frontière.

Les représentants des réfugiés ont indiqué, durant la réunion avec António Guterres, qu'au moins 300 000 personnes se cachaient dans les montagnes de Nuba de l'autre côté de la frontière. Elles sont terrifiées et leurs réserves d'eau et de nourriture s'épuisent rapidement. Cette information n'a pas pu être confirmée de source indépendante.

Le Haut Commissaire a également rencontré des ressortissants sud-soudanais, qui sont de retour depuis le Soudan pour commencer une nouvelle vie au Soudan du Sud. Epuisés après une semaine de voyage en barge vers la source du Nil, ces nouveaux citoyens rejoignent leur village d'origine, souvent assistés par le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations. Plus de 350 000 Sud-Soudanais sont rentrés depuis l'indépendance. Environ 700 000 autres se trouvent toujours au Soudan.

Par Melissa Fleming au camp de Doro, Soudan du Sud