Un film primé à Venise raconte la tragédie de la migration mixte en Méditerranée

Projeté en avant-première à Paris mardi soir, un film primé à Venise soulève la question du conflit entre les valeurs traditionnelles et le combat contre l'immigration clandestine.

A Paris, le réalisateur Emanuele Crialese, l'actrice Timnit T. et le Représentant du HCR en France, Philippe Leclerc, débatent du film « Terraferma » lors de la soirée d'avant-première.  © HCR/F.Moumtaz

PARIS, France, 15 février (HCR) - Le HCR a participé à l'organisation à Paris de la projection en avant-première du film d'Emanuele Crialese « Terraferma », qui raconte l'histoire d'une petite île en Méditerranée tentant de faire face à l'afflux de touristes et d'immigrants naufragés.

Ce film, une production franco-italienne, avait gagné un prix spécial du jury au festival du film de Venise l'année dernière. Il décrit la vie d'une petite communauté de pêcheurs dont l'île est transformée par l'intrusion du monde extérieur.

Le mode de vie de la communauté et ses traditions se retrouvent au centre d'un conflit vis-à-vis des autorités qui désirent contrôler l'immigration clandestine par la mer depuis l'Afrique du Nord. Le sacro-saint principe du sauvetage en mer de toute vie humaine en péril est remis en cause par des directives officielles visant à ne pas venir en aide à des immigrants clandestins. Certains habitants de l'île qui vivent du tourisme approuvent également la décision des autorités.

« La force du film de Crialese est d'interroger notre société et toute société sur la manière de répondre à la détresse humaine », a expliqué Philippe Leclerc, Représentant du HCR en France, aux spectateurs présents mardi soir. « Crialese le fait à travers les réactions d'une petite communauté de pêcheurs sur une île au large de la Sicile et à travers l'ensemble des générations d'une famille. Ce qui est en jeu, ce sont les fondements et valeurs de la communauté et la responsabilité de chaque individu de les sauvegarder ou non. »

Le réalisateur lauréat, qui était présent mardi lors de la soirée d'avant-première avec l'actrice Timnit T, a regretté « qu'en Europe, la crainte vis-à-vis de l'autre se généralise. » Il a demandé « De quoi avons-nous peur ? Une véritable civilisation a soif de découvertes et de partages. »

Timnit T., qui interprète le rôle d'une femme réfugiée dans le film, est elle-même une réfugiée originaire de la corne de l'Afrique. « Le film m'a aidée à considérer ma propre histoire sous un jour nouveau », a-t-elle affirmé.

L'actrice est arrivée en Europe il y a plusieurs années après la traversée périlleuse de la Méditerranée depuis la Libye dont elle a eu la chance de sortir vivante. L'embarcation à bord de laquelle elle se trouvait a dérivé en mer pendant 21 jours. Sur plus de 70 personnes qui se trouvaient à bord, seulement cinq ont été retrouvées vivantes.

Selon les estimations du HCR, plus de 1500 personnes se sont noyées ou sont portées disparues depuis leur tentative de traversée de la Méditerranée vers l'Europe en 2011, l'année la plus meurtrière depuis que le HCR enregistre des statistiques en 2006.

La projection en avant-première était co-organisée par le HCR ainsi que les sociétés de production et de distribution, Babe Films et Bellissima Films.

Par William Spindler à Paris, France