Sur la voie du retour vers le pays d'origine, le Soudan du Sud

Des centaines de personnes ont quitté Khartoum vers leur terre ancestrale au Soudan du Sud, par le premier train qui a quitté la capitale du Soudan cette année.

Frisella Achul, âgée de 38 ans et mère de trois enfants, se prépare à monter dans le train qui va l'emmener depuis la gare de Soba, à Khartoum, vers Wau, au Soudan du Sud.  © HCR/N.Abu-Eissa

KHARTOUM, Soudan, 5 mars (HCR) - Après avoir vécu des mois d'attente, quelque 1400 Soudanais du Sud ont récemment entamé un long voyage vers le Soudan du Sud à bord du premier train vers le sud depuis Khartoum, la capitale du Soudan.

Frisella Achul, âgée de 38 ans et mère de trois enfants, faisait partie de la foule qui s'est rassemblée fébrilement à la gare de Soba, à l'est de Khartoum, jeudi dernier. Alors que la poussière tourbillonnait autour de la gare, des personnes de tous âges chargeaient leurs bagages dans les wagons de passagers ou patientaient dans de longues files d'attente pour collecter de l'eau en prévision du voyage vers Wau au Soudan du Sud.

« J'espère que ce train ne sera pas retardé encore une fois », a indiqué Frisella. « Les gens sont frustrés et mécontents à propos des retards répétés et ils en ont assez d'attendre en plein air sans rien pour les protéger. »

Beaucoup de familles luttent avec leurs nombreux bagages. Frisella, elle, voyage seule et léger. Elle a vendu la plupart de ses possessions pour joindre les deux bouts dans la capitale et elle y a laissé ses enfants finir leur année scolaire avant qu'ils ne la rejoignent dans le sud.

Ses enfants sont nés et ont grandi à Khartoum. Deux sont à l'université et le troisième est au lycée. Frisella est elle aussi née à Khartoum de parents sud-soudanais. Elle n'a jamais vu son village ancestral de Wau, mais elle a décidé de partir pour « rentrer » peu après que le Soudan du Sud soit devenu indépendant en juillet dernier.

Toutefois, les moyens de transport à Khartoum ne pouvaient pas faire face à la vaste population souhaitant rentrer dans le sud. Ainsi des milliers de personnes sont restées bloquées en plein air aux points de départ situés autour de la capitale. « J'ai vécu dans des conditions difficiles en plein air depuis que j'ai quitté ma maison pour attendre dans ce lieu en friche [près de la gare] avant de prendre le train », a indiqué Frisella. Je travaillais auparavant pour une ONG mais je n'ai reçu aucun salaire depuis des mois à cause de la séparation avec le sud. »

En tant que co-responsables du Secteur des retours, le HCR et l'OIM (Organisation internationale pour les migrations) interviennent pour aider à coordonner le départ des Sud-Soudanais bloqués à Khartoum. Parmi les plus vulnérables d'entre eux, 319 personnes ont déjà été transportées par avion vers le Soudan du Sud. Et avec la reprise de l'exploitation des trains vers Wau au Soudan du Sud la semaine dernière, environ 4500 Soudanais du Sud pourront rejoindre le Soudan du Sud en train ce mois-ci.

Un accord signé récemment entre le Soudan et le Soudan du Sud devrait ouvrir la voie pour des retours à plus grande échelle depuis le nord vers le sud. Mais des problèmes doivent encore être résolus, y compris le financement, la logistique et les dispositions spécifiques en matière de sécurité le long du trajet.

Parallèlement, le train de jeudi a été confronté à des problèmes. Le départ a été retardé de quatre heures, puis le train âgé de 60 ans s'est arrêté en dehors de Khartoum pendant plusieurs heures. Une femme enceinte a perdu son bébé alors qu'une autre était sur le point d'accoucher, avec l'aide de trois docteurs, une sage-femme et un pharmacien à bord.

Le train va prendre au moins deux semaines pour rejoindre Wau, s'il ne tombe pas en panne en route. Malgré les assurances transmises par le gouvernement pour la surveillance des conditions de sécurité le long du trajet, Frisella s'est inquiétée de la sécurité des passagers, et notamment des enfants.

Elle avait des sentiments mitigés sur le fait de quitter le Soudan. « Bien que j'aie vécu à Khartoum toute ma vie, avec de bons souvenirs et des liens forts avec la communauté, je ne me sens pas appartenir au nord. »

Elle a des proches au Soudan du Sud, mais elle n'est pas propriétaire de terres ou de biens. Elle vivra probablement dans un camp temporaire pour personnes déplacées internes. Toutefois, dit-elle, « je sens que je suis de retour dans mon pays », avant d'ajouter : « Nous ne sommes pas considérés comme des citoyens par le nord, et nous sommes également considérés comme des étrangers dans le sud par les gens qui y ont vécu plus longtemps que nous. Je suis inquiète de devoir vivre le même sentiment de marginalisation comme dans le nord. »

Alors que les personnes qui choisissent de rejoindre le sud luttent avec des crises d'identité comme Frisella, les personnes qui restent dans le nord seront confrontées à un vide juridique dans les semaines à venir. On compte environ 500 000 Soudanais du Sud qui vivent au Soudan aujourd'hui dont le statut sera remis en question en avril, lorsque la date limite pour la régularisation du statut de résidence arrivera neuf mois après l'indépendance.

Le HCR et l'OIM plaident après des gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud pour qu'ils fournissent une information et des procédures claires sur la façon dont les Soudanais du Sud peuvent rester dans le nord s'ils le souhaitent.

Par Nahla Abu-Eissa. A Khartoum, Soudan