Fin de l'opération de rapatriement vers la Mauritanie depuis le Sénégal

Le chef du HCR a pris part à une cérémonie d'accueil pour le retour de 277 rapatriés mauritaniens. Il a aussi rencontré des réfugiés maliens arrivés en Mauritanie.

Des Soudanais du Sud reçoivent des articles de secours au camp de Kakuma, dans le nord-ouest du Kenya.  © HCR/C.Opile

ROSSO, Mauritanie, 27 mars (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés vient d'achever une visite en Mauritanie, après avoir assisté à la fin du programme de rapatriement ayant permis le retour de plus de 24 000 réfugiés mauritaniens qui vivaient au Sénégal. Il a également rendu visite à des milliers de réfugiés du Mali.

Dimanche, António Guterres et le Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz ont pris part à une cérémonie pour accueillir un groupe de 277 réfugiés, qui étaient arrivés un jour plus tôt via le dernier convoi organisé par le HCR depuis le Sénégal vers la Mauritanie, dans le cadre du programme de rapatriement lancé en janvier 2008.

« Je suis principalement présent ici pour féliciter le gouvernement et le peuple de Mauritanie pour le remarquable succès de cette opération. Vous avez eu la sagesse et vous avez pris l'engagement d'ouvrir les portes de votre pays à vos frères et soeurs, pour leur retour et pour les faire participer à l'avenir commun de votre glorieux pays », a indiqué le Haut Commissaire.

Les réfugiés avaient quitté samedi un centre de transit dans la ville sénégalaise de Richard Toll et ils s'étaient dirigés vers le fleuve Sénégal, où ils ont embarqué à bord d'un ferry pour la traversée vers la ville de Rosso en Mauritanie. Après leur arrivée, ce sont au total 24 272 Mauritaniens qui ont été rapatriés depuis le Sénégal avec l'aide du HCR.

Beaucoup n'avaient pas revu leur pays depuis plus de vingt ans, alors que d'autres sont nés en exil. En avril 1989, un différend frontalier entre la Mauritanie et le Sénégal avait dégénéré en violences intercommunautaires. Plus de 60 000 Mauritaniens avaient alors fui vers le Sénégal et le Mali.

Le HCR a fourni, jusqu'en 1995, une assistance aux réfugiés mauritaniens dans le nord du Sénégal et l'agence a facilité la réintégration de 35 000 réfugiés qui avaient décidé de rentrer par leurs propres moyens en Mauritanie entre 1996 et 1998. Le programme de rapatriement a été lancé en 2008.

Les personnes rapatriées via ce tout dernier convoi avaient bénéficié d'une visite médicale deux jours avant leur départ vers le pays d'origine. Au centre de transit de Richard Toll, ils ont reçu des vivres et de l'eau. Une fois en Mauritanie, les familles ont été enregistrées par les services d'état civil mauritaniens qui délivrent un papier de recensement. En attendant la réception de leurs pièces d'état civil et d'identité, le Formulaire de Rapatriement Volontaire (VRF) leur permet de circuler librement en Mauritanie.

Le HCR contribue aux programmes de réinsertion en Mauritanie pour les rapatriés, dans les domaines du logement, de la distribution d'eau et des vivres ainsi que dans le cadre de projets agricoles ou d'élevage et de programmes générateurs de revenus.

Environ 14 000 réfugiés mauritaniens ont choisi de rester au Sénégal et ils bénéficient d'un programme d'insertion locale appuyé par le HCR et ses partenaires. Ils ont reçu des parcelles de terrain et d'autres types d'assistance.

Certains des rapatriés rentrés par ce tout dernier convoi ont des sentiments mitigés sur le retour en Mauritanie après avoir passé tant d'années au Sénégal. Momodou était fonctionnaire avant son départ en 1989. « « C'est très difficile de reparler de ces événements », dit-il. « Je souhaite juste qu'une telle situation ne se reproduise plus. Jamais. »

Aujourd'hui âgé de 53 ans, Momodou est marié à une Sénégalaise et il est père de deux enfants. Il a vécu à Thiès, à 70 kilomètres au nord de Dakar, la capitale sénégalaise. Il faisait essentiellement du commerce. « J'ai un peu peur de rentrer mais c'est un combat qu'il faut mener jusqu'au bout, surtout pour mes enfants qui n'ont pas encore de nationalité pour le moment » précise-t-il. « Personnellement, je me sentirai mieux en Mauritanie car je pourrai au moins revendiquer mes droits. »

Le HCR continuera jusqu'au 30 avril à aider au retour des réfugiés dont la procédure de rapatriement se poursuivent.

Lundi, António Guterres s'est rendu à la frontière avec le Mali au sud-est du pays dans le camp de réfugiés de Mbera, où environ 44 000 réfugiés maliens ont trouvé abri. Ils ont fui vers la Mauritanie depuis la mi-janvier pour échapper aux combats entre un mouvement rebelle touareg et les forces maliennes.

Le chef du HCR a exhorté la communauté internationale à une solidarité avec les réfugiés maliens en répondant à l'urgence résultant de leur déplacement.

Durant sa visite, le Haut Commissaire a eu des entretiens avec de hauts responsables gouvernementaux, dont le Président Aziz et les ministres des Affaires intérieures et étrangères. Il a également remercié les autorités mauritaniennes pour leur collaboration fructueuse avec le HCR sur l'élaboration d'un système national d'asile.

Par Elise Villechalane à Rosso, Mauritanie et Mariama Mary Fall Diaw à Richard Toll, Sénégal