Six fois plus de déracinés par les conflits au Moyen-Orient, selon un rapport sur les déplacés internes

Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, on comptait 26,4 millions de déplacés internes à la fin 2011, dont 3,5 millions pour cette seule année.

Une mère et son enfant en République démocratique du Congo. La mère a été plusieurs fois déplacée interne, dans l'est du pays en proie à des troubles.   © HCR/S.Schulman

GENÈVE, 19 avril (HCR) - Le rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) sur les déplacés internes a indiqué jeudi qu'il y avait 26,4 millions de personnes déplacées au sein de leur propre pays à la fin 2011, dont 3,5 millions d'entre elles forcées à fuir durant cette seule année.

Selon l'étude préparée par l'Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) basé à Genève et établi en 1998 par le Conseil norvégien pour les réfugiés, environ 830 000 personnes nouvellement déplacées internes, sur le total enregistré en 2011, ont fui l'impact des soulèvements du Printemps arabe, soit une augmentation de six fois le nombre observé en 2010 qui s'élevait à 177 000 nouveaux déplacés.

« Alors que le Printemps arabe a fait croître de façon significative le déplacement interne », a indiqué Kate Halff, Directrice de l'IDMC, « des crises dans d'autres régions, comme l'extension du conflit armé en Afghanistan et les activités des cartels de la drogue et des groupes paramilitaires en Colombie, se sont tous rajoutées à ce chiffre, tandis que la famine et le conflit aggravaient encore l'extrême vulnérabilité de millions de personnes déplacées internes en Somalie. »

Selon le rapport de l'IDMC « Vue d'ensemble des tendances et développement sur le déplacement interne en 2011 », un demi-million de personnes ont été déplacées en Libye pendant le conflit ayant mené à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. A la fin de l'année, au moins 154 000 personnes étaient toujours déplacées internes. Beaucoup d'entre elles sont associés avec le régime et ne peuvent pas rentrer chez elles car elles risquent des attaques de représailles. Parallèlement, plus de 156 000 personnes ont été nouvellement déplacées en Syrie et au moins 175 000 au Yémen.

En Somalie et en Afghanistan, les conflits armés de longue durée ont conduit au plus important déplacement interne de population jamais observé. En Afghanistan, le nombre des nouveaux déplacements était 80% plus élevé qu'en 2010 car le conflit s'est étendu vers de nouvelles régions. En Somalie, où 16% de la population totale est déplacée interne, les personnes déjà déplacées par le conflit ont subi l'impact de la sécheresse et de la famine qui ont frappé la Corne de l'Afrique. Beaucoup sont morts de faim.

En Côte d'Ivoire, jusqu'à un million de personnes sont devenues des déplacés internes au début de l'année. Elles ont été forcées au déplacement lors des combats entre les candidats rivaux pour les élections présidentielles de la fin 2010. A la fois au Soudan et au Sud-Soudan nouvellement indépendant, des centaines de milliers de personnes sont devenues des déplacés internes à cause des combats menées par les forces armées de ces deux pays contre des milices rivales.

Selon le rapport, de nombreux pays dans lesquels le conflit armé a pris fin demeurent instables. Les civils continuent à être contraints de fuir la violence criminelle. En Colombie, le pays ayant le plus grand nombre de déplacés internes au monde, les réseaux criminels sont les principales causes du déplacement interne de population. Entre 3,9 et 5,3 millions de Colombiens étaient déplacés internes à la fin 2011, et les groupes armés impliqués dans le trafic de drogues étaient responsables du plus grand nombre de nouveaux déplacements à grande échelle.

En Afrique centrale, l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) continue de générer des déplacements internes de population, en attaquant des civils en République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en République centrafricaine. Environ 440 000 personnes sont déplacées internes ou vivent en tant que réfugiés, en raison d'attaques menées par ce groupe rebelle ougandais.

La bonne nouvelle pour 2011 vient de l'Afrique. Le nombre des déplacés internes y a décru depuis 11,1 millions à 9,7 millions, avec des retours significatifs enregistrés en Côte d'Ivoire, au Tchad et en Ouganda. Avec un total de 1,5 million de déplacés africains rentrés chez eux à la fin 2011, cette diminution des déplacements internes suit une tendance à la baisse observée depuis 2004.

Les gouvernements africains ont également montré une réelle motivation pour répondre au déplacement interne de population, en signant la Convention de l'Union africaine pour la Protection et l'Assistance des personnes déplacées internes en Afrique. Quand elle entrera en vigueur, la Convention de Kampala sera le premier instrument juridique liant les gouvernements des Etats de ce continent pour protéger les personnes contre les déplacements arbitraires, pour fournir protection et assistance aux personnes déplacées pendant le déplacement et afin de chercher des solutions durables pour eux.

En Iraq, les niveaux de violence sont tombés à la fin 2011. Toutefois, plus de deux millions de personnes restent prises au piège dans leur situation de déplacement interne de longue durée. Leurs perspectives sont limitées car le gouvernement est dans l'incapacité d'assurer la stabilité avec une protection efficace de tous les citoyens.

« Alors que l'avenir reste incertain quant à l'augmentation du nombre de déplacés internes en Syrie », a indiqué Kate Halff, Directrice de l'IDMC, « le passé nous a montré, aux côtés des millions de nouveaux déplacés à travers le monde en 2011, c'est qu'ils seront confrontés à des risques similaires de déplacement prolongé et même répété si les gouvernements, et leurs partenaires internationaux, sont dans l'incapacité d'assurer pour eux un environnement stable. »