Ancien réfugié somalien, il remercie l'Australie pour sa nouvelle vie

Ahmed Din dirige désormais une équipe de football. Il affirme qu'à la fois le pays d'accueil et les réfugiés profitent de la réinstallation.

Dini est ici devant les joueurs de l'équipe qu'il a formée en Australie. Il est reconnaissant de sa nouvelle vie après avoir été réinstallé en Australie, depuis un camp de réfugiés au Kenya.   © HCR/A.Dini

GENEVE, 24 août (HCR) - Ahmed Dini avait seulement trois ans quand sa mère l'a porté depuis la Somalie en proie à la violence vers la sécurité d'un camp de réfugiés au Kenya. Plusieurs années de vie visiblement sans espoir les y attendaient.

La situation a bien changé. Quand le rêve de Dini de revoir sa patrie deviendra réalité, il sera porteur d'un passeport australien. Il parle l'anglais avec un accent australien. Il est la preuve d'une réinsertion réussie.

« Nous ne pouvions pas choisir le pays de notre réinstallation. Mais, grâce à Dieu, celui qui a décidé que nous irions en Australie est probablement une bonne personne », a expliqué Dini, lors des consultations tripartites annuelles sur la réinstallation à Genève auxquelles il participait dans le cadre de la délégation australienne.

« Si j'avais la chance de pouvoir choisir aujourd'hui où j'aurais voulu aller, je dirais évidemment l'Australie. »

Trois ans après la naissance de Dini en 1987 à Mogadiscio, son pays a été broyé par la guerre civile. Ses plus anciens souvenirs sont le bruit des coups de feu et regarder les miliciens passer sur la route. Son père, qui possédait des pharmacies, et sa mère ont pris la décision de fuir vers le Kenya voisin.

« Je pense à ma mère. Cela a été l'une des décisions les plus difficiles de sa vie de partir », a déclaré Dini, que sa Maman a porté pendant plus de 100 kilomètres vers la frontière. « Ses souvenirs de bonheur étaient à Mogadiscio. Néanmoins, je pense que quand vous êtes parent, vos enfants passent en premier et elle ne pensait qu'à la sécurité de ses enfants. »

La famille a passé un an au camp de réfugiés de Liboï, avant d'être transférée plus à l'intérieur du pays, hors de la région frontalière, vers Dadaab, le camp de réfugiés le plus vaste au monde. Les camps de réfugiés fournissent une protection contre les menaces qui transforment les civils en réfugiés, mais ils peuvent aussi devenir des lieux où ses habitants perdent espoir.

« Quand nous étions dans le camp de réfugiés au Kenya, tous les matins je regardais le visage de ma mère, il n'était que tristesse et chagrin. Vous pouviez dire qu'elle avait hâte de rentrer à la maison en Somalie et qu'elle n'aimait vraiment pas ce que sa vie était devenue. » Pendant cinq ans, ils ont attendu la nouvelle d'une réinstallation.

« Nous sommes allés à Nairobi pour passer des examens médicaux et ensuite nous avons encore attendu huit mois avant d'arriver en Australie. Il y avait des familles qui ont attendu aussi longtemps pour apprendre que leur demande était finalement rejetée », a expliqué Dini. « Il y avait des moments où nous pensions honnêtement que nous n'y arriverions jamais. »

« On nous a finalement rappelés à Nairobi et nous avons pris l'avion pour l'Australie. C'est l'une des premières fois que j'ai ma mère vraiment sourire. Elle savait qu'elle allait commencer une nouvelle vie. Elle savait que ses enfants pourraient désormais obtenir une éducation et avoir une vie différente de la sienne. »

Après son arrivée en Australie en 1996, Dini a surmonté les défis de l'apprentissage de la langue, il est allé à l'école et il s'est adapté à sa nouvelle communauté.

« C'est assez difficile quand vous ne comprenez pas la langue. Gamin, tu fais porter la responsabilité à tes parents en pensant qu'ils vont tout corriger, mais eux-mêmes ne connaissent pas la langue. Venant d'une société qui n'a ni institution ni structure et passer à une autre fondée sur les institutions et les structures entraîne des changements de taille dans votre vie. »

Ne pas pratiquer un sport lui a manqué en tant qu'adolescent, mais il a rattrapé son retard en créant une équipe de football appelé United FC qui inspirera les générations futures, espère-t-il.

« United FC compte quelques-uns parmi les meilleurs joueurs africains en Australie. Depuis deux ans, nous venons jouer en Espagne », a déclaré Dini, qui dirige cette équipe. Il est également Président de l'Association somalienne de football australien.

Dini est reconnaissant de la chance qu'il a reçue. Il est soucieux de transmettre des conseils aux réfugiés et aux pays qui pourraient les accueillir dans le cadre de la réinstallation. Pour les réfugiés, le message est de travailler dur et de profiter de l'occasion pour recommencer une nouvelle vie. Pour les gouvernements, le message est de donner aux réfugiés la chance que l'Australie lui a donnée.

« Ces gens sont des êtres humains et ils ont besoin de nouvelles opportunités. Une fois qu'ils deviennent des citoyens à part entière, ils aimeront leur nouveau pays encore plus que leur pays d'origine. Ils vous apportent une nouvelle culture et un nouveau mode de vie », a-t-il conclu.

Par Laith Kaaba à Genève