Le HCR transfère des réfugiés maliens vers un lieu plus sûr au Burkina Faso

Le camp de Goudébou est plus sûr. Il est plus facile d'y fournir des abris et une assistance et d'assurer la protection et des services essentiels que près de la frontière.

Des réfugiés maliens avec leurs possessions, après leur arrivée au camp de Goudébou au Burkina Faso.   © HCR/H. Reichenberger

GOUDEBOU, Burkina Faso, 21 décembre (HCR) - Une mère de deux enfants, Mariam, a déjà sillonné bien malgré elle la région du Sahel. Durant les deux dernières décennies, l'insécurité et le conflit ont forcé cette femme de 49 ans à fuir son pays, le Mali, et à chercher abri en Algérie en 1994, en Mauritanie en 2006 et au Burkina Faso en février dernier.

Elle a récemment voyagé à nouveau mais, cette fois, c'était avec joie car ces derniers mois ont été les plus traumatisants de sa vie. En janvier, son mari a été tué par les troupes gouvernementales dans la région de Gao au nord du Mali. Puis elle a vécu neuf mois dans des conditions précaires et difficiles dans le camp de réfugiés isolé de Férério, au Burkina Faso. Ce camp de réfugiés est situé dans une région aride à environ 25 kilomètres du Mali.

Mariam, deux de ses filles et son père aveugle ont été parmi les premiers réfugiés à être transférés par le HCR vers le camp de réfugiés de Goudébou, à 150 kilomètres de la frontière, dans le cadre d'un programme pour transférer les personnes hors des camps de Férério et Gandafabou, qui hébergeaient respectivement 7 675 et 2 974 réfugiés au début de l'opération de transfert fin octobre. La situation de sécurité est préoccupante dans les deux sites, alors que Gandafabou connaît des problèmes d'approvisionnement en eau.

Le HCR et d'autres agences humanitaires à Férério ont fourni des abris, une assistance vitale et des services essentiels à des milliers de réfugiés maliens depuis l'éruption des combats entre les forces gouvernementales et un mouvement rebelle touareg qui a provoqué un déplacement de population.

Toutefois, les réfugiés à Férério ne sentaient pas en sécurité du fait de la proximité du camp avec la frontière à un moment où le nord du Mali est tombé aux mains des militants islamiques et de leur contrôle strict, causant la fuite en exil d'encore davantage d'habitants. « J'avais très peur en entendant les nouvelles qui arrivaient du nord du Mali », a expliqué Mariam, en faisant référence aux informations sur les abus des droits humains et la stricte application de la charia (loi islamique). « A Férério, je savais qu'ils n'étaient pas loin. Alors j'avais peur de ce qu'il pouvait se passer pour moi et mes deux filles [si les combats se propageaient au-delà de la frontière]. »

Angèle Djohossou, Représentante adjointe du HCR au Mali, ajoute que la proximité de la frontière « fait porter sur les réfugiés un risque de recrutement forcé, spécialement pour les jeunes qui sont oisifs car ils n'ont pas d'activités pour les occuper. »

A Goudébou, la sécurité est bien meilleure et il est plus facile de fournir la protection, les abris, l'assistance et d'assurer un accès aux services essentiels que dans le camp isolé près de la frontière. Le nouveau camp est situé à la périphérie de Dori, le chef-lieu de la région du Sahel, au Burkina Faso.

Le HCR travaille avec des partenaires internationaux expérimentés pour fournir un large éventail de services, une assistance, la protection, des abris ainsi que des zones d'élevage et des services vétérinaires pour ceux qui apportent leur bétail, et enfin des activités génératrices de revenus et l'accès aux soins de santé et l'éducation.

À ce jour, plus de 2 680 réfugiés ont été transférés depuis Goudébou, Férério et Gandafabou, et parmi eux 445 personnes particulièrement vulnérables qui ont été transportées séparément. La plupart des réfugiés sont des nomades et beaucoup ont apporté leur bétail : Le HCR a transféré également plus de 1 700 animaux, principalement des chèvres et des bovins, vers le nouveau site. Mariam avait dû laisser derrière elle ses moutons et chèvres dans la course éperdue pour fuir les combats.

Elle s'était rapidement portée volontaire pour rejoindre Goudébou et, en raison de la difficulté et de la vulnérabilité de cette famille, le HCR a transféré sa famille dans des ambulances spéciales équipées de quatre roues motrices pour les personnes âgées, les handicapés, les femmes enceintes et les personnes gravement malade. Les autres ont été transférés dans des camions du HCR.

A Goudébou, les réfugiés reçoivent des kits d'abris fournis par le Conseil norvégien pour les réfugiés pour qu'ils construisent leur maison. Des maçons aident les plus vulnérables. Les réfugiés sont également informés sur les activités et les services offerts dans le camp par le HCR et ses partenaires.

Pour la première fois depuis des mois, Mariam dit qu'elle a aujourd'hui retrouvé un « semblant de vie normale », où son père reçoit des soins médicaux de l'ONG Medicos del Mundo et ses enfants peuvent fréquenter les écoles gérées par Plan Burkina. En janvier dernier, quand elle a appris que son mari avait été tué car on l'avait pris pour un rebelle, c'était comme si sa vie avait volé en éclats. « Heureusement, j'ai mes enfants pour me donner du courage et de l'espoir », a-t-elle dit.

Aujourd'hui, à Goudébou, elle profite de tous les services assurés, même si son avenir demeure incertain. Elle participe à des activités organisées par Oxfam (Espagne), par exemple en aidant à promouvoir des pratiques d'hygiène. Et, malgré les mauvais souvenirs, elle n'a qu'un but : « Ce que je souhaite le plus aujourd'hui, c'est que la paix revienne au Mali, afin que je puisse y retourner un jour et retrouver ma vie d'avant », dit-elle, tout en ajoutant : « Ce qui est peu probable. »

Par Hugo Reichenberger à Goudébou, Burkina Faso