Les jeunes perdent espoir dans les camps de réfugiés au Bangladesh

Nés et élevés en exil, les jeunes réfugiés du Myanmar sont désespérés par de sombres perspectives d'avenir.

Avec peu de perspectives d'avenir, les jeunes Rohingyas - comme ces jeunes dans l'installation de fortune de Leda au Bangladesh - pourraient commencer à chercher ailleurs des solutions pour leur futur.   © HCR/V.Tan

COX'S BAZAR, Bangladesh, 23 janvier (HCR) - Depuis 20 ans, ils vivent grâce à l'aide humanitaire. Ils reçoivent des vivres, de l'eau, des abris et des soins de santé. Mais ce dont ils ont le plus besoin, ce sont des perspectives d'avenir et la situation est difficile. Selon les jeunes réfugiés dans cette zone frontalière avec l'ouest du Myanmar, l'avenir s'assombrit à chaque jour qui passe.

La famille d'Hasan Sharif a fui l'État de Rakhine au Myanmar au début des années 1990, pour finalement s'établir à Kutupalong, l'un des deux camps de réfugiés gérés par le gouvernement dans le sud-est du Bangladesh.

« Mes parents m'ont raconté qu'au Myanmar, il n'y a aucune liberté ni aucun droit de circuler », a déclaré Hassan, âgé de 16 ans. « Ils se sentaient persécutés en tant que Rohingyas. S'ils restaient, leur famille et l'avenir de leurs enfants en aurait été affecté. C'est pourquoi ils ont rejoint le Bangladesh. »

Des centaines de milliers de Rohingyas dans l'État de Rakhine sont apatrides car ils ne sont pas considérés comme des citoyens, selon les lois sur la nationalité au Myanmar. Avant les violences intercommunautaires en juin et octobre dernier, il y avait eu deux exodes importants depuis le Myanmar vers le Bangladesh, en 1978 et en 1991/92. Bien qu'un grand nombre de ces personnes soient rentrées au Myanmar, les Rohingyas ont continué à subir le travail forcé ainsi que des restrictions pour la liberté de mouvement et le droit de se marier.

Hasan est né en exil. Près des trois quarts de la population hébergée dans les camps - soit plus de 70% des 30 000 réfugiés enregistrés - sont nés au Bangladesh ou ils y sont arrivés âgés de moins de 10 ans. Peu d'entre eux connaissent leur pays d'origine, à part les témoignages racontés par leurs aînés.

Leur survie est assurée par des distributions régulières de vivres, de vêtements et d'articles ménagers dans les camps. Ils savent qu'ils peuvent bénéficier de services essentiels comme la distribution d'eau potable, l'assainissement et les soins de santé. Ils peuvent étudier jusqu'à la fin du primaire dans les 21 écoles primaires des deux camps.

« Les réfugiés enregistrés ont tout ce dont ils ont besoin pour survivre », a déclaré Dirk Hebecker, chef du bureau du HCR à Cox's Bazar. « Mais il n'y a aucun avenir ni aucun moyen de contribuer au développement de la société. Nous plaidons auprès des autorités pour leur créer davantage d'opportunités. »

Mohammed Islam est arrivé au Bangladesh quand il avait sept ans. Vingt ans plus tard, il est le président du comité de gestion de camp à Nayapara. « Je suis inquiet au sujet de la prochaine génération », a-t-il expliqué. « Le principal problème ici, c'est que nous sommes privés d'enseignement supérieur. L'éducation est le grenier à pain d'une nation, elle est nécessaire pour toute la société. »

Le HCR n'est pas en mesure d'assurer l'éducation secondaire dans les camps. Les écoles secondaires locales en dehors des camps refusent l'inscription officielle d'enfants réfugiés, même si quelques-uns ont réussi à se faire admettre de façon informelle.

« Il y a de plus en plus de garçons comme moi dans le camp », a déclaré Hasan. « Ils n'ont rien. Ils veulent obtenir un certificat d'études secondaires. Ils espèrent être ingénieur, pilote ou marin. Mais s'ils ne peuvent étudier à l'extérieur du camp, comment peuvent-ils améliorer leur vie ? »

Contrairement aux autres garçons, Hasan est proche de voir son rêve se concrétiser. Ce futur ingénieur en informatique travaille actuellement en tant que formateur au centre informatique du HCR, dans le camp de Kutupalong.

La récente flambée de violences intercommunautaires dans l'État de Rakhine a anéanti les espoirs de rapatriement volontaire dans un proche avenir. La vie au Bangladesh semble donc peu probable comme solution pour vivre plus confortablement qu'en mode survie.

La réinstallation dans les pays tiers a été suspendue depuis la fin 2010 et l'apatridie des Rohingyas, qui est la cause fondamentale des vagues de déplacement, reste sans solution.

Mohammed Islam est lui aussi désespéré. « Nous aimons notre pays, il est dans nos coeurs. Nous voulons y retourner, mais la situation nous oblige à rester au Bangladesh », a-t-il déclaré. « Je veux vivre dans mon pays. Je ne veux pas la paix pour moi, je la veux pour ma communauté. Je veux vivre au côté de mon peuple. »

En plus des 30 000 réfugiés enregistrés dans les camps de Kutupalong et Nayapara, quelque 200 000 Rohingyas apatrides vivraient en dehors des camps avec un accès limité à l'aide humanitaire.

Par Vivian Tan à Cox's Bazar, Bangladesh