Le HCR s'apprête à aider au retour des déracinés au Mali

Le HCR va ouvrir de nouveaux bureaux à Gao et dans d'autres villes du nord, dès que les conditions de sécurité le permettront.

Ce jeune Malien a fui la ville de Diabali quand celle-ci avait été attaquée par les forces rebelles le 14 janvier dernier et il a trouvé refuge à Bamako. Il est l'un des 230 000 déplacés internes dans le pays.   © HCR/H.Caux

BAMAKO, Mali, 29 janvier (HCR) - Avec la situation militaire qui évolue rapidement au Mali, le HCR s'apprête à aider au retour de milliers de personnes déracinées par le conflit dans le nord du pays.

« Nous prévoyons d'ouvrir de nouveaux bureaux à Gao et dans d'autres villes du nord dès que les conditions de sécurité le permettront », a indiqué Adrian Edwards, porte-parole du HCR, tout en soulignant que la présence des troupes rebelles islamistes et l'insécurité qui en résulte ont entravé l'accès humanitaire vers le nord.

D'après des entretiens menés ces derniers jours avec des personnes déplacées internes à Bamako, la capitale malienne, il apparaît que de nombreux civils espèrent rentrer chez eux dans des régions qui étaient ou qui sont toujours sous le contrôle des rebelles, comme Gao, Tombouctou et Kidal.

Le mouvement des retours spontanés a déjà commencé dans certaines régions. Dans la ville de Konna au centre du Mali par exemple, une mission des Nations Unies pour l'évaluation de la sécurité a confirmé que des personnes rentraient chez elles. Il avait été précédemment signalé que près de la moitié de la population de la ville de 10 000 personnes avait fui dans les environs lorsque Konna était envahie le 10 janvier, ce qui a décidé les militaires français à intervenir.

Alors que l'humeur des déplacés tend plutôt vers le retour, les conditions dans le nord du pays sont difficiles. Les personnes récemment déplacées depuis le nord ont fait état d'importantes pénuries de vivres, d'eau potable et d'essence. L'électricité, le transport, les communications, l'accès aux soins de santé et l'éducation sont quasiment inexistants.

A Kidal et à Tessalit, près de l'Algérie, l'approvisionnement en nourriture et autres articles de première nécessité est sérieusement affectée par le conflit et la fermeture de la frontière, via laquelle de nombreux produits étaient importés.

Des centaines de personnes auraient fui Kidal ces derniers jours vers des villages plus au nord, encore plus proches de la frontière avec l'Algérie. D'autres ont traversé la frontière vers l'Algérie, bien qu'elle soit officiellement fermée.

« Des centaines de personnes se seraient installées dans des villages, comme Inhalid, qui est situé à moins de 20 kilomètres de l'Algérie », a indiqué Zeinab, qui représente, à Bamako, des personnes déplacées des régions de Kidal et Tessalit. « D'autres ont traversé vers l'Algérie... La plupart sont des femmes et des enfants et ils rejoignent des villages comme Timayawen ou Zinzawaten, où ils louent des maisons », a-t-elle ajouté.

Zeinab est originaire de Tessalit, elle a fui la ville en avril 2012 lors de l'arrivée des rebelles islamistes. Depuis, elle est rentrée quelquefois et elle a expliqué que « lorsque je retourne à Tessalit, je dois porter un voile. » Elle a dit qu'elle gardait contact avec des amis et des membres de sa famille via le téléphone mobile. « Les gens me disent qu'ils ont peur des raids aériens ainsi que de possibles représailles de l'armée malienne et des islamistes. »

Le conflit a affecté l'acheminement de marchandises depuis l'Algérie vers Kidal et Tessalit, ce qui a généré une hausse des prix pour la viande, le lait et d'autres produits. Zeinab a également dit qu'elle avait entendu que les rebelles recrutaient des enfants soldats. « J'ai vu des enfants âgé de 12 ans seulement avec eux et même un de huit ans », a-t-elle indiqué, en ajoutant que ces enfants étaient habituellement affectés aux barrages routiers.

Zeinab a également dit que l'éducation avait été affectée à Tessalit, où la plupart des professeurs avaient fui. Elle a expliqué que certaines écoles seraient ouvertes et assureraient des cours sur le Coran. « Mes amis qui sont restés à Tessalit ont indiqué que beaucoup plus de mariages précoces ont lieu depuis la prise de la ville par les rebelles », a-t-elle déclaré, ajoutant : « La fille de ma cousine s'est mariée à un rebelle islamiste de 27 ans - elle en a neuf. »

Parallèlement, une tension croissante entre les communautés ethniques est signalée dans plusieurs régions du pays. En particulier, des membres des communautés touaregs et arabes seraient pris à partie par d'autres groupes pour avoir soutenu la rébellion séparatiste qui a mené au conflit ayant cours.

« Le HCR appelle les représentants des communautés et les autorités maliennes à donner d'urgence la priorité aux initiatives pour promouvoir la paix et la réconciliation entre les divers groupes ethniques », a indiqué Adrian Edwards, le porte-parole du HCR.

Le HCR achemine en urgence vers le Mali des articles de secours pour 9 000 familles (soit environ 54 000 personnes), y compris des matelas, des couvertures, des bâches en plastique, des jerrycans, des moustiquaires et des ustensiles de cuisine. Mardi, une distribution d'articles de secours devrait commencer dans la ville de Mopti, où sont hébergés environ 40 000 déplacés.

Au total, environ 380 000 personnes ont fui le nord du Mali depuis le début du conflit il y a un an, y compris 230 000 déplacés. Par ailleurs, plus de 150 000 réfugiés maliens se trouvent en Mauritanie, au Niger, au Burkina Faso et en Algérie.

By Hélène Caux and William Spindler in Bamako, Mali