La « Oprah Winfrey » roumaine utilise la télévision pour braquer les projecteurs sur les réfugiés

Mbela Nzuzi a fui la République Démocratique du Congo pour des raisons politiques en 1997 et est arrivée en Roumanie. Aujourd'hui, elle est devenue une vedette de la télévision et a sa propre émission.

Mbela Nzuzi quelques instants avant l'émission en direct consacrée au stress dans la société roumaine.  © UNHCR/A.Anca

BUCAREST, Roumanie, le 5 février (HCR) - Dans le studio de télévision animé, quelques instants avant l'émission en direct consacrée au stress dans la société roumaine, Mbela Nzuzi dégage son professionnalisme et sa cordialité habituels et ne montre aucun signe de nervosité.

Le programme d'une heure, « Restart Romania », est un défi pour cette femme de 36 ans qui a été confrontée à des défis bien plus grands encore en commençant une nouvelle vie en Roumanie après avoir fui de République Démocratique du Congo (RDC) pendant la dictature de feu le Président Mobutu Sese Soko.

Aujourd'hui, elle est devenue une vedette de la télévision - surnommée la Oprah Winfrey roumaine - elle est la seule présentatrice africaine de la télévision locale dont la maîtrise de la langue roumaine a contribué à accroître sa popularité. « Je comprends les blagues des gens ici, ce qui est très important », explique-t-elle.

« Les gens ont l'impression que je suis l'une d'entre eux, la couleur et la nationalité ne sont plus vraiment importantes », ajoute Mbela, qui a fui son pays d'origine avec son mari en 1997 après que ce dernier ait été attaqué pour ses activités politiques.

Plus tard la même année, la Roumanie a offert au couple un refuge sûr. Le pays n'avait commencé à ouvrir ses portes aux réfugiés qu'en 1991 après la chute du régime communisme. On compte actuellement plus de 1 000 réfugiés en Roumanie. En 2008, le pays a également ouvert le premier centre européen de transit d'urgence à Timisoara afin d'offrir un abri temporaire aux réfugiés qui doivent d'urgence évacuer leur premier pays d'asile.

Mbela Nzuzi n'avait que 21 ans lorsqu'elle est arrivée à Bucarest et elle n'avait pas de diplôme ni d'expérience professionnelle. Au Congo, elle était femme au foyer, elle a confié sa fille de trois ans à des parents au Congo. L'enfant fait à présent ses études en France.

Les dures réalités de la vie en tant que demandeur d'asile dans un pays tellement différent du sien auraient pu réduire à néant les ambitions de Mbela. Elle a dû trouver son chemin dans un dédale bureaucratique dans une langue qui lui était complètement étrangère. Elle a éprouvé des difficultés à s'adapter à tout, de la culture et de la cuisine roumaine, à ses hivers glaciaux.

La jeune femme a commencé à chanter dans un groupe africain baptisé « Gloria », qu'elle et son mari ont fondé principalement pour la communauté des réfugiés. Au départ, le groupe n'a attiré que peu d'attention, mais en 1999, il a connu une percée lorsque le Haut Commissariat pour les réfugiés l'a impliqué dans une campagne visant à renforcer la sensibilisation aux réfugiés.

Les choses ont alors commencé à s'améliorer. En 2001, Gloria a sorti un premier album et l'année suivante, Mbela a été nommée présidente de l'Organisation des femmes réfugiées à Bucarest. Après une série d'apparitions comme invitée dans diverses émissions télévisées, son humour et son charme lui ont valu en 2005 de décrocher un emploi de présentatrice dans l'émission « Nasul », une célèbre émission-débat.

Rapidement, le charme et le sourire généreux de la jeune femme, tant à l'écran qu'en dehors, ont obtenu une reconnaissance positive des médias et le succès de son émission-débat, « Ciao Mbela », lui ont valu d'être qualifié d'Oprah Winfrey roumaine, du nom de la célèbre animatrice afro-américaine.

Mais les amis et les collègues de Mbela disent d'elle qu'elle est bien plus que le visage noir le plus célèbre de la télévision roumaine. Anca Lapusneanu, éditeur en chef du VIP magazine, qualifie la jeune femme de « véritable modèle social », faisant l'éloge de son engagement continu auprès des réfugiés et de son engagement envers les enjeux auxquels fait face la société roumaine.

Les médias locaux vantent souvent la capacité de cette Africaine à toujours voir le « verre à moitié plein », en dépit des épreuves auxquelles elle a été confrontée, un point de vue qui donne aux Roumains une perspective rafraîchissante de leur propre vie.

« Elle attire l'attention dès qu'elle entre dans une pièce. C'est son optimisme et sa vitalité qui rayonnent, même si elle a dû partir de zéro en arrivant ici », explique Anca Lapusneanu.

« Les personnes comme elle sont rares », explique Gizella Somlea, voisine et amie de Mbela. « Elle s'est adaptée à un monde qui n'est pas facile et elle a montré ce qu'elle pouvait faire. Mbela s'est fait un nom dans un endroit où personne ne la connaissait ».

Mbela Nzuzi est toujours une réfugiée. Elle est retournée une fois enAfrique pour voir ses parents au Gabon, mais elle n'envisage pas de retourner y vivre. Elle admet qu'elle est surprise de son succès et de ce qu'elle a accompli depuis son arrivée dans ce pays froid et étrange qu'était la Roumanie il y a 15 ans.

Durant cette période, elle a fait plus que quiconque pour sensibiliser l'opinion publique à la problématique des réfugiés dans un pays qui est encore en train de s'habituer à eux. « Oui, je suis fière de moi. Je suis une nouveauté en Roumanie », explique-t-elle. « Si j'étais en France par exemple, les choses n'auraient pas été pareilles - ils ont l'expérience des réfugiés depuis longtemps ».

Gabi Leu, membre du personnel du HCR, connaît Nzuzi depuis qu'elle et son groupe ont travaillé avec l'agence pour les réfugiés. Elle ne tarit pas d'éloges à l'égard de cette femme remarquable.

« Mbela est un excellent exemple de l'histoire à succès d'une réfugiée qui a passé des années à apprendre et à absorber la culture locale et a travaillé dur. Mbela est le symbole d'une réfugiée qui a réussi son pari en Roumanie, en dépit des difficultés; elle parle rarement des épreuves qu'elle a connues », explique Leu et ajoute : « Nous faisons toujours allusion à elle lorsque nous parlons du côté positif de l'intégration des réfugiés - la volonté de réussir et un énorme retour sur investissement dans l'intégration des réfugiés ».

Par Andreea Anca à Bucarest, Roumanie