L'insécurité persistante empêche le retour des déplacés maliens

Après la reprise de Mopti au nord du Mali par les forces gouvernementales, les personnes qui avaient fui la violence pensent à rentrer chez elles.

La liaison en bateau entre Mopti et Tombouctou a repris début février. Alors que les routes et les aéroports restent fermés à cause du conflit, le fleuve Niger reste le seul moyen pour les déplacés de rentrer chez eux au nord du Mali.   © UNHCR/H.Caux

MOPTI, Mali, 12 février (HCR) - La ville ancienne de Mopti, avec sa mosquée en terre, est située au confluent du Niger, le fleuve le plus long d'Afrique occidentale, et de son affluent, le Bani.

La situation de Mopti en fait le principal port fluvial du Mali et la porte d'entrée vers le nord du pays, une région où l'armée malienne, appuyée par les forces françaises et ouest-africaines, lutte contre les rebelles liés à Al-Qaïda.

Youba Traoré, âgé de 33 ans, est enseignant en école primaire. Il a fui sa maison dans la ville de Tombouctou, au nord, à la fin avril, lorsque les groupes rebelles avaient repoussé les forces gouvernementales et occupé la ville. Il fait partie de la population déplacée interne au Mali qui compte plus de 240 000 personnes.

Suite à la récente reprise de Tombouctou par les forces françaises et maliennes, Youba Traoré a laissé derrière lui sa famille dans la capitale Bamako pour rejoindre Mopti où il a acheté un billet de deuxième classe sur un bateau qui le ramènerait chez lui après deux jours de voyage.

« Je veux d'abord me rendre compte de la situation à Tombouctou », explique-t-il au HCR. « Si tout va bien, je reviendrai et j'irai les chercher. »

Les routes et les aéroports restent fermés au trafic civil du fait du conflit et le fleuve est actuellement la seule façon de rejoindre le nord du pays.

Aïcha Ayida prévoyait également de prendre le bateau pour la longue traversée vers Tombouctou avec ses deux fils âgés de quatre ans et 18 mois. Déracinés par le conflit depuis huit mois, elle tente de survivre dans une famille d'accueil à Bamako. « J'ai entendu dire que la sécurité est désormais suffisante pour rentrer », déclare-t-elle. « Aussi car cela devenait de plus en plus difficile pour moi de rester dans la famille d'accueil », ajoute-t-elle.

Dans un site de tentes où sont hébergées 70 familles déplacées internes à la périphérie de Mopti, les habitants se sont montrés plus prudents quant à la décision de rentrer chez eux au nord du Mali. « Nous attendons tous que la situation redevienne calme et que la sécurité soit restaurée », explique Boubakar Traoré, âgé de 56 ans, un mécanicien originaire de la ville de Hombori. Il est également le président de l'association locale des personnes déplacées internes.

Leur prudence se justifie. Ce week-end, un groupe rebelle lié à Al-Qaïda a attaqué Gao, la plus grande ville du nord qui avait été reprise par les troupes maliennes et françaises il y a deux semaines. Les troupes maliennes appuyées par les véhicules blindés et les hélicoptères de combat français ont repris le contrôle de la ville lundi, après de lourds combats qui ont duré plusieurs heures avec un lourd bilan, y compris des civils.

L'insécurité persistante est le principal obstacle à un retour durable pour les déplacés, mais ce n'est pas le seul.

« La situation est critique dans le nord », expliqué Youba Traoré, le mécanicien. « Ce qui nous attend sur place, c'est pire que la situation ici. Il y a une pénurie de vivres, nous avons perdu notre bétail et nos maisons n'ont pas été entretenues depuis tant de mois. Nous aurons besoin d'aide lorsque nous serons rentrés. »

Le bureau du HCR à Mopti a rouvert en début de mois après avoir été fermé pour raisons de sécurité durant l'avancée des rebelles. L'agence pour les réfugiés et ses partenaires distribuent du matériel de secours comme des bâches goudronnées et des jerrycans à 234 familles déplacées parmi les plus vulnérables à Mopti. De précédentes distributions en novembre et en décembre ont bénéficié à des milliers de familles.

Une cargaison supplémentaire de biens de secours pour jusqu'à 9 000 familles arrive au Mali, y compris des matelas, des couvertures, des bâches goudronnées, des moustiquaires et des ustensiles de cuisine.

Plus de 400 000 personnes ont été forcées de quitter leurs maisons du fait du conflit au Mali, y compris quelque 241 000 déplacés et 163 000 réfugiés qui ont traversé la frontière vers la Mauritanie, le Niger, le Burkina Faso et l'Algérie.

Le total des besoins financiers du HCR pour son opération au Mali, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Niger en 2013 s'élève à 112 millions de dollars. Le HCR appelle à des contributions urgentes de la part des donateurs afin de poursuivre ses programmes d'assistance.

Par William Spindler à Mopti, Mali.