Des réfugiées éthiopiennes pratiquent le yoga dans un camp au Soudan du Sud

Les classes de yoga sont fréquentées par des réfugiées éthiopiennes dans le camp de Gorom au Soudan du Sud. Cela les autonomise et les éloigne un tant soit peu du quotidien.

Des femmes pratiquent le yoga. Selon leur professeur, elles ont acquis une certaine résistance et peuvent tenir des positions plus longtemps que les employés de bureau.   © HCR/E.Cue

GOROM, Soudan du Sud, 25 février (HCR) - Les femmes s'étirent en riant alors qu'elles essayent de suivre les exercices pratiqués par leur professeur, Naomi Swain, qui est assise dans la position du lotus au milieu d'une salle de classe spartiate au Soudan du Sud.

Toutefois Naomi Swain est impressionnée par ses élèves, qui ont toutes fui la violence ou la persécution en Ethiopie depuis 2004. Elles ont trouvé refuge dans le camp de réfugiés de Gorom près de Juba, la capitale du Soudan du Sud. « Leurs corps ont changé et sont devenus beaucoup plus résistants. Mes élèves peuvent tenir des positions pendant une longue période, contrairement aux employés de bureau », a déclaré Naomi Swain.

Cette ressortissante britannique enseigne le yoga gratuitement à environ une douzaine d'élèves, mais l'idée de l'amener pour aider les réfugiés à Gorom est venue de Sara Gottfredsen, employée du HCR en charge de protection, après qu'elle et d'autres employés du HCR à Juba aient commencé à suivre les cours de Naomi Swain. Elle suit le programme d'enseignement de Mandala House, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la réhabilitation des traumatismes.

Cette activité diffère de la vie quotidienne quelque peu monotone au camp. Gorom est considéré comme le seul camp de réfugiés au Soudan du Sud qui assure ce genre de programme. Selon Sara Gottfredsen, le but était d'aider à l'autonomisation des femmes dans le camp hébergeant 1 950 réfugiés éthiopiens et de créer un espace les éloignant un temps de leur quotidien, et notamment la cuisson des aliments, le transport du bois et la collecte de l'eau ainsi que la surveillance de leurs enfants.

« Si elles ont un lien plus fort entre elles, elles joueront un rôle plus important dans le processus des prises de décision au camp », a déclaré Sara Gottfredsen, qui espère étendre le programme à d'autres camps, y compris ceux où sont hébergés des dizaines de milliers de réfugiés soudanais. « Il s'agit de leur faire faire quelque chose pour elles-mêmes et en tant que groupe de femmes », a-t-elle ajouté.

Jusqu'à présent, les cours quotidiens semblent avoir un effet positif, même si les femmes n'avaient jamais entendu parler de yoga avant de rencontrer Naomi Swain. « Je me sens mieux, je suis heureuse quand je fais mon travail à la maison », a déclaré Ariet Okidi, une mère de trois enfants, lors d'une récente session. « Je suis détendue », a-t-elle ajouté avec un grand sourire.

Naomi Swain a poursuivi son cours avec des postures de yoga parmi les plus simples, des poses, des étirements et des exercices de respiration. Un groupe de sept femmes la suivait tant bien que mal. Elles ne parlent pas l'anglais. Elles riaient souvent, mais restaient toujours à l'écoute.

Alors que la session avançait, plusieurs autres femmes sont arrivées dans la salle qui sert également de salle de classe pour les enfants dans le camp, avec des chaises entassées dans un coin et un tableau noir couvert d'écritures à la craie datant d'une récente leçon.

La technique leur manque, mais les élèves effectuent les exercices dans l'enthousiasme. « Dans cette classe, nous réfléchissons à la respiration. Dans cette classe, nous sommes ici et maintenant », a expliqué l'enseignante à ses élèves.

En fin de compte, les femmes étaient en sueur à cause de la chaleur intense régnant dans la salle, mais elles semblaient calmes et sereines. « Les personnes qui ont vécu un traumatisme, qui n'ont pas été en mesure de s'occuper d'elles-mêmes et qui sont vulnérables, doivent se réapproprier leur corps », a expliqué Naomi Swain.

« Je suis heureuse de venir, mais ma mère et mon père ne le voient pas d'un bon oeil », a expliqué James vendredi à un visiteur du HCR. « Ils ont dit que si vous pratiquez le yoga, vous ne pouvez pas avoir d'enfant », a-t-elle ajouté, tout en confiant qu'elle n'en croyait pas un mot. Elle a foi en l'avenir et le yoga l'aide à améliorer sa vie en exil.

Par Eduardo Cue à Gorom, au Soudan du Sud