Selon le chef du HCR, un moment de vérité se profile pour la Syrie, avec le risque d'une crise ingérable

Un groupe de réfugiés syriens traverse la frontière vers la Jordanie, en début de mois. Le chef du HCR a déclaré aux membres du Conseil de sécurité de l'ONU à New York que la Syrie est face à un moment de vérité.   © HCR/N.Daoud

New York, Etats Unis, 28 février (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a prévenu mardi qu'un « moment de vérité » se profile en Syrie et que la communauté internationale ne doit pas permettre une nouvelle détérioration de la situation.

Soulignant le risque que le conflit en Syrie ne s'étende dans toute la région, le Haut Commissaire a déclaré devant le Conseil de sécurité de l'ONU à New York que « ce qui survient aujourd'hui en Syrie risque de devenir très rapidement un désastre qui pourrait dépasser la capacité internationale de réponse - au niveau politique, en matière de sécurité et dans le domaine humanitaire. »

António Guterres a répété : « Personne ne doit pas permettre cela. »

En décrivant la situation actuelle en Syrie comme un « moment de vérité », le Haut Commissaire a indiqué : « Aucun mot ne saurait rendre la dimension tragique de la situation humanitaire. La crise de réfugiés s'accélère à un rythme stupéfiant, mois après mois. »

Le chef du HCR, qui mène une opération massive d'aide humanitaire pour les réfugiés dans les pays voisins et pour des centaines de milliers de déplacés internes, note qu'en avril 2012, environ un an après le début du conflit, il y avait seulement 33 000 réfugiés enregistrés dans la région.

« Hier [lundi], nous avons enregistré - ou accordé des rendez-vous pour l'enregistrement - à 940 000 Syriens à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord », a-t-il indiqué, ajoutant que « depuis début janvier, plus de 40 000 personnes ont fui la Syrie chaque semaine. »

Selon António Guterres, alors que les statistiques sont « accablantes », elles ne disent toutefois rien des souffrances endurées par la population syrienne, tout spécialement en Syrie où environ deux millions de personnes sont déplacées internes et plus de quatre millions d'autres sont affectées par le conflit. « Et il ne faut pas oublier le demi-million de réfugiés palestiniens en Syrie qui sont affectés par le conflit », a-t-il indiqué.

Notant que les trois quart des réfugiés sont des femmes et des enfants, le Haut Commissaire a indiqué que beaucoup ont perdu des proches et que la plupart ont perdu leur maison, leurs possessions et leur moyen d'existence. « Les enfants paient tout cela au prix fort », a-t-il souligné. « Des milliers de jeunes vies ont été emportées par le conflit et la future génération de tout un pays est marquée par la violence et le traumatisme pour de nombreuses années à venir. »

António Guterres a rappelé aux 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU que les pays hôtes comme la Jordanie, le Liban, la Turquie et l'Iraq payaient un lourd tribut social et économique en regard de leur générosité et de leur esprit humanitaire.

« Les pays d'asile se montrent très généreux, et ils ont maintenu leurs frontières ouvertes, mais leur capacité de le faire est mise à rude épreuve », a indiqué le Haut Commissaire, qui a rappelé que le Liban a vu sa population d'environ quatre millions grossir de 10% avec l'afflux de réfugiés.

« La solidarité internationale en soutien avec les pays hôtes doit être renforcée d'urgence. Ce n'est pas une question de générosité, mais d'intérêt éclairé, » a-t-il déclaré. « Les aider à gérer les conséquences de la crise de réfugiés est impératif, car il est de l'intérêt de tous de préserver leur stabilité économique et sociale. »

António Guterres a conclu que la situation en Syrie allait probablement « encore se détériorer avant une éventuelle amélioration. » Et il a indiqué que si les pires scénarii prenaient forme, la communauté internationale devrait encore intensifier sa réponse humanitaire. Elle devrait aussi se préparer à gérer des répercussions imprévisibles si la situation explose en Syrie. »

C'est pourquoi, selon António Guterres, la communauté internationale ne doit pas permettre la crise syrienne et d'autres crises qui s'éternisent à proximité de faire sombrer la région et de dépasser la capacité d'action humanitaire.

Le Haut Commissaire Guterres se rendra dans la région auprès des réfugiés syriens entre le 10 et le 15 mars, en Turquie, en Jordanie et au Liban.