Course aux toits avec l'arrivée des pluies dans l'Etat de Rakhine au Myanmar

La tempête tropicale Mahasen est passée, mais il n'y a pas de répit pour la construction d'abris pour des milliers de personnes déplacées alors que la mousson arrive.

Une femme déplacée se prépare pour la saison des pluies à Sin Tet Maw, dans l'Etat de Rakhine, à l'ouest du Myanmar. Le HCR et ses partenaires se dépêchent de terminer les abris surélevés dans les zones de faible altitude avant qu'elles ne soient inondées.   © HCR/V.Tan

SITTWE, Myanmar, 3 juin (HCR) - Quand la tempête tropicale Mahasen a soufflé sans trop de tapage le 16 mai, beaucoup d'habitants de l'Etat de Rakhine ont poussé un grand soupir de soulagement. Puis ils ont pris une longue respiration et ils ont de nouveau fait leurs bagages.

Selon le gouvernement du Myanmar, quelque 120 000 personnes - dont beaucoup d'entre elles déjà déracinées en raison des violences inter-communautaires de l'année dernière - ont été évacuées des zones à risque avant la tempête.

La plupart d'entre elles ont depuis lors quitté leurs sites de réinstallation. Un chef d'établissement dans la zone de Thet Kay Pyin à Sittwe a déclaré que 4 500 personnes déplacées qui s'étaient entassées dans son école sont parties en autocar le lendemain de la tempête et sont retournées à l'endroit où elles se trouvaient avant dans la zone de Hmanzi Junction.

Mais quelques personnes ne peuvent, ou ne veulent pas retourner dans les sites qu'elles occupaient avant l'évacuation, se plaignant du manque de services et de la peur des inondations.

Sukina Khaton, une grand-mère de 70 ans, a vu sa maison réduite en cendres dans la municipalité de Pauktaw en octobre dernier. Elle a trouvé refuge avec sa famille à proximité, dans une zone d'élevage de crevettes appelée Nget Chaung, pour repartir mi-mai lorsqu'ils ont entendu parler de la tempête.

« Nous avons payé 10 000 kyat (environ 11 dollars) chacun pour un trajet par bateau de nuit vers Sin Tet Maw», déclare-t-elle, faisant référence à un village situé au bord de l'eau à plusieurs heures de bateau. « J'ai appris qu'un bateau avait chaviré la nuit précédente et que de nombreuses personnes étaient portées disparues ».

A Sin Tet Maw, Sukina vit maintenant au-dessous d'une maison en bambou construite sur pilotis, avec plusieurs autres familles arrivées récemment. Il fait sombre, ils sont serrés et elle doit s'asseoir dans une position inconfortable pour éviter l'eau qui coule du haut. Pourtant, elle ne veut pas retourner à Nget Chaung.

« Nget Chaung est situé dans la plaine. Il n'y a pas d'arbre, pas d'ombre. Quand il pleut, c'est inondé. C'est très difficile de vivre là-bas », affirme-t-elle. « Nous avons tout perdu. Je veux rester ici pour le moment ».

Mais Sin Tet Maw croule déjà sous des flots antérieurs de personnes déplacées. Les familles d'accueil n'ont plus de ressources et les tentes sont maintenant éparpillées autour du village. Le village voisin est mécontent des nouvelles arrivées et la tension monte.

Compte tenu de la pénurie de terres disponibles et de l'arrivée de la saison des pluies, les autorités proposent un compromis - retourner à Nget Chaung où des abris sont en train d'être construits pour protéger les personnes contre les pluies.

Dans le cadre d'un dispositif d'intervention d'urgence pour la période de la mousson, le gouvernement de l'État de Rakhine a accepté de construire des abris temporaires pour 45 000 personnes déplacées à Sittwe, la capitale de l'État, et dans les environs, tandis que le HCR construit des abris temporaires pour 25 000 personnes déplacées dans les municipalités de Pauktaw et de Myebon. Fabriqué avec des bambous et du bois de la région, chaque abri, sous forme de longue maison, peut héberger huit familles de six membres chacune en moyenne.

« Comme le gouvernement ne pouvait pas fournir de terres plus adaptées aux personnes déplacées pour la construction d'abris, le HCR n'a pas eu d'autre choix que d'élever les abris au-dessus des rizières », explique Richard Tracey, expert en abris pour le HCR à Sittwe.

Les pilotis sont enfoncés dans la terre à une profondeur d'un mètre environ, et s'élèvent à près d'un mètre au-dessus du sol. Ces abris surélevés seront reliés par des passages surélevés avec des croisillons pour stabiliser la structure et éviter qu'ils ne s'effondrent. Une autre crainte est que les vents forts parviennent à arracher le toit en tôle ondulée. Pour diminuer ce risque, les maçons rabattront l'extrémité du toit métallique sur la structure en bois pour la maintenir.

Les premières pluies de la saison sont tombées mais le travail continue pour fabriquer ces abris. Les personnes déplacées dans les zones de faible altitude et dans des abris peu solides sont transférées dès que le travail est terminé sur chaque site.

La priorité est d'évacuer les personnes des champs inondés et de mettre un toit solide sur leurs têtes. Mais d'autres besoins doivent également être satisfaits.

« Un abri ne suffit pas », affirme Richard Tracey, du HCR. « Les personnes déplacées ont un besoin urgent de moyens de subsistance, de meilleurs soins de santé et de possibilités d'éducation pour se reconstruire ».

Près d'un an après l'éclatement de la première vague de violences inter-communautaires, on estime à près de 140 000 le nombre de personnes encore déplacées dans l'État de Rakhine.

Par Vivian Tan à Sittwe et Pauktaw, Myanmar