Le Pape François prie pour les migrants et les réfugiés à Lampedusa lors d'une visite qui fera date

Le Pape a également rencontré 50 migrants récemment arrivés, principalement de jeunes Somaliens et Erythréens, durant sa première visite pastorale hors de Rome en tant que Pape.

Le Pape François s'entretient avec des migrants africains sur la jetée où ils ont débarqué dans l'île italienne de Lampedusa.   © ANSA/A. Tarantino

ILE DE LAMPEDUSA, Italie, 8 juillet (HCR) - Le Pape François, lors d'une visite hautement symbolique lundi dans l'île italienne de Lampedusa, a appelé à la compréhension et à la solidarité pour les milliers de personnes qui risquent leur vie chaque année en haute mer pour rejoindre l'Europe. Il a prié pour les personnes qui ont perdu leur vie durant leur tentative de traversée.

Quelques heures avant son arrivée, un petit bateau transportant 166 personnes de diverses nationalités avait atteint l'île, située à 120 kilomètres de la Tunisie. Les garde-côtes italiens auraient secouru dimanche un autre bateau transportant 120 personnes, dont une femme enceinte.

Le pape s'est entretenu avec un groupe de 50 migrants récemment arrivés, principalement de jeunes Somaliens et Erythréens, durant sa première visite pastorale hors de Rome depuis son élection en tant que Pape en mars dernier. « Prions pour les personnes qui se sont noyées avant leur arrivée sur cette île », leur a-t-il déclaré.

Un Érythréen a expliqué au Pape François pourquoi il avait quitté sa maison et il a décrit le calvaire qu'il a subi pendant la traversée. Il a demandé que l'Europe lui fournisse une assistance. Les migrants qui arrivent à Lampedusa sont normalement transférés vers des centres d'accueil sur le continent pour alléger la charge sur l'île, dont le nombre d'habitants n'est que de 6 000 personnes.

Avant de rencontrer des migrants, le Pape François était monté à bord d'un navire de la garde côtière italienne et il a jeté une couronne de fleurs en mer au large de Lampedusa en mémoire des personnes qui ont trouvé la mort durant la tentative de traversée depuis l'Afrique du Nord. Il s'est ensuite rendu sur la jetée où les boat people débarquent après la traversée difficile et dangereuse.

Le Pape a ensuite dit une messe en plein air en présence de milliers d'habitants, de touristes et de migrants. Un petit bateau de pêche en bois servait d'autel, la roue d'un navire servait de pupitre. La croix tenue par le Pape avait été façonnée à partir de bois provenant d'un bateau délabré ayant transporté des migrants vers Lampedusa.

Il a expliqué aux fidèles qu'il avait décidé de venir dans l'île après avoir appris avec émotion le décès d'au moins 10 personnes lors du naufrage de leur embarcation le 17 juin dernier. Il a remercié la population locale pour leur solidarité ainsi que les associations et les autorités qui travaillent pour aider les migrants.

Le pape a appelé à davantage de compréhension pour les personnes qui fuient leur maison en quête d'espoir et d'une vie meilleure pour leurs familles, tout en mettant leur vie en danger, souvent aux mains de passeurs. Le Pape François a lancé une mise en garde contre l'indifférence face à la souffrance des migrants.

Le Représentant régional du HCR Laurens Jolles a déclaré que la visite du Pape avait une valeur humanitaire et hautement symbolique. « Au cours de ses premiers mois en tant que Pape, nous avons pu apprécier l'attention qu'il accorde envers les réfugiés et les migrants », a-t-il indiqué, ajoutant : « Nous sommes heureux qu'il ait pu rencontrer un groupe de migrants. Ils lui ont expliqué les raisons pour lesquelles ils ont été contraints de fuir et les dangers qu'ils ont encourus pendant leur voyage. »

Le Pape a longtemps été un ardent défenseur des droits des réfugiés et des demandeurs d'asile. Le 19 juin dernier, la veille de la Journée mondiale du réfugié, il a appelé les peuples et les gouvernements à accorder une attention particulière à la situation des familles de réfugiés.

« Nous ne pouvons pas rester insensibles à ces familles ou envers nos frères et soeurs réfugiés. Nous sommes appelés à les aider, à nous ouvrir à la compréhension et l'hospitalité. Pourvu qu'on ne manque jamais de personnes et d'institutions pour les aider à travers le monde », a-t-il déclaré.

Le Pape François durant la messe en plein air. L'autel est un petit bateau de pêche sur lequel a été posée une croix façonnée avec le bois d'un bateau ayant transporté des migrants en Méditerranée.  © ANSA/C.Fusco

Le HCR estime que quelque 8 400 migrants et demandeurs d'asile ont débarqué sur les côtes de l'Italie et de Malte ces six premiers mois en 2013. La majorité d'entre eux (soit 7 800) sont arrivés en Italie. La plupart font le voyage depuis l'Afrique du Nord, principalement depuis la Libye (environ 6 700 personnes). Le reste (1 700 personnes) effectue la traversée depuis la Grèce et la Turquie. Ils débarquent dans les régions de la Calabre et des Pouilles, au sud de l'Italie.

Les pays d'Afrique sub-saharienne sont les principaux lieux d'origine de ces migrants et demandeurs d'asile, en particulier la Somalie et l'Érythrée. D'autres pays d'origine sont l'Afghanistan, l'Egypte, la Gambie, le Mali, le Pakistan et la Syrie.

Le HCR a enregistré environ 40 morts au cours des six premiers mois de 2013 parmi les personnes qui ont tenté de traverser vers l'Italie à partir de l'Afrique du Nord. En 2012, près de 500 personnes auraient trouvé la mort en mer ou sont portées disparues. La diminution du nombre de décès à ce jour en 2013 est notamment due aux efforts des autorités italiennes et maltaises.

Le HCR s'engage avec toutes les grandes religions du monde à oeuvrer pour la protection des personnes déracinées et des apatrides. Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a tenu en 2012 un dialogue à Genève sur la foi et la protection avec, parmi les participants, des chefs religieux, des représentants d'organisations confessionnelles, des experts inter-religieux et des universitaires.