Le HCR aide des enfants traumatisés qui ont fui seuls la RDC

Des dizaines de milliers de Congolais ont fui vers l'Ouganda cette semaine. Certains, très vulnérables, sont des enfants non accompagnés comme Jean, orphelin.

Jean, 15 ans, montre son numéro d'enfant non accompagné devant la tente installée par la Croix-Rouge ougandaise pour l'héberger ainsi que d'autres enfants non accompagnés, au centre de transit de Bundibugyo.   © HCR/ L.Beck

CENTRE de TRANSIT de BUNDIBUGYO, Ouganda, 17 juillet (HCR) - Dans un coin du centre de transit qui vient d'être ouvert à l'ouest de l'Ouganda, un orphelin effrayé et désorienté de 15 ans, Jean*, partage une tente avec d'autres enfants congolais qui ont perdu ou ont été séparés de leurs familles.

Cet abri réservé pour les enfants non accompagnés se trouve dans le centre de transit de Bundibugyo, qui a été ouvert dimanche pour assurer la protection et fournir une assistance aux civils ayant afflué massivement. Ils fuyaient les combats entre les forces armées congolaises et les Forces alliées démocratiques (ADF) - un groupe rebelle ougandais - dans et autour de la ville de Kamango, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

Depuis jeudi dernier, plus de 66 000 personnes ont trouvé abri en Ouganda depuis la province du Nord-Kivu en RDC et quelque 5 000 d'entre eux ont été transportés vers le camp dès jeudi. Les nouveaux arrivants ont besoin d'une aide d'urgence.

Le plus grand afflux jamais vu sur place depuis des années a mis à rude épreuve la ville de Bundibugyo (comptant une population d'environ 21 600 personnes) et tout le district (240 000 habitants), où une large part de la population est désormais composée de réfugiés.

Jean, dont les parents sont décédés d'une maladie lorsqu'il avait seulement neuf ans, était l'un de ces nouveaux arrivants. Il s'est mis à courir tôt le matin samedi depuis son village près de Kamango, après que l'un de ses voisins ait été capturé par des hommes armés, qu'il ait été torturé puis tué par balles sous ses yeux. L'adolescent vivait avec son frère de 18 ans, mais ils ont été séparés dans la confusion de la fuite éperdue.

Le garçon est parti tout seul vers la frontière ougandaise en suivant d'autres personnes déracinées, qui transportaient leurs affaires et essayaient d'éviter les combats. Quand il est arrivé en Ouganda, Jean a d'abord trouvé refuge dans les locaux d'une école de cette région vallonnée, avant que le HCR et les services du Premier Ministre ougandais n'ouvrent le centre de transit de Bundibugyo dimanche, en y faisant entrer un premier groupe de 300 personnes.

« Il avait plu », se rappelle-t-il. « Nous étions si nombreux dans l'école que nous devions tous nous tenir debout et nous ne pouvions pas dormir », ajoute Jean, qui est l'un des 20 enfants non accompagnés dans le centre. Ils reçoivent une aide spécifique et notamment de la nourriture. Ils sont hébergés dans un abri sûr et séparé des autres.

Le centre de transit de Bundigugyo est situé à 28 kilomètres de la frontière et il a une capacité d'accueil maximale de 20 000 personnes. Le HCR et ses partenaires, y compris la Croix-Rouge ougandaise, encouragent les arrivants à rejoindre le centre où il est plus facile de leur assurer la protection et de leur fournir une assistance, tout spécialement pour les plus vulnérables.

La plupart des réfugiés préfèrent rester à la frontière, faisant des allers et retours durant la journée et espérant rentrer bientôt chez eux. Mais ceux qui demandent à être transférés vers Bundibugyo reçoivent des repas chauds, un abri, des couvertures et des matelas. Le HCR ou ses partenaires construisent également des latrines et organisent l'approvisionnement en eau. On compte actuellement plus de 5 000 réfugiés au centre avec davantage d'arrivants pratiquement d'heure en heure.

« C'est l'afflux le plus important que nous ayons jamais vu », indique Andrew Lubwama, assistant terrain au HCR. « Notre principale inquiétude, ce sont les installations d'hygiène et sanitaires pour les réfugiés.... Par ailleurs, si la saison des pluies commence en avance, alors nous pourrions aussi avoir des problèmes avec des épidémies », ajoute-t-il.

Jean et ses compagnons d'infortune seront plus en sécurité à Bundibugyo que dans les collines, mais beaucoup restent traumatisés par l'épreuve de la fuite en exil et ils sont inquiets pour leurs proches. Jean se demande où est son frère, alors qu'un autre enfant sous la tente, Jackson*, pense constamment à sa Maman aveugle.

Le garçon de 11 ans, encore traumatisé, porte un short bleu déchiré et il a expliqué au HCR qu'il vivait avec sa mère et son frère de l'autre côté de la frontière, au Nord-Kivu. Lors de l'attaque de l'ADF, lui et son frère Fred*, 13 ans, ont pris la décision déchirante de partir sans leur mère car elle pensait qu'elle ne survivrait pas au voyage. Les frères n'ont plus aucune nouvelle d'elle.

Après l'épreuve endurée lors de la fuite en exil pour Jean, Jackson ou d'autres garçons, ils sont confrontés à beaucoup de nouveaux défis, et en particulier celui de retrouver leurs proches. Ils doivent également prendre une décision : rentrer chez eux ou faire part de leur souhait d'être transférés dans l'une des installations de réfugiés en Ouganda. Pour le moment, ils sont heureux de se trouver en lieu sûr et d'avoir un toit au-dessus de leur tête.

* Noms fictifs pour des motifs de protection

Par Lucy Beck à Bundibugyo, Ouganda