Le chef du HCR exhorte l'Europe à faire davantage pour les demandeurs d'asile syriens

António Guterres s'exprime devant le Conseil Justice et Affaires intérieures de l'UE et déclare que l'Europe doit désormais montrer l'exemple.

Le jeune Omar avec sa mère. Les deux ainsi que le père, Ahmed, ont fui la ville syrienne d'Idlib pour rejoindre la Turquie. Ils ont été acceptés pour une réinstallation en France, un Etat membre de l'Union européenne.  © HCR/J.Tanner

VILNIUS, Lituanie, 18 juillet (HCR) - Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres a fait part aujourd'hui de sa préoccupation sur de graves insuffisances en matière de protection qui affectent les Syriens arrivant en Europe. Le chef du HCR a lancé un appel d'urgence pour un accès plus généreux et plus cohérent entre tous les pays de l'UE (Union européenne) au bénéfice des Syriens en quête d'un refuge et souhaitant déposer une demande d'asile en Europe.

Il a souligné que seulement deux pays européens - l'Allemagne et la Suède - parmi tous les pays de l'Union européenne hébergent près de deux tiers des Syriens à la recherche de protection. António Guterres exhorte davantage de pays à aider les Etats voisins de la Syrie en partageant la charge et en offrant le statut de réfugié ou la réinstallation aux arrivants syriens.

« Il est désormais crucial que l'Europe montre l'exemple », a déclaré António Guterres durant une réunion informelle du Conseil Justice et Affaires intérieures de l'UE organisée à Vilnius. Il a ajouté que le nombre des demandes d'asile déposées par des Syriens en Europe reste gérable. Il s'élève à un peu plus de 40 000 depuis le début de la crise en mars 2011.

Ce chiffre est à comparer avec celui des Etats voisins de la Syrie qui hébergent près de 1,8 million de réfugiés syriens enregistrés. Toutefois António Guterres a ajouté : « Alors que l'exode se poursuit et que la perspective d'une solution politique pour la Syrie reste faible, des signes avant-coureurs de déstabilisation dans certains pays voisins sont troublants… Le Liban maintient sa frontière ouverte mais, ailleurs dans la région, l'accès à la sécurité devient plus difficile pour les Syriens qui tentent de fuir. » Le nombre des réfugiés qu'ils hébergent a contribué à la forte pression sociale et économique pour ces pays hôtes.

Le Haut Commissaire a indiqué que c'était « le premier test en réel » pour montrer que le régime d'asile européen commun (en cours de développement depuis 1999) peut fonctionner correctement, tout en rappelant des failles et des incohérences dans la politique sur les demandes d'asile en Europe. Il a déclaré que les taux de reconnaissance du statut de réfugié varient considérablement à travers l'UE ; que trop d'Etats ne parviennent pas à fournir un accès rapide et équitable aux procédures d'asile pour les Syriens ; que certaines formes de protection et de droits connexes qui sont accordés aux Syriens dans l'Union européenne sont incompatibles et que la réponse aux besoins des demandeurs d'asile syriens doit être améliorée dans plusieurs Etats membres, y compris en évitant le recours excessif à la détention.

« Des Syriens fuient l'un des pires conflits que le monde ait vu depuis des décennies. Beaucoup d'entre eux ont été victimes d'indicibles violations des droits de l'homme ainsi que de persécutions dans leur pays d'origine. Assurer des normes adéquates de traitement pour eux, alors qu'ils cherchent la sécurité en Europe, devrait être une priorité pour tous les États membres de l'UE », a déclaré António Guterres.

Il a également souligné le cas de la Turquie, qui a reçu plus de dix fois le nombre de Syriens ayant déposé une demande d'asile dans d'autres pays en Europe. « L'UE avait d'abord exhorté la Turquie à garder ses frontières ouvertes aux Syriens qui souhaitent déposer une demande d'asile, tout en concentrant des ressources sur le contrôle des entrées irrégulières à ses frontières extérieures.

La gestion des frontières est un droit souverain et une priorité légitime pour les États. Toutefois des moyens doivent être trouvés pour assurer que les Syriens en quête de protection aux frontières de l'UE puissent accéder au territoire, aux procédures et à la sécurité. C'est crucial pour démontrer concrètement l'engagement européen sur le partage des responsabilités avec la Turquie et d'autres pays d'accueil », a-t-il déclaré.

António Guterres a proposé cinq mesures clés que l'Union européenne devrait prendre : « Tout d'abord, assurer l'accès à des procédures d'asile rapides et équitables pour les personnes en quête de protection, malgré les efforts en cours pour améliorer le contrôle aux frontières sensibles avec des pays extérieurs à l'UE.

« Deuxièmement, une approche plus cohérente et généreuse à la protection est nécessaire, notamment en ce qui concerne les taux de reconnaissance du statut de réfugié et certaines formes de protection accordées aux demandeurs d'asile syriens. Une fin rapide du conflit étant peu probable, le HCR espère voir augmenter les taux de protection à travers l'Europe, et en particulier l'octroi du statut de réfugié avec ses droits connexes. »

Le Haut Commissaire a également appelé à une plus grande souplesse dans l'utilisation des mesures existantes. « Ceci inclue l'aide pour la réunification avec des familles se trouvant déjà en Europe en appliquant avec souplesse le règlement de Dublin [qui détermine l'Etat européen chargé d'examiner une demande d'asile en Europe jusqu'à ce qu'une décision ait été prise] ; les dispenses sur l'obligation de visa et la facilitation de l'entrée des Syriens à des fins de travail, d'études, pour motifs familial ou humanitaire. »

António Guterres a encouragé les États de l'UE à établir des limites strictes et des garanties sur l'utilisation de la détention, à explorer des alternatives à la détention et à faire davantage pour améliorer les conditions de vie des demandeurs d'asile qui attendent des décisions sur leurs demandes de protection. « Et enfin, l'UE doit s'engager dans de nouvelles initiatives de partage de la charge afin d'aider à atténuer les effets écrasants de la crise des réfugiés sur les voisins immédiats de la Syrie », a-t-il déclaré.

Il a remercié l'Allemagne qui offre l'admission pour motifs humanitaires à 5 000 réfugiés syriens, ainsi que d'autres Etat qui offrent des places de réinstallation. « J'espère voir d'autres offres d'admission pour motifs humanitaires ou places de réinstallation, alors que la situation évolue. »