Les statistiques du HCR montrent une augmentation alarmante des cas de viols et de violence contre les femmes au Nord-Kivu

Ces femmes déplacées congolaises partagent un repas dans leur tente commune dans l'Est de la République démocratique du Congo. Le HCR s'inquiète de l'augmentation des aggressions sexuelles contre les femmes.  © HCR/F.Noy

GOMA, République démocratique du Congo, le 30 juillet (HCR) -Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a signalé mardi que les conflits récurrents qui fnt rage dans la province du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC) déracinent plus de civils et exposent un nombre croissant de femmes, de filles et d'hommes au viol.

Les statistiques récoltées par le HCR cette année au Nord-Kivu montrent une augmentation alarmante de la fréquence des actes de violence contre les femmes et filles dans la province, avec un nombre très important de cas de viols. « Nos équipes de monitoring de la protection ont enregistré 705 cas de violence sexuelle dans la région depuis le mois de janvier, dont 619 cas de viol », explique une porte-parole du HCR. « Au cours de la même période en 2012, notre personnel n'avait enregistré que 108 cas. Les survivants de violence sexuelle et sexiste comprenaient 288 mineurs et 43 hommes ».

La porte-parole a déclaré que le HCR craint que les combats entre l'armée et l'Alliance des forces démocratiques (ADF), un groupe rebelle ougandais, ainsi que la reprise des combats entre l'armée et les rebelles du M23 à proximité de la capitale du Nord-Kivu, Goma, au cours des deux dernières semaines n'augmentent le danger pour les femmes de la région, notamment pour celles vivant dans les camps.

La plupart des cas de violence sexuelle sont commis par des hommes armés. 434 des 705 cas de violence sexuelle rapportés au personnel du HCR depuis le début de l'année ont été perpétrés par des éléments armés. Les chiffres officiels des Nations unies apportent des preuves supplémentaires de la menace croissante qui pèse sur les femmes et les filles. Ils montrent que les cas enregistrés de violence sexuelle dans le Nord-Kivu sont passés de 4 689 cas en 2011 à 7 075 en 2012. Le HCR estime que le nombre réel est encore beaucoup plus grand.

Le HCR travaille en étroite collaboration avec d'autres organisations humanitaires et autorités afin de renforcer la surveillance et la réponse qui est apportée à cette problématique. Le HCR a par exemple contribué à organiser des formations pour 96 policiers déployés dans les camps et les sites de Goma sur la manière de prévenir la violence sexuelle et de gérer les cas de viol.

Le Haut Commissariat contribue également à la création de centres communautaires et à la formation de points focaux parmi la population déplacée pour permettre à ces derniers de cerner les cas de violence sexuelle et d'orienter les victimes vers des soins de santé et un soutien psychosocial. Le HCR encourage l'utilisation de combustible alternatif au bois de chauffage dans un effort visant à réduire l'exposition des femmes à la violence sexuelle lorsqu'elles sortent pour cueillir du bois. La phase actuelle de ce projet profitera à 2 000 ménages dans les camps à proximité de Goma.

Entre temps, les combats autour de Goma ont forcé 6 000 à 7 000 personnes à fuir leur foyer depuis le 14 juillet. La plupart de ces personnes sont des femmes et des enfants, ainsi que de jeunes garçons qui fuient pour échapper au recrutement forcé.

Les personnes nouvellement déplacées logent dans des écoles et des églises dans la partie nord de Goma, à environ 10 kilomètres des combats. Avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et d'autres partenaires, le HCR transfère les personnes déplacées vers des camps existants, où elles reçoivent un abri et de l'aide humanitaire de base.

Dans la région de Kamango, on estime à 14 000 le nombre de civils déplacés ce mois-ci en raison des combats. Ils ont trouvé refuge dans la brousse et dans les villages autour de Kamango, portant à 40 000 le nombre de personnes déplacées internes dans la zone.

Le HCR s'inquiète également des rapports faisant état de violations des droits de l'homme dans la zone de Kamango, notamment le meurtre d'au moins 15 civils, des cas d'enlèvement, de travaux forcés, de sévices et de taxation illégale. Selon une récente évaluation du personnel du HCR sur le terrain, les personnes déplacées sont confrontées à des pénuries alimentaires, car elles ne peuvent se rendre dans les champs pour prendre leurs récoltes.

En outre, l'accès à l'eau et aux services de santé est également très difficile compte du tenu du fait que près de 80 pour cent des centres de santé de la région ont été pillés. Le personnel médical de la région a signalé de nombreux cas de diarrhée et d'infections respiratoires dus au manque d'eau propre et de latrines. L'accès à l'aide humanitaire dans la région constitue un défi et de récents rapports indiquent que la situation y reste tendue.

En tout 967 000 personnes sont déplacées dans le Nord-Kivu suite à des années de conflit.