Des centres de réception bondés en Bulgarie, un point d'entrée des réfugiés syriens en Europe

La Bulgarie a reçu environ 2 000 Syriens depuis le début du conflit syrien en mars 2011. Quelque 41 000 Syriens ont trouvé refuge à travers l'UE durant cette période.

Des demandeurs d'asile syriens attendent d'être enregistrés par des gardes-frontières à Elhovo, en Bulgarie près de la frontière avec la Turquie.   © HCR/D.Kashavelov

SOFIA, Bulgarie, 17 septembre (HCR) - Des Syriens fuyant les violences dans leur pays d'origine se dirigent en nombre croissant vers la Bulgarie. Ils arrivent dans des centres de réception bondés et « insalubres », alors que ce pays localisé aux frontières de l'Union européenne fait son possible pour gérer l'afflux.

Cette année, la Bulgarie a déjà reçu environ 3 000 demandes d'asile, déposées par des personnes originaires principalement du Moyen-Orient et de l'Afrique. C'est trois fois la moyenne annuelle observée durant la dernière décennie. Le mois d'août a vu une forte hausse d'environ 50 nouveaux arrivants par jour (principalement des familles syriennes) en comparaison de quatre par mois il y a un an.

« Bien que les chiffres soient relativement bas par rapport à d'autres pays européens, le système d'asile en Bulgarie ne peut répondre au rythme des nouvelles arrivées », a indiqué mardi Melissa Fleming, porte-parole en chef du HCR, en ajoutant que les trois centres d'hébergement existants gérés par le gouvernement sont surpeuplés, dangereux et insalubres.

Elle a ajouté que le HCR avait reçu l'assurance des autorités bulgares sur une action rapide visant à améliorer les conditions d'accueil des demandeurs d'asile syriens et d'autres nationalités. La Représentante régionale du HCR pour l'Europe centrale Montserrat Feixas Vihe a rencontré vendredi dernier le Premier Ministre Plamen Oresharski et d'autres hauts représentants pour discuter du besoin de nouveaux centres d'hébergement afin de soulager les conditions de surpeuplement et pour que les demandeurs d'asile placés en détention soient remis en liberté.

Dans les centres gérés par l'Agence gouvernementale bulgare pour les réfugiés, les résidents dorment dans les couloirs et cuisinent sur des réchauds de fortune au milieu de dortoirs bondés. « Tous les espaces libres ont été convertis en dortoirs - depuis les salles de TV et internet aux espaces de jeux pour les enfants. Les toilettes et les douches sont en nombre insuffisant par rapport au rythme des arrivées », a indiqué Roland Weil, Représentant du HCR en Bulgarie, ajoutant que jusqu'à 100 personnes se partagent une douche. Les activités d'éducation et récréationnelles sont rares. Plusieurs centaines d'enfants sont complètement déscolarisés.

Les conditions de surpeuplement provoquent des tensions entre les demandeurs d'asile, qui doivent subvenir à leurs besoins avec l'équivalent d'un peu plus d'un euro par jour pour la nourriture, les vêtements, les médicaments et d'autres produits de première nécessité.

« Nous voulons juste être respectés [par la direction] », a indiqué une Syrienne, mère de deux enfants et qui vit dans le centre de Pastrogor. La famille avait fui Hassakeh, dans l'est de la Syrie, en juin dernier et elle partage désormais une ancienne salle de télévision avec six autres familles. « Les sanitaires les plus proches sont à l'étage en-dessous », explique-t-elle.

De longs délais pour le traitement de la procédure d'asile exacerbent la situation. Les personnes restent habituellement dans des centres de réception pendant un an, le temps que les demandes d'asile soient examinées, et ce bien que la loi bulgare détermine un délai de six mois pour cette procédure.

« Le gouvernement a besoin d'une nouvelle alternative pour l'hébergement dès que possible, même temporaire, afin de soulager la pression portée sur les centres existants et de pouvoir libérer les demandeurs d'asile actuellement retenus en détention », a indiqué Roland Weil du HCR.

Pour répondre à la pénurie de centres d'hébergement, les autorités bulgares utilisent aujourd'hui deux centres de détention prévus pour héberger des migrants clandestins en attente d'expulsion. A Lyubimets, près de la frontière turque, et à Busmantsi, dans la banlieue de Sofia, des demandeurs d'asile se retrouvent ainsi derrière les barreaux pendant plus de trois mois, en attendant que les autorités ne les transfèrent vers un centre ouvert. Ces centres de détention ont dépassé leur capacité d'accueil initiale.

Lors de la réunion de vendredi, le HCR a offert d'accroître l'appui technique à la Bulgarie sous forme de formations et de soutien à toutes les étapes de la procédure d'asile depuis l'enregistrement jusqu'à la décision rendue sur les demandes d'asile.

La Bulgarie a reçu environ 2 000 Syriens depuis le début du conflit en Syrie il y a deux ans et demi. Environ 47 000 Syriens ont cherché asile à travers l'Union européenne durant la même période.

Par Boris Cheshirkov à Sofia, Bulgarie