Plus de 10 000 civils congolais fuient vers l'Ouganda pour échapper aux combats en Nord-Kivu

Dans une nouvelle crise au nord-est de la RDC, quelque 3 500 à 4 000 réfugiés ont traversé la frontière vers le nord-ouest de l'Ouganda depuis la province Orientale.

De nouveaux arrivants aujourd'hui au point de passage frontière de Bunagana.   © OPM

KAMPALA, Ouganda, 30 octobre (HCR) - Les tout derniers combats dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) ont poussé les combattants rebelles en dehors de plusieurs de leurs bastions, ce qui a forcé plus de 10 000 personnes à chercher la sécurité en Ouganda.

Des combats opposant les troupes gouvernementales et des Nations Unies contre les rebelles M23 dans la province du Nord-Kivu ont débuté vendredi dernier. Les réfugiés ont commencé, lundi, à traverser la frontière vers le district de Kisoro dans le sud de l'Ouganda, via la ville frontalière de Bunagana.

Depuis lors, plus de 10 000 personnes ont traversé la frontière via Bunagana, y compris 8 000 mercredi, selon les statistiques du HCR. Selon certaines informations, les autorités auraient pris Bunagana aujourd'hui, mais des travailleurs humanitaires ont entendu des tirs et des explosions avant de quitter la région frontalière pour des raisons de sécurité et avant une attaque aérienne qui a fait des blessés à l'intérieur de l'Ouganda.

Deux réfugiés ont déjà confirmé avoir été blessés et une ambulance de Medical Teams International a été envoyée mercredi à la frontière pour aller les chercher et évaluer la situation. Auparavant, des employés du HCR avaient estimé qu'environ 3 000 personnes étaient rentrées au Nord-Kivu en RDC, sous les encouragements des troupes gouvernementales.

Les tout derniers combats au Nord-Kivu ont également forcé environ 2 500 personnes à chercher abri au Rwanda, selon les chiffres communiqués par les autorités rwandaises, mais la plupart seraient déjà rentrés en RDC.

Dans le district de Kisoro en Ouganda, le HCR a organisé depuis lundi le transport de plus de 2 940 personnes depuis la région frontalière vers un centre de transit à Nyakabande, à environ 20 kilomètres de Bunagana. Beaucoup d'autres campent en plein air ou sous des vérandas devant les maisons, alors que le HCR organise leur transport vers Nyakabande avant la reprise des pluies.

Il y a également environ 400 personnes qui campent à Kanobe, un point de passage frontière informel qui est inaccessible par la route. Le HCR travaille avec les gardes-frontières pour accéder à ces personnes et les transférer vers le centre de transit de Nyakabande, où elles reçoivent un abri, de la nourriture et une aide d'urgence. Le centre de transit a une capacité d'accueil maximum de 30 000 personnes.

Le HCR a prépositionné du matériel de secours pour aider environ 5 000 réfugiés et davantage encore de biens de secours sont mobilisés pour répondre aux besoins d'un nombre croissant d'arrivants. Le personnel du HCR construit également deux nouveaux centres d'hébergement collectif où pourront être hébergées 300 personnes supplémentaires dans chaque centre.

Ces derniers mois, le nombre de nouveaux arrivants depuis le Nord-Kivu vers Nyakabande était tombé à environ 20 personnes par jour, alors que les négociations de paix étaient en cours à Kampala entre les autorités de RDC et le M23. Ce mouvement rebelle comprend d'anciens soldats qui avaient fait défection des forces armées et qui avaient pris les armes en avril 2012. Les M23 ont brièvement pris le contrôle sur Goma, la capitale du Nord-Kivu, en novembre 2012, avant que les pourparlers de paix ne commencent le mois suivant en décembre. Mais les forces gouvernementales ont repris du terrain cette année avec l'aide d'une nouvelle brigade d'intervention des Nations Unies.

Parallèlement, le HCR craint que les ressources de Nyakabande ne soient mises à rude épreuve si davantage de personnes continuent de traverser la frontière. « L'une de nos principales préoccupations pour le moment concerne l'eau et l'assainissement », a indiqué Maureen McBrien, employée du HCR en charge de la coordination sur le terrain. « Ce sont un enjeu critique dans tout afflux massif comme celui-ci. Actuellement, nous avons suffisamment de latrines pour environ 3 500 réfugiés alors c'est un domaine sur lequel nous travaillons en priorité pour héberger tous les nouveaux arrivants. »

La majorité des personnes arrivées sont des femmes et des enfants. La plupart ont fui depuis des zones situées à proximité, jusqu'à 15 kilomètres de la frontière. Beaucoup ont apporté avec eux en exil leur bétail, y compris des chèvres et des moutons.

Cette année, le HCR a déjà porté assistance à environ 50 000 Congolais qui sont arrivés depuis la RDC. En Ouganda, les réfugiés congolais représentent 65 pour cent de l'entière population des réfugiés et la majorité de ceux qui sont arrivés ces trois dernières années.

Parallèlement, dans un autre développement au nord-est de la RDC, quelque 3 500 à 4 000 réfugiés ont traversé vers le nord-ouest de l'Ouganda depuis la province Orientale pour échapper aux combattants d'un nouveau groupe rebelle, le M18. Les rebelles auraient fait des ravages, pillé des biens et battu des habitants qui refusaient de quitter la zone de Kakwa, Ils ont même réduit en cendres plusieurs villages.

En mars, le M18 a fait la une des médias lorsque son chef, le Colonel Eric Zachariah Ndosa avait été enlevé sur le territoire ougandais par des attaquants non identifiés depuis la RDC, mais il a été intercepté par l'armée ougandaise avant sa sortie du pays.

Dimanche dernier, le HCR a mené une mission conjointe de contrôle à la frontière avec des représentants du gouvernement et du district de Kokobo pour déterminer le nombre d'arrivants. Ils sont actuellement en train d'être enregistrés par des fonctionnaires locaux et ils sont transférés vers un centre pour la jeunesse situé non loin près de la ville de Kokobo. Ils seront ensuite transportés à l'installation du Camp Rhino dans le district d'Arua, à environ 105 kilomètres de là, où étaient hébergés jusqu'à maintenant des réfugiés sud-soudanais.

Par Lucy Beck à Kampala, Ouganda