La Bulgarie est peu préparée à gérer l'afflux des Syriens dans un camp sordide

La Bulgarie, située aux frontières de l'Europe du sud-est, est peu préparée et mal équipée pour gérer l'afflux croissant des réfugiés syriens et, comme d'autres pays hôtes, a besoin d'aide.

Un feu fournit un peu de chaleur à ces réfugiés syriens dans la ville bulgare de Harmanli. Ils vivent sous des tentes qui sont plutôt adaptées aux conditions estivales.   © HCR/D.Kashavelov

HARMANLI, Bulgarie, 21 novembre (HCR) - Tous les cinq jours, le jeune réfugié Atar, un adolescent, reçoit une ration alimentaire pour les cinq jours suivants. Elle comprend un morceau de pain, un bocal de sauce issue d'une spécialité locale, une boite de pâté et une conserve de poisson à la sauce tomate.

« C'est à peine suffisant pour un déjeuner, sans parler du petit-déjeuner ou du dîner », a expliqué au HCR ce réfugié syrien âgé de 16 ans dans le camp sordide et surpeuplé de Harmanli. Environ 1 100 personnes, y compris 300 enfants, y croupissent dans des conteneurs et des tentes qui sont peu chauffés, qui manquent d'équipements sanitaires et où ils ont un accès limité aux soins de santé.

Les rations alimentaires sont fournies par les autorités bulgares, qui hébergent environ la moitié des 8 000 demandeurs d'asile dans sept centres d'hébergement financés par l'Etat. Les autres demandeurs d'asile ont trouvé par eux-mêmes un abri. Toutefois les centres d'hébergement, occupés à leur pleine capacité par des Afghans, des Iraquiens, des Maliens, des Palestiniens, des Syriens et des Somaliens, fournissent seulement des services basiques.

Le plus bondé et le plus sordide de ces centres d'hébergement est celui d'Harmanli, une ancienne base militaire située à 50 kilomètres de la frontière turque. Il a été ouvert le 12 octobre dernier et près de tous les demandeurs d'asile qui y sont hébergés sont des Syriens. Ce camp n'assure pas une bonne publicité pour l'Europe qu'un nombre croissant de Syriens tente pourtant de rejoindre en traversant la frontière depuis la Turquie vers la Bulgarie, l'Etat le plus pauvre de l'Union européenne. La Bulgarie, située aux frontières de l'Europe du sud-est, est peu préparée et mal équipée pour gérer l'afflux croissant des réfugiés syriens. Comme les principaux pays hôtes, la Bulgarie recherche une aide de l'Union européenne et d'autres Etats membres.

« Quand des réfugiés ayant fui la persécution et la guerre ne reçoivent ni vivres, ni médicaments au sein même de l'Union européenne, c'est que quelque chose ne tourne vraiment pas rond. Davantage doit être fait pour combler les insuffisances entre les promesses pour aider la Bulgarie à couvrir les besoins des réfugiés et la dure réalité endurée par ces personnes démunies qui sont frigorifiées dans leurs tentes ou leurs conteneurs », a expliqué Vincent Cochetel, Directeur au HCR du Bureau de l'Europe, après s'être rendu au camp aujourd'hui.

Tout en étant heureux d'être sortis de leur pays assiégé et de ne plus être menacés par des bombes et des tirs de snipers, de nombreux Syriens se plaignent de leurs conditions de vie dans ce camp, d'autant plus avec l'arrivée de l'hiver. Lors de l'ouverture de ce camp, les 450 premiers demandeurs d'asile avaient été logés dans des cabines préfabriquées, mais les arrivants suivants ont été accueillis dans des tentes conçues pour des conditions estivales.

La toile fine de ces tentes est la seule protection permettant aujourd'hui d'affronter les conditions hivernales pour Jazia, âgée de 24 ans, et sa famille élargie. « Ces conditions ne sont pas adaptées », a souligné l'enseignante originaire de Hassakeh, dans le nord-est de la Syrie. « Nous sommes frigorifiés la nuit », a-t-elle expliqué, ajoutant que sa famille vit sans aucun chauffage. Les autorités locales ont commencé à distribuer des appareils de chauffage, mais le froid demeure un problème.

Certains enfants ont de la fièvre et attrapent un rhume, mais il n'y a pas de dispensaire dans le camp gardé et les résidents du camp n'ont pas les moyens d'acheter des médicaments. Les cas graves doivent être orientés vers l'hôpital le plus proche. Toutefois, seul un petit nombre de personnes atteintes de maladies graves reçoivent l'aide dont elles ont besoin.

Diar, âgé de quatre ans, est atteint de leucémie. Il a régulièrement besoin de transfusions sanguines et il doit prendre des médicaments contre la surcharge chronique en fer chez les patients subissant des transfusions répétées. Mais sa famille a perdu sa réserve de médicaments durant la fuite en exil depuis la Syrie plus tôt cette année. Désormais, les parents de Diar n'ont plus les moyens de payer ce médicament vital, qui coûte 300 dollars par mois. « Que faire ? » a demandé le père de Diar. C'est un dilemme pour lui et les autorités mises à rude épreuve et qui n'ont pas encore été en mesure d'enregistrer la demande d'asile de cette famille.

Pour aggraver encore les conditions de vie des Syriens à Harmanli, l'élimination des déchets du camp et les installations sanitaires sont utilisées à la limite de leur capacité. Bien que les camions-benne de la municipalité viennent débarrasser les ordures chaque jour, le camp est constamment jonché de déchets. Les installations sanitaires sont également insuffisantes : plus de 500 personnes vivant dans les tentes et les dortoirs doivent se partager 10 latrines communes. Les personnes vivant dans des cabines préfabriquées ont leurs propres toilettes.

Beaucoup à Harmanli utilisent les installations sanitaires la nuit, ce qui signifie qu'il faut effectuer à pied les trajets dans l'enceinte du camp. C'est potentiellement dangereux et clairement inconfortable pour certains. « Je suis une femme », a déclaré Jazia. « Nous ne vivions pas comme ça en Syrie. »

Il y a également le problème de la pénurie de vivres dont se plaint l'adolescent Atar. Une alimentation régulière est nécessaire pour rester en bonne santé et pour résister aux maladies. Elle est également vitale pour les femmes enceintes - au nombre d'environ une douzaine lors de la visite du HCR.

Mais la population du camp a trouvé une ressource : l'utilisation des déchets de papier pour alimenter les feux de chauffe pour la cuisine et pour le chauffage afin de contrer tant bien que mal les températures glaciales la nuit. Les communautés locales bulgares contribuent également comme elles le peuvent à garder allumés les feux de Harmanli, mais les dons ne répondent pas à tous les besoins.

« Jusqu'à la semaine dernière, nous coupions des branches d'arbres pour alimenter le feu, mais la police nous a apporté du bois hier », a déclaré Mahmoud, âgé de 25 ans, en montrant une pile serrée de bois coupé placée contre l'abri de sa famille. Il était en train d'utiliser une partie du bois de chauffe pour faire bouillir de l'eau dans une boite de conserve vide de haricots blancs en sauce. « L'eau qui est en train de bouillir servira pour le lait du bébé », a expliqué Mahmoud.

Malgré les mauvaises conditions, certains réfugiés gardent le moral en pensant à leur avenir. Atar a rejoint la Bulgarie via la Turquie après avoir quitté sa famille dans la ville d'Alep au nord de la Syrie. Il a expliqué avoir pris contact avec une tante qui vit en Bulgarie et qu'il espérait pouvoir rester chez elle. « Mon rêve est d'étudier au Royaume-Uni. Je veux devenir avocat », a-t-il expliqué.

Issam, âgé de 33 ans, voulait juste retrouver sa femme et ses enfants, qu'il avait été contraint d'abandonner à Damas. D'abord, Issam doit quitter Harmanli mais personne ne peut quitter le camp tant que l'Agence nationale bulgare pour les réfugiés n'aura pas enregistré les habitants du camp - un processus qui peut prendre du temps. Avec l'hiver qui approche, c'est une perspective qui inquiète de nombreux réfugiés.

Par Boris Cheshirkov à Harmanli, Bulgarie