Pièce par pièce, de jeunes réfugiées au Kenya assemblent leur nouvelle vie

Des jeunes filles traumatisées et arrivées seules au Kenya retrouvent le réconfort, la confiance en elles et gagnent un salaire grâce à leur propre fabrique de foulards.

Dans leur atelier baigné de soleil à Nairobi, de jeunes réfugiées du Collectif Maisha de Heshima se concentrent pour assembler des pièces d'uniformes scolaires.   © HCR/S.Camia

NAIROBI, Kenya, 26 décembre (HCR) - Lydia Umutoniwase a le regard figé sur une machine à coudre car elle va enfiler du fil sur une aiguille. Elle est profondément concentrée, malgré le bavardage des femmes et le bruit des autres machines à coudre dans la pièce autour d'elle. A sa gauche, il y a une pile de foulards colorés qui sont prêts pour la vente.

Lydia, 19 ans, fait partie de la vingtaine de jeunes femmes réfugiées qui forment le Collectif Maisha. Ce groupe fabrique et vend des textiles ainsi que des foulards teints, ce qui permet à ses membres d'apprendre un métier et de gagner un salaire.

« Maisha » signifie « vie » en swahili et Lydia explique que, pour ses membres, ce groupe leur ouvre en effet la porte à une nouvelle vie dans un nouveau pays.

« Quand je vivais en République démocratique du Congo, j'avais perdu espoir. Mais ma vie a changé », explique-t-elle doucement dans un anglais hésitant, mais avec un large sourire.

Les foulards sont vendus dans des foires artisanales et des magasins à Nairobi, ainsi que par Internet. Depuis le début de ce collectif en 2009, des milliers de foulards ont été vendus à des personnes qui vivent au Canada, aux États-Unis ou en Europe. Ce que les acheteurs ne voient pas, ce sont les visages fiers de ces jeunes femmes - qui sont toutes des réfugiées arrivées au Kenya. Elles étaient des enfants ou des adolescentes livrées à elles-mêmes, elles peuvent désormais payer leur loyer et se nourrir.

« Ce qui s'est passé grâce au Collectif Maisha, c'est qu'elles peuvent se prendre elles-mêmes en charge, au lieu que d'autres le fassent pour elles », déclare Hamdi Ali Abdi, chargé de projet au Collectif. « Elles retrouvent confiance en elles. »

Le groupe est dirigé par Heshima Kenya, une organisation à but non lucratif qui assure l'éducation et la formation professionnelle et qui fournit aussi un domicile sûr et d'autres services à des enfants et des adolescentes réfugiés qui arrivent seuls au Kenya depuis des pays comme le Rwanda, le Soudan du Sud et la Somalie.

Beaucoup ont été violées par des miliciens ou par leurs maris dans les mariages forcés ; certaines arrivent avec des enfants. Le HCR travaille avec des ONG comme Heshima Kenya pour aider les femmes et les jeunes filles à recommencer une nouvelle vie en devenant indépendantes. L'autonomisation des femmes réfugiées est l'une des Priorités stratégiques globales du HCR.

« Grâce au Collectif Maisha, maintenant je sais coudre, je peux teindre des tissus... Maintenant, j'ai des perspectives d'avenir, comme tout le monde », ajoute Lydia.

Dahabo Maow, une réfugiée somalienne, a donné l'impulsion nécessaire au collectif. Elle avait fui la Somalie après que des combats aient éclaté dans sa ville et elle a rejoint Heshima à Nairobi.

« Elle avait eu une jambe amputée et elle avait perdu tout espoir », explique Alice Eshuchi, chef de programme à Heshima. « Se sentant profondément désespérée, elle ne voulait même pas à apprendre à lire ou à écrire. Elle avait perdu ses parents. Elle est allée au camp de réfugiés de Kakuma, où elle avait été maltraitée. Elle n'avait pas pu y recevoir les services dont elle avait besoin à cause de son handicap. Quand elle est arrivée à Heshima, la direction a réalisé qu'elle pouvait très bien apprendre un métier. Nous l'avons donc inscrite à la formation pour la couture sur mesure et la teinture. »

Dahabo a commencé à former les autres jeunes femmes à Heshima sur la couture et la teinture. Peu après, le Collectif Maisha a été formé.

« Elles acquièrent des compétences pour gérer des projets en responsabilité », déclare Alice. « Les filles responsabilisent réellement les autres en leur enseignant ce qu'elles ont appris elles-mêmes. »

Les membres de ce collectif reçoivent 8 000 shillings kényans (100 dollars) par mois ainsi qu'une précieuse formation sur la gestion d'un budget afin qu'elles puissent se préparer à l'avenir. Et elles reçoivent aussi beaucoup plus que l'argent.

« Il se forme une sorte de lien familial entre elles », explique Hamdi. « Elles ressentent qu'un puissant lien mutuel les unit. Quand elles sont toutes assises en cercle et qu'elles commencent à préparer le travail, elles discutent ensemble. C'est aussi efficace que l'aide psychologique. »

Hamdi dit qu'elles ne pourraient peut-être pas s'ouvrir à elle, « mais quand elles sont toutes assises et qu'une fille explique qu'elle a perdu son père, ou qu'elle a été violée, les autres peuvent se référer à leur propre expérience. Elles s'ouvrent toutes les unes aux autres, elles parlent toutes. »

Lydia a perdu tout contact avec ses parents ainsi que ses frères et soeurs, quand elle a fui la République démocratique du Congo il y a deux ans. A ce jour, elle ne sait pas s'ils sont morts ou toujours en vie. Le Collectif Maisha est devenu sa nouvelle communauté, son espoir et sa nouvelle vie.

« J'ai trouvé d'autres filles qui ont de nombreux problèmes comme moi », indique Lydia. « Je suis si heureuse de les avoir trouvées. Nous sommes comme des soeurs. »

Par Shirley Camia à Nairobi, Kenya