Après un voyage périlleux pour fuir la guerre, les Syriens reçoivent un accueil glacial en Europe

Un nombre croissant de Syriens prennent le bateau pour rejoindre l'Europe. Une famille trouve peu de réconfort une fois arrivée sur les côtes européennes.

Hamadheir, un réfugié syrien, allume une bougie dans le sous-sol froid et abandonné d'Athènes qu'il occupe avec sa mère, Rajaa, et ses deux jeunes soeurs, depuis que sa famille a fui la guerre ravageant leur patrie, la Syrie.  © HCR/K.Kehayioylou

ATHÈNES, Grèce, 27 décembre (HCR) - Rajaa et ses trois enfants ont fait un voyage déchirant et périlleux pour atteindre ce sous-sol d'Athènes, éclairé uniquement par une petite lanterne et une bougie. Même si la famille est protégée de la pluie qui tombe à l'extérieur, il n'est pas étonnant que ses membres ne s'y sentent pas en sécurité.

Rajaa est âgée de 42 ans. Elle a fui la guerre en Syrie avec son fils adolescent et ses deux petites filles. La famille a rejoint le Liban il y a quelques mois pour retrouver le père des enfants qui y travaillait. Ils ont été dupés par un passeur qui avait promis de les emmener en Suède, mais il a disparu avec leurs précieux 30 000 dollars.

Avec le peu d'argent qui leur restait, son mari l'a envoyée avec leurs trois enfants pour un voyage par la route qui s'est terminé sur une embarcation pneumatique à Izmir, en Turquie, tandis que lui restait au Liban. Il y avait 35 hommes, sept femmes et sept enfants sur cette embarcation impropre à la navigation, tous essayant de passer outre un mur d'enceinte fortement gardé et long de 12,5 kilomètres, à la frontière entre la Grèce et la Turquie.

Après plus de trois heures en mer, ils étaient à moins de 100 mètres de la côte grecque lorsque l'embarcation a commencé à sombrer. Au même moment, explique Rajaa, un navire des garde-côtes grecs a braqué un projecteur sur eux, mais il ne leur a pas porté secours.

« Nous avons failli perdre Leima », dit-elle, en parlant de sa fille de deux ans. « C'est un véritable miracle si nous sommes tous en vie. Chaque homme a pris en charge un enfant et une femme et ils nous ont amené à la nage jusqu'au rivage ». Elle explique qu'une fois sur le rivage, trempés, frigorifiés et épuisés, ils ont été accueillis par des hommes en uniforme pointant des fusils sur eux.

De plus en plus de Syriens prennent la mer pour rejoindre l'Europe depuis la construction du mur et le renforcement des patrouilles frontalières ces 16 derniers mois. Les statistiques grecques font état de plus de 7 600 Syriens qui ont été arrêtés pour être entrés ou avoir séjourné illégalement dans le pays au cours des 11 premiers mois de l'année.

Avec un nombre croissant de Syriens qui rejoignent les côtes européennes, « personne ne s'attend à ce que la Grèce assume seule ce fardeau », explique Laurens Jolles, Représentant régional du HCR pour l'Europe du Sud. « Le HCR met tout en oeuvre pour rappeler à la communauté européenne le besoin de faire preuve de solidarité et de responsabilité en aidant les pays situés aux frontières externes de l'Union européenne (UE). »

Il ajoute que le cas de la Syrie « est actuellement la plus grande situation d'urgence humanitaire » et en dépit des défis qu'elle pose, refuser les demandeurs d'asile n'est pas la solution.

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a également fait part de son inquiétude sur les graves lacunes constatées dans la protection des Syriens arrivant en Europe et il a exhorté les États à une approche plus généreuse et cohérente dans l'accueil des Syriens cherchant refuge et asile en Europe.

Après leur arrivée sur cette plage grecque, le voyage s'est poursuivi, jusqu'à ce que toute la famille, y compris le fils aîné Hamadheir, âgé de dix-sept ans et Lamar, âgée de cinq ans, arrive dans un quartier d'Athènes où vivent de nombreux Syriens. Ils ont passé une nuit glaciale dans un parc jusqu'à ce qu'un Palestinien indique à la famille de Rajaa - qui est d'origine palestinienne - le sous-sol abandonné qui est devenu leur foyer. Il n'y a ni électricité, ni chauffage mais, au moins, ils sont à l'abri des éléments.

Toutefois, Rajaa ne se sent pas en sécurité, parce qu'elle sait que bien que la Grèce autorise les Syriens à rester six mois dans le pays sans les menacer d'expulsion forcée, ils n'ont aucun autre droit.

« Les Syriens peuvent introduire une demande d'asile en Grèce, mais ils ne voient pas l'utilité de le faire, puisqu'ils ne souhaitent pas rester ici », explique le Dr Maarouf Alobeid, un médecin syrien qui a vécu en Grèce pendant 30 ans et a soigné la petite Leima. Avec d'autres personnes de la communauté syrienne, le médecin apporte de la nourriture et des médicaments à la famille.

Il dit que la crise économique qui sévit en Grèce depuis cinq ans décourage de nombreux réfugiés syriens à rester dans le pays. Ils ne reçoivent que peu de soutien des autorités, dit-il, et nombre d'entre eux préfèrent poursuivre leur route vers d'autres pays européens où ils ont de la famille.

Toutefois, cette situation peut poser problème, explique Laurens Jolles du HCR. « Il est très difficile pour ces personnes de se déplacer légalement en Europe », précise-t-il. « Les politiques européennes pour le regroupement familial doivent être plus souples, en particulier en cas de situation d'urgence comme celle à laquelle nous sommes confrontés dans le cadre de l'exode de réfugiés syriens.

Rajaa a le sentiment qu'elle ne peut plus faire marche arrière - sa maison en Syrie a été détruite par des tirs d'artillerie - et qu'elle ne peut pas aller de l'avant. Elle aimerait rejoindre son fils aîné de 22 ans qui est un réfugié reconnu dans un autre pays européen, mais la réglementation européenne actuelle ne le lui permet pas.

En regardant son unique bougie dans ce sous-sol froid, elle soupire : « Seul Dieu peut nous aider ».

Par Ketty Kehayioylou à Athènes, Grèce