Réfugiés sud-soudanais en Ouganda : des femmes et des enfants seuls

Le HCR fait son possible pour couvrir les besoins spécifiques des réfugiés sud-soudanais dans le nord de l'Ouganda, parmi lesquels les hommes sont en minorité.

Adau, âgée de 65 ans, est arrivée ce mois-ci au centre de Dzaipi avec neuf proches, y compris des enfants et des petits-enfants, alors que son mari est resté au pays.   © HCR/F.Noy

ADJUMANI, Ouganda, 20 janvier (HCR) - Parcourez à pied le centre de transit de Dzaipi au nord de l'Ouganda et vous verrez des milliers d'enfants courir de toutes parts, des tentes remplies de femmes enceintes, de jeunes mères avec leur nouveau-né et des femmes âgées qui se reposent sous les arbres. Mais vous ne verrez pas beaucoup d'hommes.

Les femmes et les enfants composent la vaste majorité de la population réfugiée qui compte près de 50 000 personnes ayant fui les combats au Soudan du Sud pour devenir des réfugiés en Ouganda, le pays voisin. Beaucoup sont devenus des veuves ou des orphelins du fait des affrontements entre les forces loyales au Président Salva Kiir et son ancien adjoint Riek Machar, ainsi que d'autres conflits déchirant depuis 2012 le plus jeune Etat au monde.

« Il y a eu beaucoup de morts durant les combats, nous avons beaucoup de veuves et d'orphelins », indique Elijah Daniel Aber Bol Deng, un réfugié âgé de 24 ans. « Beaucoup d'hommes sont morts. »

Nawal Ali Dut, 24 ans, le sait. Avant de venir ici, elle était déjà une réfugiée à Juba, la capitale du Soudan du Sud, depuis le Soudan, l'Etat voisin au nord. Son mari, un soldat soudanais, avait été tué en 2011, et les autres membres de la famille sont morts durant des raids aériens menés contre sa région natale, les montagnes de Nuba.

Lors de l'éruption des combats à Juba le mois dernier, avec ses deux jeunes enfants, elle a été forcée de se mettre en quête d'un nouvel abri. Comme son dialecte est différent de celui parlé par les réfugiés majoritairement dinka au centre de transit de Dzaipi, elle se sent isolée.

«Je n'ai personne pour me protéger quand les gens se battent ni pour m'aider à construire une maison », dit-elle. « Je suis toute seule et c'est très dur. » Après avoir eu vent de son sort, le HCR lui a présenté sept autres familles Nuba dans le centre et ils ont commencé à partager une tente commune - et la vie quotidienne.

D'autres femmes et enfants sont seuls parce que les hommes de leur famille les ont laissés dans ce havre de sécurité et ensuite ils sont rentrés chez eux au Soudan du Sud. L'un d'entre eux s'appelle Chol Bok, âgé de 27 ans. Il a laissé sa famille ici au centre de transit de Dzaipi. « Je vais revenir », explique-t-il. « Comment puis-je rester ici et fuir mon pays alors que je suis un homme ? C'est mon pays, je dois rester. »

Le HCR et ses partenaires, y compris les autorités ougandaises, tentent de transférer les réfugiés sud-soudanais depuis le centre de transit de Dzaipi vers des installations où ils peuvent recevoir une meilleure protection. Le HCR fournit aux nouveaux réfugiés dans le nord de l'Ouganda un abri, de la nourriture, de l'eau, des soins de santé et une protection de base avec le soutien de plusieurs ONG et partenaires des Nations Unies.

Les enfants qui arrivent seuls sont logés dans une tente séparée par des bénévoles de la Croix-Rouge ougandaise, qui les aident à obtenir l'aide à laquelle ils ont droit, de la nourriture et de l'eau. Le HCR étudie comment aider les femmes à construire des maisons une fois qu'elles sont arrivées dans les installations.

Les hommes qui se trouvent dans le camp sont souvent regroupés sous les arbres ou à l'extérieur des tentes pour discuter de la situation politique au Soudan du Sud. Via des appels téléphoniques, des émissions de radio et par le bouche à oreille, ils suivent de près la politique dans leur pays d'origine.

Gabriel, 28 ans, explique que la seule façon d'avancer, c'est la paix mais que tout le monde n'en a pas encore pris conscience. « Pour nous qui sommes allés à l'école, nous apprécions l'unité », dit-il. « Ceux qui n'y sont pas allés aiment plutôt le conflit. »

Le Pasteur Joseph Atem plaide pour la paix et la réconciliation dans une église temporaire qu'il a établie à l'entrée du centre de transit de Dzaipi. Lors de la messe, le dimanche matin, il prêche le pardon. Pendant la semaine, il se promène parmi les résidents, écoute les problèmes des réfugiés et explique comment la paix peut revenir au Soudan du Sud.

Élijah, âgé de 24 ans, ne veut pas rester réfugié toute sa vie. Il préférerait aider à façonner un pays paisible, sans querelles meurtrières entre politiciens. « Nous cherchons simplement pour la paix - nous ne voulons pas de décès à cause de la mauvaise gestion du pays », dit-il. « La gestion du pays ne tient pas seulement sur une seule personne, nous devons tous y participer. Nous formons un seul peuple et nous nous devons d'être unis. »

Par Lucy Beck au Centre de transit de Dzaipi, Adjumani, Ouganda