République centrafricaine : L'importance de l'éducation

Le pire pour les jeunes réfugiés centrafricains au nord de la RDC, c'est de ne pas pouvoir continuer leur éducation.

Des enfants réfugiés centrafricains dans une classe primaire de la province Equateur en République démocratique du Congo. Accéder à l'éducation secondaire et à l'université est plus difficile.   © HCR/C.Schmitt

CAMP DE MOLE, République démocratique du Congo, 31 janvier (HCR) - Le pire pour les jeunes réfugiés centrafricains arrivés au nord de la RDC, c'est qu'ils sont déscolarisés. Ceux qui, comme Yesson, étaient au lycée ou à l'université avant de devoir fuir, en 2013, la République centrafricaine pour sauver leur vie.

« Nous pensions qu'il y aurait des écoles et des universités ici », explique ce jeune homme de 25 ans au HCR dans le camp de réfugiés de Molé, qui est situé à 35 kilomètres de la grande ville la plus proche - Zongo - et qui abrite plus de 9 000 réfugiés. Parmi eux se trouvent 1 000 jeunes qui, dans leur pays, étaient au lycée ou à l'université.

Il y une école primaire dans le camp de Molé, où le programme enseigné en République centrafricaine est actuellement dispensé à 650 enfants. L'école est en cours d'agrandissement pour pouvoir accueillir un effectif supplémentaire de 650 élèves qui sont arrivés depuis le 5 décembre, lors de l'éruption de violences intercommunautaires en République centrafricaine. Mais il n'y a aucun lycée.

Yesson attendait peut-être un peu trop du réseau d'écoles, de collèges et d'universités dans cette région reculée, sous-développée et démunie qu'est la province Equateur en RDC. Toutefois son inquiétude est bien réelle concernant son éducation pour les adolescents et les jeunes adultes qui habitent à Molé ou ailleurs. Et elle est partagée par le HCR et ses partenaires.

Stefano Severe, le Représentant régional du HCR basé à Kinshasa, explique qu'il est prioritaire pour le HCR de trouver un moyen afin que les réfugiés continuent leur éducation. « C'est important pour eux de bâtir leur avenir », ajoute-t-il, tout en notant que l'éducation est importante non seulement pour acquérir des connaissances, mais aussi pour occuper les jeunes de façon constructive.

« Nous avons beaucoup d'expérience dans la gestion des camps de réfugiés et nous savons que le désoeuvrement des jeunes peut avoir un impact négatif sur l'atmosphère dans un camp. S'ils s'ennuient, il y a aussi un risque de manipulation et ils peuvent être tentés de rejoindre des groupes armés en République centrafricaine », prévient-il.

De nombreux réfugiés, plutôt désoeuvrés, regrettent de ne plus pouvoir étudier au lycée ou l'université. « Nous ne supportons pas cette situation. C'est très ennuyeux que nous ne puissions pas étudier, que ce soit au niveau personnel ou pour notre pays. Nous ne progressons plus », explique Yesson, qui étudiait la comptabilité et la gestion dans un collège privé de Bangui, la capitale centrafricaine située non loin, avant de traverser le fleuve Oubangui vers Zongo en octobre dernier. « Je me lève le matin et je ne fais rien jusqu'au soir », déclare-t-il.

La plupart des étudiants à Molé sont originaires de zones urbaines, principalement Bangui, et les plus âgés trouvent qu'il est difficile de vivre dans une région rurale, avec peu ou pas d'éducation ou d'opportunités d'emploi.

Lamine Diop, le chef du bureau du HCR sur le terrain à Zongo, reconnaît que l'accès à l'éducation secondaire et tertiaire est un problème. « Nous examinons comment quelque 700 élèves du secondaire pourraient continuer leurs études », dit-il, en appelant les partenaires du HCR à l'aide. Dans le camp de réfugiés de Boyabu, également dans la région Equateur, le HCR fait son possible pour inscrire des réfugiés dans l'école secondaire située non loin.

Tout en recherchant des solutions, le HCR construit un cyber café pour que ces élèves assoiffés de connaissances aient accès à l'information via Internet au camp de Molé. C'est une évolution positive et les jeunes s'en réjouissent, mais ils veulent davantage

« Ce serait quand même mieux de pouvoir inscrire les étudiants à l'université », explique un étudiant de 23 ans, Cédrick. « L'apprentissage à distance est également une solution. Quand vous disposez d'une connexion [Internet], vous avez une ouverture sur le monde. »

Il a également appelé à la création d'un centre culturel avec une bibliothèque. Toutefois, pour eux, le rêve le plus cher est de pouvoir quitter Molé pour étudier à Kinshasa, la capitale de la RDC, ou à l'étranger. Au lieu de cela, explique Emmanuel Kouzouaki Yondo, Président du Comité de réfugiés à Molé, beaucoup des personnes qualifiées « sont victimes de la pénurie d'emplois pour les jeunes. »

Au fond, la plupart des jeunes réfugiés souhaitent que le conflit se termine au plus vite pour pouvoir rentrer et reprendre leurs études afin de commencer une carrière dans leur pays d'origine. « Je me demande quand ce cauchemar va finir », dit Cédrick, pessimiste et déprimé.

La République démocratique du Congo accueille près de 60 000 réfugiés centrafricains, dont environ la moitié vit dans quatre camps de réfugiés. Les autres sont hébergés par des familles. Avec le nouvel afflux depuis le 5 décembre, la population réfugiée a augmenté significativement dans certains camps. A Molé, elle est passée de 4 000 à 9 000 en un peu plus d'un mois.

Par Céline Schmitt au Camp de réfugiés de Molé, République démocratique du Congo