Une mère somalienne attend de revoir ses enfants en Suisse

Nimo est émue quand elle parle de ses quatre enfants désormais non accompagnés dans un camp de réfugiés en Ethiopie. Mais les nouvelles sont bonnes.

Nimo ne peut retenir ses larmes quand elle pense à ses enfants restés en Ethiopie.  © HCR/S.Hopper

GENÈVE, 24 janvier (HCR) - Nimo, une réfugiée somalienne âgée de 26 ans, porte un voile bleu turquoise et un haut rouge et blanc. On pourrait penser qu'elle est gaie et enjouée.

Toutefois, à l'évocation de ses enfants, ses grands yeux ronds se remplissent de larmes et elle commence à balancer sa tête d'avant en arrière. « C'est difficile pour moi de parler de mes enfants. Ils me manquent tellement. Quand je parle d'eux, je suis triste pendant plusieurs jours », explique-t-elle.

Jusqu'à récemment, ses quatre garçons (âgés entre huit et 15 ans) nés de l'union avec son premier mari aujourd'hui décédé, vivaient sous la garde de sa mère dans le camp de réfugiés d'Awbare, au nord-est de l'Ethiopie. Début novembre, durant l'une de ses dernières conversations téléphoniques régulières - et couteuses - pour avoir de leurs nouvelles, elle a été informée du décès de sa mère. Ses garçons vivent donc désormais livrés à eux-mêmes.

« Mes enfants sont sans parents et tout seuls. Personne n'en a la garde. Cela m'empêche de dormir ! » explique-t-elle dans un sanglot, durant une rencontre avec le HCR dans une ville au centre de la Suisse où elle vit avec ses deux derniers enfants nés en Suisse et leur père. « Je n'attends qu'une seule chose, c'est que nous soyons tous réunis », ajoute-t-elle.

Sa quête a commencé il y a cinq ans, lors de son arrivée en Suisse après avoir fui la Somalie avec son mari Saleban. Elle a reçu un soutien précieux et une aide juridique de la part de la Croix-Rouge suisse.

Bien que Nimo ait fui un pays déchiré par la violence et le conflit, elle n'a pas le droit au statut de réfugié en Suisse. Au lieu de cela, elle a reçu un titre de séjour provisoire au motif qu'un retour dans son pays mettrait sa vie en péril, même si ce n'est pas formalisé. De ce fait, elle ne peut pas exercer tous ses droits au contraire des réfugiés enregistrés.

Les personnes admises en Suisse avec un titre de séjour provisoire n'ont pas le droit de faire venir les membres de leur famille en Suisse, à moins de prouver qu'elles gagnent suffisamment d'argent pour subvenir aux besoins de la famille, ce qui est pratiquement impossible.

Le titre de séjour provisoire est considéré par beaucoup comme un abus du système d'asile suisse pour son titulaire qui se trouve dans un vide juridique, sans pouvoir faire valoir les traumatismes subis dans le passé, ni avoir aucune perspective d'avenir, ni être jamais pleinement accepté dans son nouveau pays.

Mais, pour Nimo, retrouver ses enfants est une mission d'amour qu'elle mène avec détermination. Celle-ci est en partie alimentée par un sentiment de culpabilité de ne pas avoir emmené ses quatre garçons plus âgés avec elle jusqu'en Europe.

Elle avait d'abord pensé à quitter la Somalie après que le père de ses quatre garçons ait été abattu, il y a plus de cinq ans, par un groupe armé à Mogadiscio, la capitale instable de la Somalie. Elle était inquiète de la sécurité et de l'avenir de ses fils s'ils restaient dans la ville déchirée par la guerre avec des perspectives d'avenir limitées.

Elle est restée et elle s'est mariée avec Saleban. Mais la situation sécuritaire s'est encore dégradée et, après maintes réflexions, elle a décidé de partir, à la fois pour la sécurité de ses enfants et pour leur avenir. Le couple avait des moyens limités et cela signifiait de laisser temporairement les quatre enfants auprès de la mère de Nimo. Ils prévoyaient de les faire venir plus tard.

Elle a toutefois découvert que la procédure pour le regroupement familial n'était pas aussi simple. Puis elle a appris les nouvelles inquiétantes de la mort de sa mère. Son coeur s'est encore serré lorsqu'elle a su que la soeur de son premier mari était en Ethiopie pour tenter de reprendre les garçons à Mogadiscio auprès de la famille. La dernière fois que son fils aîné, Ahmed, a rendu visite sur place à la famille de son père, il avait été emmené par la milice Al -Shabaab qui l'avait recruté en tant que soldat.

La communauté somalienne en Suisse s'est ralliée derrière Nimo et sa famille, en réunissant 2 000 dollars pour retrouver et sauver le garçon. Ahmed est maintenant en sécurité, de retour auprès de proches en Ethiopie.

Parallèlement, Nimo a reçu d'autres soutiens, notamment de la part du HCR. « Le HCR souhaiterait que les personnes fuyant les conflits et la violence bénéficient d'une véritable protection avec un permis de séjour en Suisse ou qu'elles puissent au moins exercer des droits similaires à ceux des réfugiés. Ce titre de séjour devrait permettre le regroupement familial et l'insertion de ces personnes dans la société pour qu'elles puissent subvenir à leurs besoins », déclare Pascal Schwendener, chargé des relations extérieures et basé à Genève.

Malgré les revers et le vide juridique qu'elle subit en Suisse, elle n'a pas renoncé à revoir ses garçons. « Je ne perds pas espoir ! » insiste-t-elle.

[A la publication de cet article, le HCR a appris que la Suisse avait accepté le regroupement familial de Nimo avec ses quatre garçons. Ils vont bientôt quitter une région aride de l'est de l'Ethiopie pour un avenir plus prometteur dans les montagnes suisses.]

Par Suzy Hopper à Genève, Suisse