L'ONU et ses partenaires livrent une aide d'urgence dans la ville assiégée de Homs

La « trêve humanitaire » à Homs permet l'évacuation de centaines de civils et une livraison d'aide, mais les convois et les travailleurs humanitaires essuient des tirs.

Des véhicules des Nations Unies précèdent le mouvement d'évacuation depuis la vieille ville de Homs.   © Croissant-Rouge arabe syrien à Homs/Bassel AlHafez

BEYROUTH, Liban, 11 février (HCR) - Plus de 1 100 civils ont bénéficié de la « trêve humanitaire » de trois jours ce week-end pour fuir le siège de la vieille ville de Homs, à l'ouest de la Syrie.

Selon des représentants des Nations Unies, le nombre de personnes évacuées - 1 151 selon le tout dernier comptage - a été plus important que prévu. Par ailleurs, c'était le premier résultat tangible des négociations sur la paix lancées en début de mois à Genève entre les différentes parties au conflit syrien. L'évacuation se poursuivait mardi.

Parmi les personnes évacuées, 336 hommes âgés de moins de 55 ans et de plus de 15 ans ont été interrogés par les autorités au centre collectif d'Andalous à Homs en présence d'employés du HCR en charge de la protection ainsi que de personnels de l'UNICEF et du Fonds des Nations Unies pour la population. Certains sont arrivés avec femmes et enfants. Plus de 40 d'entre eux ont été libérés et ils ont rejoint Al Waer, une banlieue de Homs.

Pendant ce temps, les employés des Nations Unies et de leurs partenaires ainsi que du Croissant -Rouge arabe syrien (SARC) ont livré de la nourriture et des médicaments grandement nécessaires aux civils pris au piège dans la vieille ville. Parallèlement, et ce qui ne fait que souligner la nature fragile des négociations, des civils et des travailleurs humanitaires ont été pris pour cible par des tirs nourris durant l'opération. Nombre d'entre eux ont été blessés.

Des négociations sont en cours pour étendre le cessez-le feu pendant trois autres jours afin de permettre aux travailleurs des Nations Unies et du SARC de venir en aide aux personnes qui restent encore à Homs. Cet effort intervient alors qu'un nouveau cycle de négociations à Genève a commencé ce lundi.

« Nous sommes très préoccupés par la situation humanitaire », a déclaré Tarik Kurdi, le Représentant du HCR en Syrie. « Nous aimerions que tous les civils aient la chance de sortir. Nous voulons aider à sauver autant de vies humaines que possible », a-t-il ajouté, alors que le chef du HCR se félicitait que des employés humanitaires aient pu entrer dans la vieille ville.

« Je tiens à rendre hommage à l'immense courage dont font preuve les volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien et le personnel des Nations Unies ayant participé à cet effort », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres, dans un communiqué. « Je suis particulièrement encouragé par la détermination de notre personnel dans leur tentative d'aider les personnes restées hors de portée de l'aide humanitaire », a-t-il encore indiqué. « Cela montre que même lors des nuits les plus sombres, il est possible d'offrir une lueur d'espoir. »

Samedi, les travailleurs humanitaires ont été pris pour cible par des tirs de fusil et de mortier. Quelque 83 civils ont pu quitter la vieille ville. Dimanche, un autre groupe de 592 personnes a réussi à fuir. Pour éviter des tirs de snipers, certains couraient littéralement vers la sécurité des véhicules des Nations Unies qui les attendaient.

Les employés des agences des Nations Unies - y compris le HCR, le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) - en collaboration avec le Croissant-Rouge arabe syrien ont rencontré les personnes déplacées après qu'elles aient fui la ville. Ils les ont transférées dans un centre de réception où elles ont reçu de la nourriture, des médicaments et une petite somme d'argent (135 dollars par personne).

Les travailleurs des Nations Unies se sont entretenus avec les nouveaux arrivants sur les conditions de vie dans la vieille ville de Homs, afin de mieux cibler l'aide pour les personnes qui y vivent toujours. Selon les termes de l'accord-cadre sur la trêve, les personnes qui étaient autorisées à partir étaient les personnes âgées (de plus de 55 ans), les femmes et les enfants. Les employés des Nations Unies ont rapporté que beaucoup étaient en mauvaise santé ainsi que profondément traumatisés par cette épreuve.

La vieille ville est assiégée depuis plus de 18 mois. Ceux qui en ont réchappé ont décrit les pénuries et des conditions proches de la famine. « Nous avions commencé à manger les mauvaises herbes et après, qu'aurions-nous mangé ? » a expliqué un vieil homme à un journaliste. « Nous avons commencé à broyer la coriandre, le blé et la cannelle. C'est ce que nous avons mangé, Dieu merci. Nous n'avons rien d'autre. Que devrions-nous manger : des animaux ou des chats ? »

Le deuxième jour de l'opération, ce week-end, quand le personnel des Nations Unies et du SARC ont tenté de pénétrer dans la vieille ville par un itinéraire préalablement convenu, en transportant à bord de leurs véhicules des kits d'hygiène, des colis d'aide alimentaire, des vaccins et des médicaments, leurs convois ont essuyé des tirs nourris, ainsi que par deux fois des tirs de mortier ou d'armes de ce calibre. Pendant plus de six heures, les équipes fournissant de l'aide et les personnes qui recevaient cette aide ont été pris pour cible, selon les Nations Unies.

Beaucoup d'entre eux ont été blessés, dont le conducteur de l'un des camions du SARC. Plus de 10 personnes sont mortes. Des centaines de personnes qui voulaient partir en ont été empêchées à cause des violences. Deux camions ont été endommagés au point qu'il a fallu les abandonner dans la vieille ville de Homs. Un second convoi a essuyé des tirs et deux autres camions ont été endommagés.

De ce fait, moins de la moitié du matériel de secours a atteint sa destination. Un haut responsable des Nations Unies a qualifié la journée de samedi comme une « journée en enfer. » Pourtant, les travailleurs humanitaires ont continué les livraisons de l'aide alimentaire le lendemain.

A travers la Syrie, des centaines de milliers de personnes survivent dans des villes difficiles d'accès ou assiégées. Par ailleurs, la semaine dernière, le HCR a démarré un pont aérien avec 13 rotations prévues depuis Damas, afin de livrer du matériel d'équipement contre les conditions hivernales et des médicaments à 50 000 civils déplacés dans le nord-est du pays. Durant la première rotation, l'avion-cargo transportait à son bord des centaines de boîtes de vaccins, des seringues, du sucre et solutions physiologiques salées. Le temps froid et humide a provoqué une augmentation des maladies respiratoires comme l'asthme et la grippe.

Par Andrew Purvis à Beyrouth, Liban