Arrivée massive de réfugiés syriens au Liban

Peu avant le troisième anniversaire du conflit, des rescapés de la toute dernière offensive arrivent au Liban, un pays déjà mis à rude épreuve par l'importante population réfugiée syrienne.

Cette réfugiée syrienne, Hind Al-Hussein, et ses trois enfants ont rejoint Arsal lors du tout dernier afflux de nouveaux arrivants.   © HCR/A.Purvis

ARSAL, Liban, 19 février (HCR) - Les yeux pleins de larmes, Alia Abdelkader, 65 ans, explique que son mari pourtant réticent était retourné en Syrie ce matin-là, tout juste quelques jours après l'arrivée du couple au Liban. Leur fille, qui est médecin gynécologue, a été prise au piège dans la ville assiégée de Yabroud avec ses deux enfants. Elle ne répond plus à son téléphone portable depuis cinq jours, alors son père est parti à leur recherche. Alia est en proie à une profonde inquiétude. Au sujet de sa propre fuite en exil la semaine dernière, elle explique : « Je prie Dieu pour que vous ne voyez jamais ce dont j'ai été témoin : Les obus tombaient comme la pluie. » Elle s'essuie les yeux avec un voile noir. « C'est un miracle que nous soyons sains et saufs. »

Alia compte désormais parmi plus de 10 000 Syriens ayant fui vers les montagnes du Liban une nouvelle offensive menée contre la ville de Yabroud et ses environs qui a commencé il y a tout juste une semaine. Les nouveaux arrivants font partie d'une deuxième vague de réfugiés qui fuient les combats survenant dans cette même région de Syrie, après un précédent afflux en novembre 2013.

« Nous sommes désormais confrontés à l'un des plus importants afflux de réfugiés de la Syrie vers le Liban depuis le début de la crise », a déclaré Rayan Koteiche, fonctionnaire libanais en charge de la liaison avec le HCR dans la vallée de la Bekaa, lors d'une interview. Des milliers d'hommes et de femmes attendaient non loin de recevoir du matériel de secours. Avec la poursuite des combats, a-t-il ajouté, d'autres sont attendus.

Étant donné l'ampleur de l'afflux, distribuer les biens de secours s'avère un réel défi. Le HCR et ses partenaires, notamment le Conseil danois pour les réfugiés, le Comité international de la Croix-Rouge et les ONG locales, érigent des abris, distribuent des couvertures ainsi que des vivres et couvrent les besoins essentiels. Les besoins sont énormes. « Maintenant, nous essayons que tout le monde ait un abri et soit au chaud durant la nuit », a déclaré Rayan Koteiche. Les nuits sont fraîches et allouer un abri est une priorité absolue.

Les nouveaux réfugiés arrivent dans une ville déjà mise à rude épreuve par le grand nombre d'arrivants ces derniers mois. Arsal compte habituellement 35 000 habitants. Or sa population dépasse 83 000 habitants depuis cette semaine - avec bien davantage de Syriens que de Libanais. Les centres communautaires, les mosquées et d'autres « abris collectifs » sont surpeuplés depuis bien longtemps. À travers la ville, un patchwork de tentes bleues et blanches et d'abris improvisés remplit tout espace en plein-air. Certains parmi les nouveaux arrivants vivent dans des camionnettes et à l'arrière de camions. Avec ce nouvel afflux, le nombre de colonies de tentes informelles dans la ville est passé de six à plus de 30.

Ce tout dernier exode depuis la Syrie a cru lors de l'intensification des bombardements dans la nuit du 12 février. Hind Al-Hussein est la mère de trois enfants âgés de neuf mois à deux ans. Elle-même n'a pas encore 20 ans. Elle a fui avec ses enfants quand les bombardements ont commencé à Yabroud. « On nous a donné un préavis de 24 heures pour évacuer la zone », explique-t-elle. « J'ai pris les enfants avec moi et nous avons réussi à nous masser avec d'autres dans une camionnette. La zone a été fortement bombardée, vous ne savez pas d'où ça vient... Notre maison a été touchée à deux reprises. Mon mari m'a dit de prendre les enfants et de partir. Il ne pouvait pas venir avec nous. » Maintenant, elle attend qu'il les rejoigne à Arsal.

Pour éviter les bombardements, beaucoup de ceux qui fuient Yabroud passent par des chemins secondaires à travers les montagnes le long de pistes escarpées encore recouvertes de neige. Des camions et des motos de construction chinoise, qui sont des moyens de transports courants, arrivent à Arsal couverts de boue et transportant des matelas ainsi que d'autres objets empilés.

Pour de nombreux réfugiés, la fuite vers le Liban fait suite à plusieurs années de déplacement et de privations en Syrie. Hind Al- Hussein, par exemple, était déjà déplacée dans son propre pays. Originaire de Homs, elle a fui à Yabroud il y a sept mois. Son mari, qui est mécanicien, ne pouvait pas trouver du travail et la famille subsistait avec du pain sec et des dons effectués par des voisins. Deux de ses trois enfants, a-t-elle indiqué à un journaliste, étaient déjà faibles et malades avant d'effectuer le voyage de nuit qui a duré huit heures vers le Liban.

Alia Abdelqadir a réussi à rester dans son village natal à la périphérie de Yabroud jusqu'à l'éruption des tout derniers combats. Plus tôt ce mois-ci, les bombes qui tombaient auparavant près de son village ont commencé à toucher le village lui-même. Alors, elle a été forcée de fuir le pays où elle avait passé toute sa vie. Cinq enfants ont réussi à accompagner Alia et son mari quand ils se sont échappés à bord d'une camionnette bondée vers Arsal la semaine dernière. Maintenant, chaque jour, elle attend et prie pour que son mari, sa fille et leurs petits-enfants puissent les rejoindre en exil.

Par Andrew Purvis à Arsal, Liban