Des travailleurs centrafricains qualifiés et des étudiants trouvent abri au Tchad

Depuis décembre, le Tchad abrite 16 000 personnes évacuées depuis Bangui vers N'Djamena, dont plus de 1 000 Centrafricains.

Un groupe de réfugiés centrafricains lors de leur arrivée à N'Djamena après l'évacuation depuis Bangui par avion.   © HCR/M.Farman-Farmaian

N'DJAMENA, Tchad, 5 mars (HCR) - Ces trois derniers mois, les autorités tchadiennes ont accueilli à N'Djamena environ 16 000 personnes qui avaient fui la persécution pour des motifs religieux ainsi que les violences sévissant en République centrafricaine voisine.

La plupart des individus arrivés dans la capitale tchadienne sont des ressortissants ou des réfugiés tchadiens. Par ailleurs, plus de 1 000 autres sont des Centrafricains ou des ressortissants d'autres pays. Ce sont principalement des personnes instruites et vivant en milieu urbain qui ont réussi à prendre l'avion au départ de Bangui en pleine confusion durant l'évacuation. La liaison par avion a depuis été suspendue par le Tchad, en date du 20 février. Mais beaucoup d'autres continuent d'arriver par la route.

Le HCR et la Commission nationale pour l'accueil et la réintégration des réfugiés et des rapatriés ont mené des entretiens et ont préenregistré ces personnes dans huit centres de transit localisés à N'Djamena, dont le centre de transit n°3 dans le quartier Paris-Congo.

« Beaucoup sont déjà partis, mais ils n'ont nulle part où aller », a déclaré Dario Neloumia qui dirige ce centre, bondé, tout en ajoutant qu'environ 600 personnes y sont actuellement hébergées.

Le HCR organise le transfert vers des camps de réfugiés au sud du Tchad pour ceux qui le souhaitent comme Yaya, 35 ans, qui travaillait pour une multinationale à Bangui afin de subvenir à ses besoins en tant qu'étudiant adulte pour préparer un diplôme de sociologie. « Il me reste encore une année à faire », a déclaré ce Centrafricain, qui est musulman comme la plupart des personnes ayant fui vers le Tchad.

Les personnes ne voulant pas rejoindre des camps comme Dosseye près de la frontière avec la République centrafricaine au sud du pays peuvent rester à N'Djamena, au sein de familles d'accueil ou dans des logements loués. Les autorités envisagent d'ouvrir des sites spécifiques pour les personnes démunies qui souhaitent également rester. Le personnel du HCR se tient au courant de la situation de tous les réfugiés enregistrés.

Les conditions au centre de transit n°3, ou TC3, sont précaires mais, au moins, les nouveaux arrivants se sentent en sécurité, loin de la violence et du danger à Bangui où des centaines de milliers de personnes sont déplacées et beaucoup sont dans le besoin. D'autres pays ont également évacué leurs ressortissants. Le HCR et l'Organisation internationale pour les migrations ont déjà rapatrié des centaines de réfugiés dans leurs pays d'origine cette année.

Il règne une odeur âcre d'excréments au TC3. Des enfants courent partout et des femmes sont assises sur des nattes de paille près des rares effets personnels qu'elles ont réussi à sauver : de la literie, des marmites ou des valises fatiguées.

Yaya a pu monter par hasard à bord de l'un des avions lors de l'évacuation, après avoir été envoyé à l'aéroport par son entreprise pour aider à charger un avion-cargo. « Il y avait des milliers de personnes qui attendaient de monter à bord d'un avion », a-t-il expliqué. « Je chargeais des colis et j'ai réussi à rester dans un avion-cargo transportant du matériel de l'Ambassade tchadienne [à Bangui] vers N'Djamena. »

Comme beaucoup d'autres, Yaya aimerait rentrer chez lui un jour. « En ce moment, il y a trop de haine et de combats », a-t-il déclaré. « J'ai vu sur Facebook un message écrit par une connaissance qui se trouve toujours là-bas. On pouvait lire : 'Maintenant que vous, les Musulmans, vous êtes partis, nous nous sentons comme de vrais Centrafricains'. Comment pouvons-nous alors continuer à vivre ensemble ? »

Pour l'instant, Yaya a choisi d'être transféré vers un camp. « J'ai d'abord besoin de me poser et de réfléchir. Je vais probablement retourner à N'Djamena pour trouver un emploi », a-t-il indiqué, ajoutant qu'il aurait besoin de gagner sa vie pour subvenir à ses propres besoins et à ceux de membres de sa famille élargie, qui devraient bientôt arriver dans le sud du Tchad. Sa femme se trouve également à N'Djamena, mais dans un centre de transit différent. Ils espèrent bientôt se retrouver au camp de Dosseye.

Yaya est l'un des nombreux arrivants instruits et provenant d'un milieu urbain qui ont rejoint le Tchad. Ceci ajoute une nouvelle dimension au profil de la population de réfugiés centrafricains qui se trouvent dans les camps du sud du pays. Cette population est composée essentiellement d'agriculteurs et d'éleveurs de bétail.

Des infirmières, des étudiants, des enseignants, des travailleurs humanitaires en ONG et bien d'autres font partie des arrivants à Bangui. Le HCR étudie les moyens d'aider ce groupe de personnes qualifiées, notamment par l'éducation et des possibilités d'emploi.

« Ces réfugiés devraient pouvoir utiliser à volonté leurs compétences. Alors, non seulement ils retrouveront rapidement leur dignité et leur indépendance, mais aussi ils pourront contribuer au développement de leur nouvel environnement », a souligné Aminata Gueye, Représentante du HCR au Tchad.

*Noms fictifs pour des raisons de protection

Par Massoumeh Farman-Farmaian à N'Djamena, Tchad