Le HCR et le PAM rassurent les réfugiés à Maban sur les livraisons de vivres

Les chefs de ces agences au Soudan du Sud ont rencontré des représentants de réfugiés pour les rassurer sur les livraisons de vivres malgré l'insécurité.

Une mère déplacée avec son bébé malnutri dans le comté de Maban au Soudan du Sud.   © HCR/P.Rulashe

Comté de Maban, Soudan du Sud, 2 juin (HCR) - Nadia Turimbil ne mâche pas ses mots : « Dans la région du Nil Bleu, ma famille et moi avons fui les Antonov. Dans l'Etat de Maban, c'est la faim qui nous fait souffrir. »

La comparaison est frappante. Nadia associe les avions de chasse qui l'avaient forcée à fuir son village du Soudan avec les récentes pénuries alimentaires dans le comté de Maban au Soudan du Sud. Elle y est un membre actif et éloquent du comité des femmes au camp de réfugiés de Gendrassa.

La semaine dernière, elle faisait ce récit à Cosmas Chanda, le Représentant du HCR au Soudan du Sud, et à Michael Sackett, le Directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) au Soudan du Sud, qui étaient en visite sur place. Ils étaient venus à Maban dans le nord-est du Soudan du Sud pour discuter avec les réfugiés et les organisations humanitaires des défis liés à l'acheminement des vivres depuis Juba, la capitale, vers d'autres localités dans le contexte d'insécurité au Soudan du Sud.

Nadia leur montre du doigt un groupe d'enfants qui se trouvaient non loin et qui écrasaient des fourmis volantes, apparues depuis le sol après les récentes pluies. « Ceci », explique Nadia à son auditoire captivé, « c'est ce que les enfants collectent pour compléter le peu de nourriture que nous recevons. »

L'insécurité a commencé en décembre dernier et elle a affecté des dizaines de milliers de civils, y compris quelque 126 000 réfugiés soudanais hébergés dans des régions reculées de l'Etat de Maban. Depuis février, ils n'ont pas suffisamment de vivres et leur santé en est affectée.

Les réfugiés ont reçu une ration de sept jours en mars dernier, puis de la nourriture pour une période de 10 jours en avril et, enfin, des vivres pour 20 jours en mai. Au cours de la réunion de mercredi avec les représentants des réfugiés des quatre camps du comté de Maban : Doro, Kaya, Yusuf Batil et Gendrassa - le PAM leur a assuré faire tout son possible pour leur fournir une ration alimentaire complète de 30 jours en juin.

« En Ethiopie, des discussions sont en cours pour résoudre les problèmes au Soudan du Sud. Toutefois l'insécurité affecte toujours les défis logistiques pour l'acheminement des vivres et d'autres articles d'aide humanitaire. Les livraisons de nourriture et d'autres fournitures essentielles ne s'effectuent pas en temps voulu », déclare Cosmas Chanda. « Néanmoins, le PAM continue de rechercher comment livrer de la nourriture à Maban. »

Selon Michael Sackett, le PAM adopte une approche à plusieurs volets pour faire parvenir de la nourriture vers Maban. Cela comprend notamment l'affrètement d'un avion-cargo pour transporter des vivres depuis des entrepôts du PAM en Ethiopie et à Juba. Dans la sécurité, il est possible de procéder à des livraisons de sorgho par camion depuis Renk et le comté de Melut.

Le PAM procède actuellement, à Juba, au chargement de son premier convoi fluvial sur le Nil. Ce mode de transport permet d'acheminer de grandes quantités de nourriture à moindre coût. De plus, le PAM devrait bientôt conclure des discussions avec les autorités soudanaises pour rétablir la circulation transfrontalière des cargaisons de matériel humanitaire.

Parallèlement, le HCR et d'autres agences humanitaires étudient la possibilité pour les réfugiés de procéder à des cultures pour subvenir à leurs besoins en vivres. Le commissaire du comté de Maban a alloué aux réfugiés du camp de Kaya un terrain à cultiver d'une superficie d'un peu plus de cinq kilomètres carrés.

Le HCR progresse également, en collaboration avec la communauté d'accueil et les autorités locales, pour identifier des terrains agricoles dans les camps de Gendrassa, Doro et Yusuf Batil, où la communauté d'accueil voisine a généreusement donné aux réfugiés plus de huit kilomètres carrés de terres à proximité.

Par le biais d'agences humanitaires, le HCR a acquis plus de 45 tonnes de semences qui seront attribuées aux réfugiés lors de la distribution alimentaire prévue la semaine prochaine. « Il faut assurer que les réfugiés procèdent aux plantations et qu'ils ne mangent pas les graines pour compenser le manque de nourriture », explique Cosmas Chanda.

Dans le cadre de sa livraison annuelle d'articles non alimentaires avant l'intensification de la saison des pluies, le HCR distribuera également des couvertures en laine polaire, des nattes de couchage, des jerrycans, des seaux, des moustiquaires, des bâches en plastique et du savon. Cette distribution s'effectuera immédiatement après la distribution de nourriture, pour que les réfugiés ne soient pas tentés de vendre les articles afin d'acheter de la nourriture.

Cosmas Chanda du HCR espère qu'avec les assurances du PAM pour la distribution de nourriture de juin, les réfugiés utiliseront les semences et les articles non alimentaires comme prévu. « La livraison de vivres a de nombreux effets », indique-t-il. « Bien que nous apprécions et soutenions le PAM dans ses efforts pour changer la situation, il était très important de rencontrer des réfugiés pour qu'ils nous expliquent leurs préoccupations. En effet, nous allons continuer à travailler pour régler ce problème jusqu'à ce que la ration de 30 jours soit rétablie ».

Ces paroles ont soulagé Nadia : « Tout ce que nous pouvons faire maintenant, c'est prier. Nous espérons le rétablissement de la paix dans ce pays ainsi que la fin des souffrances et des difficultés que nous endurons actuellement. »

Par Pumla Rulashe dans le comté de Maban au Soudan du Sud