HCR : Plus de 20 000 personnes ont risqué leur vie dans l'océan Indien pendant la première moitié de 2014

Ceci est un résumé des déclarations du porte-parole du HCR Adrian Edwards – à qui toute citation peut être attribuée – lors de la conférence de presse du 22 août 2014 au Palais des Nations à Genève.

Selon un nouveau rapport HCR sur les mouvements maritimes irréguliers en Asie du Sud-Est, 20 000 personnes ont risqué leur vie lors de traversées maritimes au cours de la première moitié de l'année. Beaucoup sont des Rohingyas qui ont fui le Myanmar et qui sont arrivés dans la région. Ils souffrent des effets de la malnutrition et de la maltraitance dont ils ont été victimes pendant le voyage. Plusieurs centaines de personnes ont aussi été interceptées sur des bateaux se dirigeant vers l'Australie.

Le rapport a été produit par une nouvelle unité chargée de la surveillance des mouvements maritimes au Bureau régional du HCR à Bangkok, qui recueille ses informations à partir de différentes sources : entretiens directs, articles de presse, partenaires et gouvernements. Le rapport concerne les navires partant du golfe de Bengale ou d'ailleurs et traversant l'Asie du Sud-Est. Il décrit les préjudices subis par les personnes pendant leur voyage et passe en revue tout fait nouveau relatif à l'opération « Sovereign borders » en Australie. Selon le rapport, plus de 7 000 demandeurs d'asile et réfugiés qui ont voyagé par bateau sont actuellement répartis dans des centres de détention de la région, y compris 5 000 en Australie ou dans ses centres extraterritoriaux pour le traitement des demandes à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

En raison de la nature clandestine de l'activité, il est difficile de déterminer l'ampleur réelle de la traite des personnes. Cependant, après avoir interrogé longuement les survivants, nos équipes ont fini par découvrir ce qui se passait pendant le long et pénible voyage au départ du Myanmar ou du Bangladesh et à destination de la Thaïlande, de la Malaisie, de l'Indonésie ou au-delà.

Cette évolution intervient dans le contexte d'un cadre de protection très compliqué pour les réfugiés dans la région. Certains États, comme la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie, ne sont pas signataires de la convention relative au statut des réfugiés et ne disposent pas d'un cadre juridique officiel pour résoudre les questions relatives aux réfugiés. Les réfugiés qui n'ont pas de statut juridique risquent souvent d'être arrêtés, détenus et expulsés conformément aux lois sur l'immigration. De plus, l'absence de statut juridique fait qu'il est impossible pour un réfugié d'exercer légalement un emploi et elle met de nombreuses personnes, y compris des femmes et des enfants, dans des situations où elles sont exploitées et vulnérables.

Myanmar/Bangladesh

Selon le rapport, 53 000 personnes seraient parties par mer, de façon irrégulière, depuis le golfe de Bengale durant les 12 derniers mois avant fin juin 2014, ce qui représente une augmentation de 61 pour cent par rapport aux douze mois précédents. Dans les deux années ayant suivi la flambée de violence intercommunautaire en juin 2012 dans l'État de Rakhine (Myanmar), quelque 87 000 personnes, la plupart des Rohingyas, mais aussi des Bangladais, auraient entrepris la périlleuse traversée en quête de sécurité et de stabilité.

La saison principalement favorable à la navigation demeure la période allant du mois d'octobre au premier trimestre de l'année, car la mer est plus calme. Les points de départ ont surtout été Teknaf au Bangladesh et Maungdaw au Myanmar, mais certaines embarcations sont également parties de Sittwe. Généralement, les passagers étaient transbordés depuis des petites embarcations vers de gros bateaux de pêche ou des cargos pouvant accueillir jusqu'à 700 personnes. La plupart étaient des hommes, mais il y a eu aussi un nombre grandissant de femmes et d'enfants, qui étaient habituellement retenus dans des quartiers séparés.

La plupart des passagers que nos équipes ont interrogés ont dit avoir payé entre 50 et 300 dollars américains pour monter à bord des bateaux et qu'ils avaient passé en moyenne une ou deux semaines en mer. Certains ont attendu jusqu'à deux mois que leur bateau prenne davantage de passagers. De nombreux passagers ont dit avoir été malades pendant la traversée. Selon des informations non confirmées, la maladie, la chaleur, ainsi que le manque d'eau et de nourriture, auraient provoqué le décès de passagers; d'autres auraient été battus à mort après avoir tenté de bouger. Certains passagers, désespérés, auraient sauté par-dessus bord. Selon un témoignage, d'autres seraient portés disparus après avoir été forcés de gagner la terre ferme à la nage, leur bateau approchant de la côte thaïlandaise.

Thaïlande

En Thaïlande, les survivants des voyages en mer ont dit qu'ils avaient été entassés dans des camionnettes la nuit et forcés de s'asseoir ou de s'allonger au-dessus de jusqu'à 20 autres personnes. Ils ont été amenés à des camps de passeurs situés dans les collines, la jungle ou les plantations. Des centaines de personnes ont été séquestrées, pendant jusqu'à six mois, derrière des clôtures en bois, n'ayant que des bâches de plastique pour dormir.

Beaucoup de survivants ignoraient qu'il leur faudrait verser plus d'argent, généralement entre 1 500 et 2 200 dollars américains, pour être libérés. Ils ont été obligés d'appeler des proches au Myanmar, au Bangladesh ou en Malaisie pour leur demander d'envoyer de l'argent, en monnaie forte, par virement bancaire ou paiement par téléphone mobile. Les personnes incapables de payer étaient battues et détenues pendant plus longtemps.

Les survivants de cette épreuve ont raconté à nos équipes que des personnes dans ces camps de passeurs étaient décédées des suites d'une maladie ou des blessures qu'elles auraient subies. Certains ont perdu leurs capacités sensorielles et leur mobilité à cause du béribéri, maladie provoquée par la malnutrition, en particulier une carence en vitamine B1. Trois personnes étaient effectivement paralysées et avaient été abandonnées par les passeurs lorsque les autorités thaïlandaises ont pénétré dans leurs camps. Les camps en question n'existent plus, mais d'autres camps fonctionneraient toujours.

Au début du mois de juillet, 233 Rohingyas étaient toujours retenus dans des centres de détention d'immigrants ou des foyers d'hébergement thaïlandais. Le HCR tente de trouver des solutions de remplacement à la détention avec ses homologues gouvernementaux et d'autres parties concernées. Entretemps, nous fournissons de l'aide matérielle au groupe et nous l'informons des risques liés à l'utilisation des réseaux de passeurs. Nos équipes travaillent aussi avec les autorités et l'UNICEF pour permettre aux enfants de fréquenter les écoles locales après avoir suivi des cours intensifs de langue thaïlandaise. Les personnes vulnérables, y compris les enfants non accompagnés, font l'objet d'une attention spéciale; nos équipes s'efforcent de répondre à leurs besoins particuliers.

Malaisie

En Malaisie, le HCR a eu accès à 230 personnes qui sont arrivées directement par bateau entre les mois de janvier et juin, ainsi qu'à d'autres personnes qui ont débarqué en Thaïlande et qui ont ensuite traversé la frontière terrestre avec la Malaisie. Au total, plus de 4 700 Rohingyas ont été enregistrés pendant cette période, y compris 375 enfants non accompagnés et séparés. À la fin du mois de juin, plus de 38 000 Rohingyas au total s'étaient enregistrés auprès du bureau du HCR en Malaisie, depuis la fin des années 1990.

La santé physique et les besoins des nouveaux arrivants en matière de protection demeurent particulièrement préoccupants. Au cours de la première moitié de l'année, nous avons vu 144 Rohingyas présentant des symptômes de béribéri. Le HCR a fourni des suppléments de vitamines en guise de traitement d'urgence et il oriente les malades vers les prestataires de soins de santé. Deux Rohingyas sont décédés à l'hôpital moins d'une semaine après être entrés en contact avec le HCR.

Indonésie

Soixante Rohingyas ont contacté le HCR en Indonésie entre les mois de janvier et juin, ce qui représente une baisse de presque 90% par rapport à la même période l'année dernière. À la fin du mois de juin 2014, il y avait 951 Rohingyas enregistrés auprès du HCR; il s'agit surtout de personnes arrivées au cours des années précédentes. La plupart des personnes seraient arrivées par bateau de Malaisie, avec d'autres arrivants de diverses nationalités.

Australie

Au cours de la première moitié de l'année, neuf bateaux se dirigeant vers l'Australie et ayant plus de 400 personnes à leur bord ont été interceptés par les autorités australiennes dans le cadre de l'opération australienne « Sovereign borders ». Sept bateaux ont été refoulés vers l'Indonésie. Un bateau comptant 41 passagers à son bord a été refoulé vers Sri Lanka après la mise en oeuvre, par le gouvernement, de procédures accélérées pour le traitement des demandes d'asile. Les 157 passagers d'un autre bateau parti depuis l'Inde ont été transférés vers Nauru dans l'attente d'une décision de la Haute cour australienne sur la façon de traiter leurs demandes d'asile.

Le rapport en version anglaise peut être consulté à l'adresse suivante : www.unhcr.org/53f1c5fc9.html