Des pénuries de fonds menacent l'aide vitale aux réfugiés syriens

Selon un rapport, une pénurie de fonds de 3,47 millions de dollars met en péril des programmes d'aide menés par l'ONU et ses partenaires.

Une famille syrienne originaire de Raqqa a trouvé la sécurité au camp de réfugiés de Suruc dans le sud de la Turquie.   © HCR/I.Prickett

AMMAN, Jordanie, 25 juin (HCR) - Les efforts pour l'aide humanitaire et le développement au bénéfice de 3,9 millions de réfugiés syriens et de plus de 20 millions de personnes vivant au sein de communautés hôtes dans les pays voisins sont mis en péril du fait d'une grave crise financière, a prévenu le HCR.

Selon un rapport publié à Amman jeudi par plus de 200 partenaires travaillant conjointement dans le cadre du Plan d'aide régionale pour les réfugiés et la résilience (3RP) en réponse à la crise syrienne, les programmes mis en oeuvre par l'ONU et les ONG dans le cadre de ce Plan sont mis en péril par une pénurie de fonds s'élevant à 3,47 milliards de dollars.

Le rapport 3RP a appelé la communauté internationale à agir rapidement pour respecter ses annonces de contribution. « Le manque de financement est important au point que nous risquons de ne pas pouvoir assurer une aide de survie pour des millions de personnes au cours des six prochains mois », a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés António Guterres.

António Guterres a également appelé à davantage de solidarité et de partage des responsabilités de la part de la communauté internationale « que ce que nous avons vu jusqu'à présent.»

On peut également lire dans le rapport que l'appel de fonds lancé en décembre dernier - qui s'élevait à 4,53 milliards de dollars pour financer les programmes mis en oeuvre par les agences de l'ONU et les ONG - n'était financé à la fin du mois de mai qu'à hauteur de 1,06 milliard de dollars, soit 23 pour cent.

De ce fait, quelque 1,6 million de réfugiés ont déjà vu leur aide alimentaire réduite cette année ; 750 000 enfants ne sont pas scolarisés. Par ailleurs, les services de santé vitaux sont trop chers pour beaucoup, y compris 70 000 femmes enceintes menacées d'un accouchement à risque.

Environ 86 pour cent des réfugiés en milieu urbain en Jordanie vivent en-dessous du seuil de pauvreté avec 3,2 dollars par jour, tandis que 45 pour cent des réfugiés au Liban vivent dans des abris de fortune.

Près de la moitié de toutes les personnes affectées par cette crise sont des enfants, dont beaucoup luttent pour surmonter la détresse causée par la violence et les bouleversements qu'ils ont vécus.

Les partenaires au plan 3RP ont averti que, si davantage de fonds n'étaient pas bientôt versés, jusqu'à 130 000 familles vulnérables ne recevraient pas l'aide de trésorerie qui les aide à répondre leurs besoins de base. Par ailleurs, les personnes vulnérables pourraient cesser de recevoir des bons alimentaires mensuels.

Si les fonds nécessaires ne sont pas reçus d'urgence, des prestations de distribution d'eau et d'assainissement des eaux usées pour des millions de personnes à travers la région seront également menacés. Jusqu'à 1,7 million de personnes pourraient devoir faire face à l'hiver, cette année, sans carburant, ni abri, ni isolation, ni couvertures, ni vêtements chauds.

A la mi-2015, avec moins d'un quart du financement nécessaire qui a été reçu et avec le matériel d'équipement contre les conditions hivernales qui devrait être prépositionné dès maintenant, les partenaires au plan 3RP ont d'urgence besoin de certitudes en termes de financement pour planifier et répondre en temps et en heure. L'année dernière, un certain nombre de personnes, dont des enfants, ont perdu la vie au cours de l'hiver le plus rude que la région ait vu depuis quatre décennies.

La crise syrienne a également eu des répercussions sociales et économiques majeures sur les pays d'accueil, qui restent confrontés de manière aigue à la crise et passent par des instabilités politiques, économiques, sociales et de sécurité. Maintenant, dans sa cinquième année, la crise syrienne a également un impact sur le développement et la sécurité au niveau mondial.

Helen Clark, Administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a déclaré que les leçons apprises ces quatre dernières années dans le cadre de la réponse à la crise syrienne ont montré « l'importance des approches intégrées en termes de développement et d'aide humanitaire pour la construction de la résilience. » Elle a ajouté « qu'un plan 3RP correctement financé appuiera la stabilisation en aidant les refugies à trouver un emploi, à avoir accès à des possibilités de microentreprises et à améliorer la sécurité alimentaire des familles. »

On peut également lire dans le rapport que, bien que les pressions sur les pays hôtes continuent de croître, il est plus difficile pour les Syriens de trouver la sécurité, y compris en déposant des demandes d'asile. Ces difficultés ont entraîné une augmentation du nombre de Syriens en quête de refuge et de sécurité au-delà de la région, y compris en tentant des traversées souvent dangereuses en Méditerranée vers l'Europe. De nombreux Syriens ont perdu la vie lors de ces tentatives.

Le rapport appelle la communauté internationale à partager davantage la charge avec les pays hôtes en mettant à disposition en temps opportun des fonds et en fournissant des solutions comme par exemple des possibilités de réinstallation supplémentaires et d'autres formes d'admission pour motif humanitaire au bénéfice des réfugiés syriens.

Les partenaires du plan 3RP ont averti que si l'appel à l'action demeure lettre morte, une génération de Syriens sera laissée pour compte et les pays voisins devront continuer à lutter pour les aider, ce qu'ils ne peuvent et ne devraient pas avoir à supporter seuls.

Le Plan d'aide régional pour les réfugiés et la résilience est un appel international visant à répondre aux besoins des réfugiés en matière de protection, aux besoins humanitaires des personnes les plus vulnérables et aux impacts socio-économiques de la crise syrienne - à plus long terme - sur les pays voisins : la Turquie, le Liban, la Jordanie, l'Iraq et l'Egypte.