Plus de 300 000 traversées clandestines en Méditerranée pour 2015, dont 200 000 arrivants en Grèce

La Méditerranée demeure la voie la plus meurtrière pour les réfugiés et les migrants.

Un groupe d'Afghans arrive sur l'île de Lesbos récemment, après avoir voyagé à bord d'un canot pneumatique gonflable depuis la Turquie vers la Grèce. Plus de 300 000 réfugiés et migrants ont déjà emprunté cette voie maritime périlleuse en Méditerranée cette année.  © UNHCR/A. McConnell

GENEVE, 28 août (HCR) - Plus de 300 000 réfugiés et migrants ont déjà emprunté des voies maritimes périlleuses en Méditerranée en 2015, avec près de 200 000 d'entre eux ayant rejoint la Grèce et quelque 110 000 autres l'Italie.

Le HCR a publié ce vendredi les toutes dernières statistiques à Genève, en faisant état d'une forte augmentation par rapport à 2014, où près de 219 000 personnes avaient traversé la Méditerranée pour l'ensemble de l'année.

Parallèlement, quelque 2 500 réfugiés et migrants auraient péri en mer ou seraient portés disparus cette année, durant leur tentative de rejoindre l'Europe. Ce bilan ne comprend pas la tragédie d'hier qui est survenue au large des côtes de la Libye où le nombre de décès reste non confirmé », a déclaré la porte-parole du HCR Melissa Fleming lors d'un point de presse à Genève.

En 2014, quelque 3 500 personnes ont péri ou demeurent portées disparues en mer Méditerranée.

Malgré les efforts concertés de l'opération conjointe européenne pour la recherche et le sauvetage dans le cadre de FRONTEX, qui a sauvé des dizaines de milliers de vies humaines cette année, la mer Méditerranée continue d'être la voie la plus meurtrière pour les réfugiés et les migrants.

Melissa Fleming a déclaré que, ces derniers jours, de nombreuses pertes en vies humaines sont survenues au cours de trois incidents distincts.

Les garde-côtes libyens sont intervenus dans deux opérations de sauvetage jeudi matin, à sept miles nautiques au large de la ville portuaire de Zouara. Deux bateaux transportant environ 500 réfugiés et migrants au total ont été retrouvés et les survivants ont été ramenés en Libye.

« On estime que 200 personnes sont portées disparues et auraient péri en mer. Un nombre encore indéterminé de corps sans vie ont été récupérés et ramenés sur la cote. Le Croissant-Rouge libyen a aidé à la collecte des corps », a ajouté Melissa Fleming.

Mercredi (26 août), les secouristes ont secouru les passagers d'un autre bateau au large des côtes libyennes et ils ont trouvé 51 personnes décédées par suffocation au fond de la cale.

« Selon les survivants, les passeurs demandaient de l'argent aux passagers pour leur permettre de sortir de la cale et qu'ils puissent respirer », a expliqué Melissa Fleming.

Elle a cité un survivant, Abdel, 25 ans et originaire du Soudan, qui a expliqué : « Nous ne voulions pas descendre au fond de la cale, mais ils nous ont battus avec des bâtons pour nous forcer à y aller. Nous n'avions pas assez d'air et nous essayions de respirer à travers les fissures dans le plafond. Mais les autres passagers avaient peur que le bateau ne chavire alors ils nous ont poussés vers le bas et ils nous ont battus. Certains nous ont piqué profondément sur les mains ».

Melissa Fleming a déclaré que la semaine dernière (15 août), les corps sans vie de 49 personnes ont été trouvés au fond de la cale d'un autre bateau dans un incident semblable mais distinct. Elles auraient péri après avoir inhalé des fumées toxiques.

Cette semaine, un canot pneumatique transportant également environ 145 réfugiés et migrants a connu des difficultés lorsque le barreur a effectué une manoeuvre ayant quasiment causé le chavirage du bateau d'un côté.

« Certaines personnes sont tombées dans la mer et deux hommes ont sauté dans l'eau pour les sauver. Les passagers ont été gagnés par la panique et ils ont commencé à se bousculer. Peu après, trois femmes ont été écrasées à mort sur le bateau », a déclaré Melissa Fleming.

Parmi les personnes qui sont tombées à l'eau, 18 sont portées disparues et auraient péri noyées. Les survivants ont été secourus et ramenés à Lampedusa, dont un bébé de deux mois dont l'une des femmes décédées était la Maman. La plupart des survivants seraient dans un état critique, souffrant de chocs, de coupures et d'ecchymoses.

Beaucoup des personnes qui arrivent par la mer en Europe du Sud, notamment en Grèce, proviennent de pays touchés par la violence et les conflits, comme la Syrie, l'Iraq et l'Afghanistan. Ces personnes ont besoin d'une protection internationale et elles sont souvent épuisées physiquement et traumatisées.

Le HCR lance un appel à tous les gouvernements concernés à fournir des mécanismes de réponse complète ainsi qu'à agir avec humanité et conformément à leurs obligations internationales.

Tous les pays européens et l'Union européenne doivent agir ensemble en réponse à l'urgence croissante en faisant preuve de responsabilité et de solidarité.

Par Melissa Fleming, Genève